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Mathinées lacaniennes
http://www.mathinees-lacaniennes.net
2016-2017

Groupe d’études animé par

Jean Brini, Henri Cesbron Lavau et Virginia Hasenbalg-Corabianu

à l' ALI , 25 rue de Lille, 75007

les 19 et 26 novembre 2016


le samedi 19 novembre 2016

9h - 9h45 : Sur le livre de Stéphane Thibierge
" L'Image et le Double : la Fonction spéculaire dans la pathologie " par Sarah Grizivatz

9h45 - 10h45 : Atelier de topologie : Henri Cesbron Lavau
Une écriture du continu

10h45 - 12H : Deuxième rencontre de débats autour du livre de Marc Darmon
" Essais sur la topologie lacanienne "

Suite des échanges sur le premier chapitre: "Topologie du signifiant"
et deuxième chapitre "le schéma L"


le samedi 26 novembre 2016

9h - 10h : Virginia Hasenbalg-Corabianu
Découpe de la bande triple

10h - 11h : Henri Cesbron Lavau
Nouages et motifs

11h - 12h : Présentation du livre
"De Pythagore à Lacan,
une histoire non officielle des mathématiques
A l'usage des psychanalystes
"
de Virginia Hasenbalg-Corabianu




puis les samedis 7/1, 25/2, 25/3, 22/4, 20/5 et 10/6/17



·9h -10h : Groupe de travail animé par Virginia Hasenbalg.

10h-11h : Atelier de topologie animé par Henri Cesbron Lavau.

11h-12h : Conférence,
en alternance avec les Lectures questionnantes des "Essais de topologie lacanienne" en présence de Marc Darmon.

 





Séminaire d’été 2016

Etude du premier et de l’avant-dernier séminaire de Lacan

Les écrits techniques de Freud (1953 – 1954)            Le moment de conclure (1977 – 1978)

Lacan nous rappelle dans ce premier séminaire que les concepts ne sont pas fixes et éternels dans le monde des idées, ils sont vivants. Ce que la formule : « le concept, c’est le temps » nous indique. Le temps, c’est le temps pour comprendre, c’est le temps d’une analyse dont « le transfert est le concept même ». Combien faut-il de scansions, d’ébauches de mouvement vers la sortie, pour que l’obsédé puisse réaliser le concept de ses obsessions, c’est-à-dire ce qu’elles signifient au moment de conclure, de sortir de la prison du maître ? C’est la question que pose Lacan à la fin de son séminaire.

« La fin de l’analyse, c’est quand on a deux fois tourné en rond, c’est-à-dire retrouvé ce dont on est prisonnier. » Cette phrase du Moment de conclure semble répondre à la fin du premier séminaire. Il y a ainsi de nombreux ponts entre les deux séminaires à travers les années. A la fois tout est changé : le style, les concepts comme l’intersubjectivité, la réalisation de l’être… Et au-delà de ces profonds changements, il y a des points fixes et non des moindres : le réel, le symbolique et l’imaginaire. Distinction essentielle dès le premier séminaire où le nœud borroméen est plus qu’ébauché : « C’est dans cette dimension de l’être, dit Lacan, que se situe la tripartition, sur laquelle j’insiste toujours avec vous pour vous faire comprendre les catégories élémentaires sans lesquelles nous ne pouvons rien distinguer dans notre expérience : la tripartition du symbolique, de l’imaginaire du réel. Ce n’est pas pour rien, sans doute, qu’elles sont trois. Il doit y avoir là une espèce de loi minimale, qu’ici la géométrie ne fait qu’incarner : à savoir en effet que si, dans le plan du réel, vous détachez quelque volet qui s’introduit, dans une troisième dimension, vous ne pourrez jamais faire de solide, si on peut dire, qu’avec deux autres volets au minimum. »

Lacan met à l’épreuve cette distinction fondamentale en s’attaquant au vif de l’expérience psychanalytique sous la forme de la technique à partir des écrits de Freud. C’est en reprenant l’interprétation de nombreux cas cliniques : de Mélanie Klein, de Rosine Lefort, de Michael et Alice Balint qu’il en démontre la pertinence.

Si dans le premier séminaire, Lacan s’efforçait de distinguer et de souligner la suprématie du symbolique, dans les derniers séminaires c’est le réel qui importe, le nœud borroméen qui le constitue et qu’il constitue, établissant une équivalence que Lacan ne fait que retrouver en somme. Dans Le Moment de conclure à travers la structure torique des consistances, c’est la coupure et la chirurgie qui sont de retour, retrouvant une intuition de Freud qui comparait l’analyste justement au chirurgien.




Pour suivre les développements topologiques

du séminaire L'insu que sait de l'une-bévue s'aile à mourre,

on se reportera avec profit au dossier disponible sur le site de l'ALI

ainsi qu'aux dossiers de Jean Brini :

Retournements du tore (à propos des leçons 1 et 9)

Quatresse et nouage de 3 tétraèdres (à propos de la leçon 5)

qui donnent accès à des textes et à des figures explicatives.


Séminaire d'été 2015

Le titre équivoque du séminaire demande à être interprété. Ecrite en lalangue ou plutôt en l’élangues, cette phrase, à la grammaire énigmatique, se lit en français et s’entend, en partie, en allemand : une-bévue/ Unbewusst. Lacan utilise un procédé rencontré chez Joyce, l’année précédente du séminaire. La traduction de Unbewusst par « l’une-bévue » est en soi un mot d’esprit, c’est-à-dire une formation de l’inconscient comme l’acte manqué, le lapsus, le rêve, le symptôme. Qu’est-ce qu’un acte manqué ou un lapsus sinon une bévue ? Cette traduction rend presque vraie la phrase citée par Dante, lorsqu’il évoque à propos du mot « amour » le juste accord entre le mot et la chose : nomina sunt consequentia rerum. « L’une-bévue » n’a pas le défaut d’être un terme négatif comme « l’inconscient », et il ne risque pas, comme lui, d’être confondu avec l’inconscience. Lacan annonce dès le début du séminaire qu’avec cet « insu que sait de l’une-bévue », il essaie « d’introduire quelque chose qui va plus loin que l’inconscient ».

Le titre du séminaire est donc programmatique, ainsi sa première partie : « l’insu que sait » est une autre façon de traduire l’ Unbewusst, il équivoque avec « l’insuccès », c’est-à-dire le ratage, l’acte manqué qui est, en fait, un acte réussi du point de vue de l’inconscient. Mais « l’insu que sait » indique que le parlêtre sait plus qu’il ne croit savoir, et ce savoir, un bout d’une-bévue, est fait de la matière même du signifiant. « L’insu que sait » est l’inconscient dans sa littéralité même : insu que sait, INsuCSait, I N C S. Répondant à cet autre nom de l’inconscient, une partie importante du séminaire est consacrée aux exposés d’Alain Didier-Weill sur la pulsion invoquante et sur la passe, où celui-ci développe, à partir d’une variante de l’histoire de La lettre volée, les étapes, dans une analyse, du dévoilement du savoir : il ne sait pas que je sais, il sait que je sais, je sais qu’il sait, je sais qu’il sait que je sais qu’il sait. Le personnage de Bozef, introduit par Alain Didier-Weill, incarne pour Lacan « le savoir absolu », à la fois Booz et Joseph, celui qui rêve et celui qui interprète le rêve.

Le troisième nom de l’inconscient : « s’aile à mourre » équivoque avec « c’est l’amour » ou « celle amour ». Le titre entier peut s’entendre comme : « l’insuccès de l’ Unbewusst, c’est l’amour ». Or, qu’est-ce que l’amour sinon un certain rapport de deux savoirs inconscients, venant à la place du rapport sexuel absent ? Un succès rare si les deux savoirs inconscients sont connexes et irrémédiablement distincts, mais s’ils se recouvrent, cet amour n’en est pas moins un ratage.

« S’aile à mourre », quelle est la raison de ce curieux assemblage ?

« L’amour jeu des nombrils ou jeux de la grande oie
La mourre jeu du nombre illusoire des doigts »

Dans le jeu de la mourre, inventé selon la légende par Hélène pour Pâris, il faut deviner la somme des doigts cachés de l’un et de l’autre, savoir insu de l’un et de l’autre : l’amour apparaît ainsi sous la forme de deux mi-dires qui ne se recouvrent pas. Une des variantes du jeu de la mourre : pierre, ciseaux, papier, a la structure borroméenne, puisque le troisième surmonte le premier. Une autre : pair ou impair se retrouve dans La lettre volée, il est à l’origine du texte Parenthèse des parenthèses. Il s’agit de la structure réelle du savoir inconscient.

« Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants. »

Le savoir inconscient se donne-t-il des ailes pour que la lettre prenne son envol ? À moins que ce ne soit l’amour.

Cette troisième partie du titre inaugure une réflexion sur la poésie, sur l’amour et sur le réel.

La poésie « amoureuse » de Dante est convoquée pour soutenir l’affirmation selon laquelle l’amour n’a pas de sens, Il ne serait que signification, mot vide. Par ailleurs, Lacan affirme « [qu’] il n’y a que la poésie qui permette l’interprétation et c’est en cela que je n’arrive plus, dans ma technique, à ce qu’elle tienne : je ne suis pas assez pouâte, je ne suis pas pouâte-assez ! » Et le séminaire se termine par l’évocation « [d’] un signifiant nouveau, celui qui n’aurait aucune espèce de sens, ça serait peut-être ça qui nous ouvrirait à ce que […] j’appelle le réel. »

Est-ce cela le « quelque chose qui va plus loin que l’inconscient ? ». Lacan poursuit, ici, une idée exprimée dans Les non dupes errent selon laquelle, pour la première fois dans l’histoire, il nous serait possible de refuser d’aimer notre inconscient, donc d’errer, certes, mais dans cette erre, l’inconscient pourrait nous mener au-delà du fantasme, « au pur réel ».

Tout au long du séminaire, Lacan prend appui sur la topologie. Le fait surprenant est, après plusieurs séminaires consacrés au nœud borroméen, le recours à la topologie des surfaces, plus précisément à celle du tore. Quelle est la raison de ce tore ? Ce n’est certes pas parce que le tore a une âme, mais parce qu’il est la consistance même des anneaux du nœud borroméen, et aussi parce que le tore peut se retourner. Les trois identifications freudiennes sont rapportées aux trois modes de retournement du tore. Une analyse aurait pour effet de retourner le tore du symbolique en englobant les deux autres, et nécessiterait, de ce fait, une deuxième tranche afin de retrouver le nœud borroméen. Les deux tores enchaînés et troués permettent à Lacan de parler de l’amour comme pure signification à propos de la poésie « amoureuse » de Dante.

L’invention dont Lacan fait preuve, les conséquences cliniques du recours à la topologie des surfaces et de la coupure combinée à celle des nœuds, les contributions d’Alain Didier-Weill sur la passe et sur la pulsion invoquante, le rôle fondamental de la poésie dans l’interprétation, le projet d’aller plus loin que l’inconscient, la perspective d’un signifiant nouveau, font de l’étude de ce séminaire une tâche passionnante et prometteuse.

Mercredi 26, jeudi 27, vendredi 28, samedi 29 août 2015 à Paris
Responsables : Marie-Christine Laznik, Pierre Coerchon, Tathyana Pitavy, Jean Brini, Marc Darmon

 

 


Séminaire d'été 2014

À la dernière leçon de R.S.I., le 13 mai 1975, Lacan annonce le titre de son prochain séminaire : 4, 5, 6. Il s'agissait sans doute pour lui de poursuivre l'exploration nodale des nominations, chacun des trois ronds du nœud borroméen faisant faux-trou avec la nomination correspondante. Si Lacan s’arrête à six, c’est parce que la voie explorée ne va pas au-delà. Il indique néanmoins qu'il accordera une attention particulière au nœud à quatre.

Un mois plus tard, lors de sa conférence, Joyce le Symptôme, il annonce que c’est Joyce qui sera à l’affiche du séminaire à venir. L’intérêt de Lacan pour l’écrivain irlandais est de longue date – on apprend, à cette occasion, qu’à l’âge de dix-sept ans, il fréquentait déjà la librairie d’Adrienne Monnier, qu’il y rencontra Joyce, et qu’à vingt ans, il assista à la première lecture de la traduction d’Ulysse.

Si, dans le Séminaire sur La lettre volée, Lacan évoque l’homophonie joycienne Letter/litter, c’est dans Encore que son intérêt pour l’œuvre de Joyce s’affirme :

« Lisez Finnegans Wake, c’est un long texte écrit dont le sens provient de ceci, [...] c’est du fait que les signifiants s'emboîtent, se composent, [...] se télescopent, [...] que se produit quelque chose qui, comme signifié, peut paraître énigmatique, mais qui est bien ce qu'il y a de plus proche de ce que nous autres analystes – grâce au discours analytique, nous savons le lire – qui est ce qu’il y a de plus proche du lapsus. »

« Ce qu'il y a de plus proche du lapsus »... Lacan ne dit pas que les mots emboîtés de Joyce sont des formations de l'inconscient. Mais pour autant, pouvons- nous évoquer la dimension du mot d’esprit, certes, cultivé, infiniment savant, jouant sur plusieurs langues, mais du mot d’esprit au sens de Freud ? Par exemple, le mot sinse, créé par Joyce, est construit grâce à la condensation de plusieurs mots : since (depuis), sense (sens) et sin (péché). Il suggère un lien entre les trois : la faute originaire qui donnerait sens à l’Histoire ? Peut-être ? Mais le mot sinse ne garde- t-il pas néanmoins son parfum d’énigme ? Est-il comparable au familionnaire de Heine ou aux carthaginoiseries flaubertiennes ?

Avec l’invention du célèbre Dumbillsilly, Joyce parvient à construire en anglais un mot qui se prononce et qui signifie comme en français, enfin à peu de choses près. Pourtant, nous restons face à une énigme, muets comme l’imbécile dont il est question. Nous sommes ici au plus près de ce que Freud désigne par « mot d’esprit par non-sens ».

Dans le mot d’esprit, une pensée préconsciente est pour un temps traitée par l’inconscient, et le résultat est aussitôt récupéré et énoncé pour un tiers dont le plaisir vient confirmer le bon mot. Encore faut-il que ce tiers soit un peu concerné au niveau de l’inconscient. Dans sa conférence, Lacan remarque que, chez Joyce, il n’en est rien : en le lisant, notre inconscient n’est point « accroché ». Par contre, ce que nous percevons à la lecture, c’est la jouissance de l’écrivain.

Si l’écriture de Finnegans Wake traite volontiers les signifiants selon la condensation, qui est un des mécanismes du travail du rêve, et si l’art de Joyce produit ce qu’il y a de plus proche du lapsus, pourquoi Lacan singularise-t-il l’écrivain comme « désabonné à l’inconscient » ?

Dans Le Sinthome, Lacan propose une réponse : l’écriture de Joyce, son œuvre serait son Symptôme, celui qui le nommerait, celui qui suppléerait la carence paternelle – le symptôme qui «abolirait» le symbole. Joyce est désabonné de l’inconscient dans la mesure où il n’en paie pas le prix : castration et refoulement, avant d’en jouir modérément. Si le symptôme peut être réduit par une interprétation jouant sur l’équivoque, ce n’est pas le cas chez Joyce. Rien ne rattache à lalangue le symptôme joycien ; tout au contraire, le génie de Joyce s’emploie à le porter « à la puissance du langage ». D’où la nécessité de le nommer autrement : Sinthome.

Si le Sinthome de Joyce montre, à son insu mais de façon exemplaire, la structure du nœud borroméen, il ne se confond pas pour autant avec la quatrième consistance, celle du Nom-du-Père. Si tel avait été le cas, cette consistance aurait fait faux-trou avec le Symbolique, et aurait été plus que compatible avec le symptôme névrotique, réductible par l’équivoque. Le Sinthome de Joyce – et Lacan s’efforce d’en écrire le nœud tout au long du séminaire – est, au contraire, la réparation d’un nœud non borroméen, puisque l’enlacement de l’Inconscient et du Réel dénoue le corps. Ce nouage singulier du Réel et de l’Inconscient rend compte de la prodigieuse faculté de Joyce à manier la lettre, au prix de la fuite du sens. L’ego viendrait alors réparer le nœud de Joyce au point même où se serait produite la faute due à la carence paternelle. Lacan suggère que, chez Joyce, l’ego tient sa consistance de l’écriture : Le symptôme cesse, (virgule) de s’écrire (du fait que le Sinthome s’écrive). Ainsi Joyce supplée-t-il, par l’écriture, le défaut du père qui lui donnait « la queue un peu lâche ».

Stécriture est-elle celle de lalangue ? Plutôt celle de l’élangues.

Le Lacan du Sinthome est « mathématicien et poète ». Ce séminaire n’a pas la prétention de faire la psychanalyse que Joyce a toujours refusée. Lacan répugne à traiter ainsi l’œuvre et la biographie de l’artiste. Il tente plutôt de se laisser enseigner par lui, par son Sinthome qui donne accès au nœud et au travail de la lettre. Et s’applique ainsi à poursticher Joyce, à commencer par l’écriture de Joyce le Symptôme et poursuivant par le « parler joycien », dans Le Sinthome.

Flavia Goian et Marc Darmon

 


Le séminaire Le Sinthome est un moment-clé et étonnant de nouveauté dans l'enseignement de Lacan.
En questionnant la singularité de Joyce et de son écriture, Lacan révise les fondements de la clinique en prenant appui sur le nœud borroméen. La pensée du nœud, le nœud comme appui, nécessite l'appensée.
Lacan suit Joyce dans son hérésie et inscrit le séminaire en rupture par rapport à la norme – la norme mâle en tant qu'elle prend appui sur la jouissance phallique et le Nom-du-Père – en lui substituant, à cette norme, une recherche sur les nœuds. Ce travail sur Joyce, « désabonné à l'inconscient » ainsi qualifié par Lacan, pourrait être éclairant sur des phénomènes contemporains relevant de la « nouvelle économie psychique ».
Cette année, c'est le questionnement à la lettre du séminaire qui guidera nos travaux. Les leçons seront introduites chaque fois par l'un des responsables du Séminaire d'été avec le souci d'aborder et de questionner les points de butée. Les intervenants annoncés seront sollicités en accord avec le déroulement chronologique des leçons.

 


 

Séminaire d'été 2013

La maison du parlêtre a trois dit-mansions : le Réel, le Symbolique, l’Imaginaire. Est-ce pure coïncidence si son espace sensible, son espace de la représentation ait aussi trois dimensions ? Nous pouvons dire tout au moins que sans RSI, le parlêtre n’en aurait pas la moindre idée, alors qu’il lui est possible de concevoir des espaces de dimensions bien supérieures à trois, des espaces qui lui sont strictement inimaginables. Mais déjà, l’espace à trois dimensions lui est-il vraiment imaginable ? Nous pouvons en douter, parce que dans la représentation, la surface à deux dimensions s’impose, image du corps oblige. D’où notre grande difficulté pratique dans le simple maniement des nœuds borroméens ou autres.

Si notre maison a trois dimensions, encore faut-il que les supposées consistances qui les constituent tiennent ensemble tout en étant radicalement distinctes. A défaut, dissociation ou homogénéisation, c’est l’errance sans domicile ou l’état de siège.

Pour que les consistances soient radicalement distinctes, il faut que Réel, Symbolique et Imaginaire soient absolument différents quant au sens. Aucun des trois ne détient le sens dernier des deux autres. Autrement dit, il n’y en a pas un plus grand que les autres. Si tel avait été le cas, pour penser comme Saint Anselme, ce « plus grand » aurait prouvé l’existence de Dieu et son unicité. Le nœud borroméen dans sa simplicité, impose d’emblée le triple : trois Noms-du-Père. Vérité de la Trinité que la religion révéla, mais au travers d’une disposition perverse du dit nœud.

Les dévots du Un retrouvent ce « plus grand » unique dans le quatrième qui, comme un-en-plus, noue les trois autres autrement déchaînés.

Dans notre Séminaire d’été, l’écriture du nœud, écriture première, sera éprouvée dans ses conséquences essentielles : le sens, tel que nous l’avons évoqué, le choix éthique entre le nœud à trois ou à quatre, la conduite de la cure et la question de sa fin qui découlent de ce choix, la diversité des structures psychiques que le nœud permet, la différence sexuelle et la question du non-rapport sexuel qu’il réinterroge, le nouveau lien social y compris entre analystes qu’il autoriserait.

Charles Melman demande qu’un temps du Séminaire d’été soit consacré à la question de la transmission de la psychanalyse. Si devant sa déception au sujet de la passe, Lacan a pu dire que la psychanalyse était « intransmissible », qu’il fallait que « chaque analyste réinvente la façon dont la psychanalyse peut durer », c’est un fait qu’il a lui-même transmis ce qui lui venait de Freud et que nous devons à Melman de poursuivre cette tâche. Dernier legs de Lacan, le nœud borroméen se doit d’être interrogé dans ce sens capital.

Marc Darmon

 


 

L'objet a n'est pas la métaphore du sujet de la jouissance parce qu'il n'est pas assimilable au signifiant.

L'objet a résiste à l'assimilation à la fonction du signifiant.

Il symbolise ce qui résiste à cette assimilation, ce qui est perdu. Ce qui se perd à significantisation du sujet désirant

Notes du séminaire sur L'angoisse, Jacques Lacan

 



 


 

RSI 11/02/75

" ...dans Freud, il y a élision de ma réduction à l‘Imaginaire, au

Symbolique et au Réel, comme noués tous les trois entre eux... ce

que Freud instaure avec son Nom-du-Père, identique à la réalité psychique,

à ce qu’il appelle la réalité psychique, nommément à la réalité

religieuse, car c’est exactement la même chose, que c’est ainsi par cette

fonction, par cette fonction de rêve que Freud instaure le lien du

Symbolique, de l’Imaginaire et du Réel. "

 

"Je poserai, si je puis dire, cette année la question de savoir si, quant à

ce dont il s’agit, à savoir le nouement de l’Imaginaire, du Symbolique et

du Réel, il faille cette fonction supplémentaire en somme d’un tore de

plus, celui dont la consistance serait à référer à la fonction dite du Père.

C’est bien parce que ces choses m’intéressaient depuis longtemps,

quoique je n’avais pas encore à cette époque trouvé cette façon de les

figurer, que j’ai commencé Les Noms-du-père. Il y a en effet plusieurs

façons d’illustrer la manière dont Freud, comme c’est patent dans son

texte, ne fait tenir la conjonction du Symbolique, de l’Imaginaire et du

Réel que par les Noms-du-père. Est-ce-indispensable? Ce n’est pas

parce que ça serait indispensable et que je dis là-contre que ça pourrait

ê tre controuvé que ça l’est, en fait, toujours !

Il est certain que quand j’ai commencé à faire le séminaire Les Noms du-

Père, et que j’ai, comme certains le savent, au moins ceux qui étaient

là, que j’y ai mis un terme, j’avais sûrement — c’est pas pour rien que

j’avais appelé ça Les Noms-du-Père et pas Le Nom-du-Père !- j’avais un

certain nombre d’idées de la suppléance que prend le domaine, le discours

analytique, du fait de cette avancée par Freud des Noms-du-Père,

ce n’est pas parce que cette suppléance n’est pas indispensable qu’elle n’a

pas lieu. Notre Imaginaire, notre Symbolique et notre Réel sont peut-être

pour chacun de nous encore dans un état de suffisante dissociation

pour que seul le Nom-du-Père fasse nœud borroméen et tenir tout ça

ensemble, fasse nœud du Symbolique, de l’Imaginaire et du Réel. Mais

ne vous imaginez pas que - ce serait bien pas dans mon ton habituel - je

sois en train de prophétiser que du Nom-du-Père dans l’analyse et aussi

bien que du Nom-du-Père ailleurs, nous puissions d’aucune façon nous

passer pour que notre Symbolique, notre Imaginaire et notre Réel -

comme c’est votre sort à tous - ne s’en aillent très bien chacun de son côté.

Il est certain que, sans qu’on puisse dire que ceci constitue un progrès,

car on ne voit pas en quoi un nœud, de plus sur le dos, sur le col et

ailleurs, on ne voit pas en quoi un nœud, un nœud réduit à son plus

strict constituerait un progrès, de ce seul fait que ce soit un minimum. C a

constitue sûrement un progrès dans l’Imaginaire, c’est-à-dire un progrès

dans la consistance. Il est bien certain que dans l’état actuel des choses,

vous êtes tous et tout un chacun aussi inconsistants que vos pères, mais

c’est justement du fait d’en être entièrement suspendus à eux que vous

êtes dans l’état présent."

 

"je réduis le Nom-du-Père à sa fonction radicale qui est de donner un

nom aux choses, avec toutes les conséquences que ça comporte, parce

que ça ne manque pas d’avoir des conséquences !"

" Je n’insiste pas et je poursuis ce qu’il en est du Nom-du-Père, pour le

ramener à son prototype et dire que Dieu, Dieu dans l’élaboration que

nous donnons à ce Symbolique, à cet Imaginaire et à ce Réel, Dieu est la

femme rendue toute. Je vous l’ai dit : elle n’est pas-toute. Au cas où elle

ek-sisterait d’un discours qui ne serait pas de semblant, nous aurions cet

x que je vous ai noté autrefois, x tel que nonΦx, le Dieu de la castration.

C’est un vœu qui vient de l’Homme, avec un grand h, un vœu qu’il existe

des femmes qui ordonneraient la castration."

 

" (...) l’idée de suppléer à la femme irréelle, ce n’est pas pour rien.(...) que les imbéciles de l’amour fou (...) Leur idée donc de suppléer à la femme qui n’ek-siste pas comme La, à la femme, dont j’ai dit enfin que c’était bien là le type même de l’errance, les remettait dans le biais, dans l’ornière du Nom-du-Père, du Père en tant que nommant, dont j’ai dit

que c’était un truc émergé de la Bible, mais dont j’ajoute que c’est pour l’homme une façon de tirer son épingle phallique du jeu."

 

"C’est que ce Dieu tribal, qu’il soit celui-là ou bien un autre,

n’est que le complément bien inutile, c’est ça qu’il exprime, de la conju-

gaison de ce noeud quatre au Symbolique (Figure. VII - 3). C’est le complément

bien inutile du fait que c’est le signifiant un et sans trou, sans

trou dont il soit permis de se servir dans le noeud borroméen..."

 

"Roi, un nom de plus, un nom de plus dans l’affaire et dont chacun sait

que ça rejaillit toujours de l’affaire du Nom-du-Père. Mais, c’est un nom

à perdre comme les autres, à laisser tomber dans sa perpétuité . Les

Noms-du-père hein ! Les Ânons du Père, quel troupeau (...)"

 

18/03/75

"s’il y a un Autre réel, il n’est pas ailleurs que dans le nœud même et c’est

en cela qu’il n'y a pas d’Autre de l’Autre. Cet Autre réel, faites-vous

identifier à son Imaginaire, vous avez alors l’Identification de l’hystérique

au désir de l’Autre, celle qui se passe ici en ce point central.

Identifiez-vous au Symbolique de l’Autre Réel, vous avez alors cette

identification que j’ai spécifiée de l’ einziger Zug , du trait unaire.

Identifiez-vous au Réel de l’Autre réel, vous obtenez ce que j’ai indiqué

du Nom-du-Père, et c’est là que Freud désigne ce que l’identification a

à faire avec l’amour. Je parlerai la prochaine fois des trois formes de Noms-du-Père,

celles qui nomment comme tels, l’Imaginaire, le Symbolique et le Réel, car

c’est dans ces noms eux-mêmes que tient le nœud. "

 

15/04/75

"Nous ne considérons pas le fait de l’interdit de l’inceste

comme historique. Il est bien entendu historique, mais il faut tellement

le chercher dans l’histoire que, comme vous voyez, j’ai fini par trouver

ç a chez les Hindous, et on peut dire que là on en tient un bout hein !

C’est pas historique, c’est structural. C’est structural, pourquoi ? Parce

qu'il y a le Symbolique. Ce qu’il faut arriver à bien concevoir c’est le

trou du Symbolique en quoi consiste cet interdit. Il faut du Symbolique

pour qu’apparaisse individualisé dans le nœud ce quelque chose que,

moi, je n’appelle pas tellement le complexe d’Œdipe, c’est pas si complexe

que ça. J’appelle ça le Nom-du-Père. Ce qui ne veut rien dire que

le Père comme Nom, ce qui ne veut rien dire au départ, non seulement

le père comme nom, mais le père comme nommant. Ça, on ne peut pas

dire que là-dessus les Juifs soient pas gentils hein ! ils nous ont bien

expliqué que c’était le Père, le Père qu’ils appellent, le Père qu’ils foutent

en un point de trou qu’on ne peut même pas imaginer, n’est-ce pas, je suis

ce que je suis, ça c’est un trou, non ! Ben ! c’est de là, que par un mouvement

inverse car un trou ça, si vous en croyez mes petits schèmes, un

trou ça tourbillonne, ça engloutit plutôt hein, puis il y a des moments où

ç a recrache. Ça recrache quoi? Le Nom. C’est le Père comme Nom."

 

 


Sur les synthèses additive et soustractives (en anglais)

 


 

http://www.profil-couleur.com/lc/003-couleur-newton.php

Notre civilisation est désormais complètement influencée par cette prédominance des teintes à tel point que le mot "couleur" devient synonyme de teinte dans notre culture. Mais Newton va plus loin et il est le tout premier à proposer un classement des couleurs sous la forme d'un cercle. Cette nouvelle théorie eut un impact si fort, qu'on crut à l'époque qu'il fallait aussi l'appliquer pour les mélanges de teintes. Il régna donc une grande confusion dans l'artisanat des teintures et dans le monde de la peinture jusqu'au milieu du 19e siècle, où enfin les travaux de Maxwell puis de Helmholtz permirent de bien faire la distinction entre les primaires additives du monde de la lumière et des primaires soustractives du monde des mélanges de teintes.

Selon le principe de la recomposition de la lumière développé par Newton, le mélange de l'ensemble des couleurs spectrales donne la couleur blanche.

Ce n'est que beaucoup plus tard après les découvertes de Newton, en 1807 exactement, que Thomas Young s'aperçoit qu'il n'est pas nécessaire de réutiliser tous les rayons du spectre pour reconstituer de la lumière blanche, mais que trois d'entre eux suffisent. Il découvre les couleurs primaires RVB (rouge, vert, bleu). On connaissait depuis très longtemps les couleurs primaires nécessaires au mélange des colorants qui sont le cyan, le magenta et le jaune mais personne n'avait imaginer que pour les rayons lumineux, il existait des couleurs primaires différentes.

Trois couleurs spectrales sont suffisantes pour reconstituer la couleur blanche. Les plus souvent employées sont le RVB (rouge, vert, bleu) par imitation de la perception visuelle.

Young fit la découverte des couleurs primaires en s'intéressant aux récepteurs sensoriels de l'œil. Il proposa comme hypothèse que la vision humaine utilise trois capteurs rouge, vert et bleu (RVB) capables de réaliser la synthèse de toutes les autres couleurs. Ce n'est que plusieurs années plus tard que cette hypothèse audacieuse sera confirmée par des expérimentations physiologiques sur l'œil qui montreront l'existence de trois types de cônes sur la rétine sensible respectivement au rouge , au vert et au bleu. Young avait deviné que les différentes longueurs d'onde présentes dans la lumière avaient une action directe sur la sensibilité de ces cônes.


 

« Je me demandais ce qu’est un adulte, peut-être que l’adulte, c’est celui qui accepte ce fait de structure qui est que, au lieu de l’Autre, il n’y a pas de figure dont je puisse me réclamer au titre d’une filiation, ne serait-ce que parce que cet Autre est par définition hétérogène. Hétérogène !»

Charles Melman, Le complexe de Moïse, mai 1998


 

"...dire que là-dessus les Juifs soient pas gentils hein ! ils nous ont bien

expliqué que c’était le Père, le Père qu’ils appellent, le Père qu’ils foutent

en un point de trou qu’on ne peut même pas imaginer, n’est-ce pas, je suis

ce que je suis, ça c’est un trou, non ! Ben ! c’est de là, que par un mouvement

inverse, car un trou ça, si vous en croyez mes petits schèmes, un

trou ça tourbillonne, ça engloutit plutôt hein, puis il y a des moments où

ç a recrache. Ça recrache quoi? Le Nom. C’est le Père comme Nom.

...

(en parlant des analystes)

Quand ils ne s’identifient pas à un groupe, ils

sont foutus, ils sont à enfermer. Mais, je ne dis pas par là à quel point du

groupe ils ont à s’identifier. Le départ de tout noeud social se constitue,

dis-je, du non-rapport sexuel comme trou."

Jacques Lacan, RSI, 15 avril 75

 


"On estime que les femmes ont apporté peu de contributions aux découvertes et aux inventions de l'histoire de la culture mais peut-être ont-elles inventé une technique, celle du tressage et du tissage."

Sigmund Freud, Nouvelles conférences, La féminité, page 177, Folio poche

 



 

"...cette remarque de Freud que dans l’inconscient

ne fonctionne pas le principe de contradiction, remarque qui n’est que

de première approche, inadéquate en un sens, si elle va jusqu’à impliquer qu’il n’y

ait pas de signe de négation dans l’inconscient, car nous savons tous, et à lire les

textes de Freud lui-même, que la négation a - je ne dis pas dans l’inconscient, ça

ne voudrait rien dire, mais dans les formations de l’inconscient, - des représentants

tout à fait repérés et clairs.

La prétendue suspension du principe de non-contradiction au niveau de l’inconscient,

c’est simplement cette fondamentale splitting du sujet".

J.Lacan, Lobjet de la psychanalyse, 23 mars 1966


 

"...l’origine de la notion de symptôme, qui n’est pas du tout à chercher dans Hippocrate, qui est a chercher dans Marx, qui le premier dans la liaison qu’il fait entre le capitalisme et quoi ? le bon vieux temps, ce qu’on appelle quand on veut enfin ! tâcher de l’appeler autrement, le temps féodal. Lisez là-dessus toute la littérature : le capitalisme est considéré comme ayant certains effets, et pourquoi en effet, n’en aurait-il pas !

 

Ces effets sont somme toute, bénéfiques, puisqu’il a l’avantage de réduire à rien l’homme prolétaire, grâce à quoi l’homme prolétaire réalise l’essence de l’homme. Et d’être dépouillé de tout est chargé d’être le messie du futur. Telle est la façon dont Marx analyse la notion de symptôme. Il donne bien sûr des foules d’autres symptômes, mais la relation de ceci avec une foi en l’homme est tout a fait incontestable.

 

Si nous faisons de l’homme, non plus quoique ce soit qui véhicule un futur idéal, mais si nous le déterminons de la particularité dans chaque cas, de son inconscient et de la façon dont il en jouit, le symptôme reste à la même place où l’a mis Marx, mais il prend un autre sens, il n’est pas un symptôme social, il est un symptôme particulier.

 

J.Lacan, séminaire RSI, leçon du 18 février 1975

 

 

 



Cela ne veut pas dire qu’il n’en existe pas. L’important, c’est qu’on ne peut pas démontrer qu’il est impossible qu’il en existe. Voilà de l’indécidable.

De l’indécidable dont le lien avec la structure est la fonction logique des quantificateurs… ce privilège de la fonction de la quantification tient à ce qu’il en est de l’essence du tout et de sa relation à la présence de l’objet a.

Il existe quelque chose qui fonctionne pour que tout sujet se croie tout, pour que le sujet se croie tout sujet, et par là même sujet de tout, de ce fait même en droit de parler de tout.

Or, ce que nous donne l’expérience analytique est ceci qu’il n’y a pas de sujet dont la totalité ne soit illusion, parce qu’elle ressortit à l’objet a en tant qu’élidé.

 

20 mars 68, L’acte psychanalytique


RSI, Leçon VII

 

« Celle qui vit son mari tout armé,

Sauf la braguette, aller en escarmouche,

Lui dit : « Ami ; de peur qu’on ne vous touche,

Armez cela qui est le plus aimé. »

Quoi ? Tel conseil doit-il être blâmé ?

Je dis que non : car sa peur la plus grande

Etait de perdre, le voyant animé,

Le bon morceau dont elle était friande. »

Rabelais

 


RSI, fin leçon VII

Laurent, serrez ma haire avec ma discipline,
Et priez que toujours le Ciel vous illumine.
Si l'on vient pour me voir, je vais aux prisonniers
Des aumônes que j'ai partager les deniers.

Molière Le Tartuffe

 


"Que l'angoisse, chez Lacan, soit référée au désir de l'Autre et donc au manque qui l'affecte, nous permet de repérer le rôle qu'y joue la fonction phallique puisque si le phallus manque à venir dans le champ où l'objet "a" se présente comme tel, alors s'impose la question de ce que me veut l'Autre, la question du désir de l'Autre, sans qu'aucune nomination ne permette de l'organiser, de la lier dans la signifiance"

Jacques Garnier, Journées de l'Ali à Rennes, octobre 2006

 


"Pour nous mettre directement dans notre travail, je ferai appel à trois citations de ceux qui inspirent et soutiennent nos travaux:

Freud : "L'angoisse étant un état d'affect, ne peut être éprouvé que par le moi"
Lacan : "L'angoisse est le signe du désir de l'Autre"
Melman : "L'angoisse est liée à l'inexistence de lAutre"

D. Sainte Fare Garnot, Journée de l'Ali à Rennes, octobre 2006


C'est la corde qui fut le premier outil des mathématiciens. D'où l'importance dans la géométrie d'Euclide, de la règle (la corde tendue) et le compas (la corde fixée à une extrémité).

Ces deux outils devinrent les instruments fondamentaux de la géométrie de la droite et du cercle.

Les bords du Nil, en Egypte, sont une bénédiction pour les agriculteurs que sont devenus ces peuples civilisés depuis les millénaires. La terre y est, en effet, très fertile et les cultures y sont faciles (...) Chaque année, le grand fleuve y apporte de la nouvelle terre, et chaque année, il l'inonde pour la rendre plus riche encore.

Justement, le problème est dans l'inondation des terres. Une fois le fleuve retiré, au moment de planter, comment reconnaître son jardin, sonchamp, sur ces immenses surfaces de terre sans aucun repère?

Et c'est là que ceux qui connaissent les premiers rudiments de mathématiques, les "géomètres" (ceux qui mesurent la terre) de l'administration pharaonique, apparaissent avec leurs cordes et leurs piquets dans leurs mains, et avec les théorèmes de Thalès et de Pythagore dans leurs têtes pour tracer des perpendiculaires. Ils vont utiliser les bords du Nil comme une immense feuille de travail pour y dessiner des figures "géométriques"...

Maths Collège, André Deledicq, Editions de la cité

 


L'angoisse

Kierkegaard prend « l'angoisse » comme fil conducteur, dans le Concept de l'angoisse , pour explorer de quelle manière la liberté s'atteste elle-même à l'existence singulière, de façon paradoxale, seul un être libre pouvant faire l'expérience de l'angoisse - expérience de la liberté comme fardeau et obstacle. L'angoisse est le « vertige du possible », on la ressent lorsque l'on est confronté à une infinité de possibilités et qu'il faut faire un choix. L'angoisse, contrairement à la peur, n'a donc pas d'objet déterminé. On a peur « de quelque chose », mais on n'angoisse pas « de quelque chose ». L'angoisse est indéterminée, elle met en branle l'ensemble de l'existence. Heidegger dira que l'angoisse met en branle l'ensemble de l'être, et nous fait apercevoir le néant.

Nous portons la lourde responsabilité de ce choix, et de plus nous ne pouvons pas prévoir si ce choix sera bon ou pas. L'existence se caractérise par son aspect foncièrement contingent et imprévisible, l'homme doit donc se risquer à choisir et à agir sans pouvoir maîtriser totalement son avenir. C'est le sens du « saut » dans l'absurde. Aucune doctrine, aucun système philosophique ou scientifique, aucune dogmatique religieuse ne peuvent rassurer l'homme quant à ses choix, il doit les faire en âme et conscience en dernière instance. (wikipedia)

 


L'intervalle qui se répète, structure la plus radicale de la chaîne signifiante, est le lieu que hante la métonymie, véhicule, du moins l'enseignons nous, du désir. C'est en tout cas l'incidence où le sujet éprouve dans cette intervalle Autre chose à le motiver que les effets de sens dont le sollicite un discours, qu'il rencontre effectivement le discours de l'Autre, avant même qu'il puisse seulement le nommer désir, encore bien moins envisager son objet. Ce qu'il va y placer, c'est son propre manque sous la forme du manque qu'il produirait chez l'Autre de sa propre disparition. Disparition qu'il a, si nous pouvons dire, sous la main, de la part de lui même qui lui revient de son aliénation première.

Ecrits, page 843

 


A la fin de la leçon du 19 février 1974, du séminaire Les non-dupes errent, Lacan déploie sa logique modale. C'est à la page 131 de la dernière version du séminaire de l’ALI, que nous reprenons ici, avec quelques corrections en suivant la version orale. (Lacan souligne quelques phrases en criant. Nous les avons transcrites en caractères gras)

 

 

Pour voir le tableau de la logique modale de la leçon du 19 février 1974, cliquer ici

1:18:17 (à une heure 18 minutes du début de la leçon)

S'il est vrai que ça ne se situe que là où je vous le dis, c’est-à-dire là où la contradiction n’est en fin de compte qu’artifice, artifice de suppléance, mais qui n’en reste pas pour ça moins vrai, le vrai jouant là le rôle de quelque chose dont on part pour inventer les autres modes.

C’est à savoir que nécessaire que p, quelque vérité que ce soit, ne peut se traduire que par ça ne cesse pas de s’écrire.

Chacun voit entre ce fait, ce fait que quelque chose ne cesse pas de s’écrire - entendez par là que ça se répète, que c’est toujours le même symptôme, que ça tombe toujours dans le même godant... Vous voyez bien qu’entre le ne cesse pas de s’écrire p et le ne cesse pas de s’écrire non-p, nous sommes là dans l’artefact dont témoigne justement et qui témoigne en même temps de cette béance concernant la vérité, et que l’ordre du possible est comme l’indique Aristote, connecté au nécessaire. Ce qui cesse de s’écrire, c’est p ou non-p. En ce sens, le possible témoigne de la faille de la vérité. À ceci près qu’il n’y a rien à en tirer.

Il n’y a rien à en tirer , et Aristote lui-même en témoigne. Il y témoigne de sa confusion à tout instant entre le possible et le contingent, ce qu’écrit ici mon V vers le bas, Λ... car après tout, ce qui cesse de s’écrire peut aussi bien cesser de ne pas s’écrire, à savoir venir au jour comme vérité du truc… Il peut arriver que j’aime une femme comme un chacun d’entre vous - c'est ce sorte d'aventures dans lesquelles vous pouvez glisser - ça ne donne pourtant aucune assurance concernant l’identification sexuelle de la personne que j’aime pas plus que de la mienne.

Seulement il y a quelque chose qui, entre toutes ces contingences, pourrait bien témoigner de la présence du Réel. Et ça c’est bien ce qui ne s’avance que du dire pour autant qu’il se supporte du principe de contradiction. Ce qui bien sûr, naturellement, n’est pas du dire courant de tous les jours... Non seulement dans le dire courant de tous les jours vous vous contredisez sans cesse, c’est-à-dire que vous ne faites aucune attention à ce principe de contradiction, mais il n’y a vraiment que la logique qui l’élève à la dignité d’un principe, et qui vous permette, non pas, bien sûr, d’assurer aucun Réel, mais de vous y retrouver dans ce qu’il pourrait être quand vous l’aurez inventé.

Et c’est bien en quoi ce que j’ai marqué concernant l’ impossible, c’est-à-dire ce qui sépare, mais autrement que ne fait le possible, ce n’est pas un ou-ou, c’est un et-et. En d’autres termes, que ce soit à la fois p et non-p, c’est impossible, c’est très précisément ce que vous rejetez au nom du principe de contradiction. C’est pourtant le Réel puisque c’est de là que je pars, à savoir que pour tout savoir il faut qu’il y ait invention, que c’est ça qui se passe dans toute rencontre, dans toute rencontre première avec le rapport sexuel.

La condition pour que ça passe au Réel, la logique, et c’est en ça qu’elle s’invente, et que la logique c’est le plus beau recours de ce qu’il en est du savoir inconscient. À savoir de ce avec quoi nous nous guidons dans le pot-au-noir.

Ce que la logique est arrivée à élucubrer, c’est non pas de s’en tenir à ceci qu’entre p et non-p, il faut choisir, et qu’à cheminer selon la veine du principe de contradiction, nous arriverons à en sortir quant au savoir.

Ce qui est important, ce qui constitue le Réel, c’est que, par la logique, quelque chose se passe, qui démontre non pas qu’à la fois p et non-p soient faux, mais que ni l’un ni l’autre ne puissent être vérifié logiquement d’aucune façon. C’est là le point, le point de re-départ, le point sur lequel la prochaine fois je reprendrai, cet impossible de part et d’autre, c’est là le Réel tel que nous le permet de le définir la logique, et la logique ne nous permet de le définir que si nous sommes capables, cette réfutation de l’un et de l’autre, de l’inventer.

 


 

Et c’est là qu’entre en jeu tout ce qui s’édifie du terme de phallus qui est bien là ce qui désigne un certain signifié, un signifié d’un certain signifiant parfaitement évanouissant, car pour ce qui est de définir ce qu’il en est de l’homme ou de la femme, ce que la psychanalyse nous montre, c’est très précisément que c’est impossible et que, jusqu’à un certain degré, rien n’indique spécialement que ce soit vers le partenaire de l’autre sexe que doive se diriger la jouissance, si la jouissance est considérée, même un instant, comme le guide de ce qu’il en est de la fonction de reproduction.

Le savoir du psy, 4 novembre 71


C’est très précisément pour traduire la formule : Je te demande quoi ? de refuser ce que quoi ? Ce que je t’offre, c’est-à-dire quelque chose qui au regard de ce dont il s’agit — et vous savez ce que c’est — c’est à savoir l’objet petit a — l’objet petit a n’est aucun être, l’objet petit a c’est ce que suppose, suppose de vide une demande, dont, en fin de compte, ce n’est qu’à la définir comme située par la métonymie, c’est-à-dire par la pure continuité assurée du commencement ou début de la phrase, que nous pouvons imaginer ce qu’il peut en être d’un désir qu’aucun être ne supporte .

Je veux dire qui est sans autre substance que celle qui s’assure des nœuds mêmes. Et la preuve, c’est que, énonçant cette phrase : je te demande de refuser ce que je t’offre, je n’ai pu que la motiver de ce "ce n’est pas ça" dont j’ai parlé, que j’ai repris la dernière fois, et qui veut dire que, dans le désir de toute demande, il n’y a que la requête de ce quelque chose qui au regard de la jouissance qui serait satisfaisante , qui serait la Lustbefriedigung supposée dans ce qu’on appelle également improprement dans le discours analytique la pulsion génitale, celle où s’inscrirait un rapport qui serait le rapport plein, le rapport inscriptible entre ce qu’il en est de l’un avec ce qui reste irréductiblement l’autre.

C’est en quoi j’ai insisté sur ceci, c’est que le partenaire de ce je qui est le sujet, le sujet de toute phrase de demande, c’est que son partenaire est non pas l’Autre mais ce quelque chose qui vient se substituer à lui sous la forme de cette cause du désir que j’ai cru pouvoir diversifier, diversifier et ce n’est pas sans raison, en 4, en tant qu’il se constitue, selon la découverte freudienne, en tant qu’il se constitue diversement de l’objet de la succion, de l’objet de l’excrétion, du regard, et aussi bien de la voix.

C’est en tant que substitut de ce qu’il en est de l’Autre que ces objets sont réclamés, sont faits cause du désir.

Encore 15 mai 73


Il se peut que la spatialité soit la p rojection de l’étendue de l’appareil psychique . Aucune autre déduction n’est vraisemblable. Au lieu du a priori kantien, (les) conditions de notre appareil psychique. La psyché est étendue, (mais elle) n'en sait rien. Sigmund Freud, 1938, Résultats, idées, problèmes .


Gamow, physicien quantique, russe d'origine, à qui l'on doit la théorie du Big Bang et d'autres choses encore, raconte cette histoire à propos de Dirac, autre physicien quantique:

Une fois, se trouvant chez Kapitza, Dirac, tout en parlant de physique avec Peter, regardait Anya Kapitza tricoter.

Quelques heures après les avoir quittés, il revint, tout excité: "Vous savez,Anya," lui dit-il, "en vous regardant faire ce pull-over, je me suis beaucoup intéressé à l'aspect topologique du problème.

J'ai trouvé qu'il y avait une autre façon de tricoter, et une
seule. Il y a celle que vous employez, puis celle-ci". Et, de ses doigts longs et fins, il fit sa démonstration. Anya lui apprit que la "nouvelle façon" qu'il venait de découvrir était tout simplement le "point à l'envers", bien connu des femmes."

Cité par Serge Hajlbum dans un forum dans la web

 


 

Envers de la psychanalyse

 

Ce qu’on attend d’un psychanalyste, c’est comme je l’ai dit la dernière fois,

de faire fonctionner son savoir en termes de vérité.

 

L’amour de la vérité est ce quelque chose qui se cause de ce manque à

être de la vérité, ce manque à être que nous pourrons aussi appeler autrement,

ce manque d’oubli ce qui se rappelle à nous dans les formations de

l’inconscient, ce n’est rien qui soit de l’ordre de l’être, d’un être plein

d’aucune façon. Qu’est-ce que c’est que « ce désir indestructible» dont

parle Freud pour conclure les dernières lignes de sa Traumdeutung?

Qu’est-ce que c’est que ce désir que rien ne peut changer ni fléchir quand

tout change ? Ce manque d’oubli, c’est la même chose que ce manque à

être, car être ce n’est rien d’autre que d’oublier. Cet amour de la vérité,

c’est cet amour de cette faiblesse, cette faiblesse dont nous avons su lever

le voile. C’est ceci que la vérité cache et qui s’appelle la castration.

 

 

 

 

 


 

La lettre, selon Mme du Deffand, doit faire entendre une voix, beaucoup plus que développer un point de vue. Il ne s'agit pas de prouver qu'on a raison, mais de susciter l'illusion d'une présence - Voltaire affirmant qu'il ne saurait écrire une lettre si elle ne concerne un thème précis ou ne traite d'un problème.

 

La marquise prétendant qu'il est plus drôle de s'abandonner : Rien n'est plus drôle qu'un commerce où l'on se dit tout ce qui nous passe par la tête ; mais je n'en suis pas là avec vous. Ce marché serait trop avantageux pour moi ; je vous donnerais des bulles de savon en échange du votre en barre.

 

 

 

 

 


 

I wish I could tell you half the things Alice used to say, beginning with her favourite phrase Let's pretend . She had had quite a long argument with her sister only the day before -- all because Alice had begun with Let's pretend we're kings and queens ; and her sister, who liked being very exact, had argued that they couldn't, because there were only two of them, and Alice had been reduced at last to say, Well, YOU can be one of them then, and I'LL be all the rest.

 

Alice through the looking glass, Lewis Caroll

 


Le complexe d'Oedipe est la façon dont on peut se défendre contre la structure par l'histoire. L'histoire introduit dans la structure une temporalité, un avant et un après, cette temporalité apprivoise la fonction de la cause puisque dans l'histoire la cause n'est plus supportée que par ce qui est antécedent, par ce qui est antérieure dans la chaîne symbolique. L'histoire imaginarise ainsi le Symbolique pour se défendre contre le Réel. Ce qui pour l'histoire fait cause n'est rien qu'un prédecesseur dans la chaîne : ce qui dans la chaîne se trouve avant. Un hommage est ainsi rendu au père qui, en même temps, se tropuve enchaîné, puisqu'il est réduit à n'être qu'un élément quelconque de la chaîne ; il ne doit son pouvoir qu'au fait purement accidentel d'avoir été avant.
La problématique de l'histoire est ainsi typiquement obsessionnelle ; elle célèbre le père en le réduisant à n'être que celui qui était là d'abord.
(...)
Nous aimons les histoires parce qu'elles annulent la dimension du Réel.
Le complexe d'Oedipe est prototypique de notre rapport à l'histoire, il est notre Ur-histoire, l'histoire originelle, il dit en effet le commencement, la genèse, en mettant le père à la place de la cause.
(...)
Comment se fait-il qu'un même mythe, celui de l'Oedipe, soit retrouvé dans l'inconscient du sujet occidental et ce, que que soit son sexe, puisque ce mythe fonctionne à l'insu du sujet dont, par ailleurs, il ménage l'ex-sistence sans avoir jamais été explicité?
(...)
Il y a d'autres façon d'historiser le Réel, c'est-à-dire là encore de s'en défendre. Il y a par exemple le mythe individuel, cette fois, du névrosé. Ainsi la cause, c'est-à-dire ce qui est toujours cause de l'insatisfaction, cette cause pourra être attribuée à des incidences diverses : insuffisance de l'amour maternel, père chatré, naissance d'un frère ou d'une soeur, traumatisme sexuel, etc.
(...)
L'Oedipe qui fait du père mort la cause est bien agent de normalisation psychique puisqu'il dit quel est l'étalon de la valeur commune : le phallus. Il fait de la femme l'image désirable et de l'idéal paternel le support du narcissisme. Mais bien qu'étant un agent de normalisation psychique permettant d'entrer dans le circuit des échanges - qu'ils soient sexuels, sociaux ou économiques, - l'Oedipe appelle néanmoins trois remarques.
En premier lieu, il ment sur la cause du désir, puisqu'il désigne cette cause comme étant la mère. D'autre part, il organise de façon définitive l'interdit de savoir quelle est la cause véritable du désir sous peine de réaliser l'inceste. Enfin, ce mythe de l'Oedipe fait de l'insatisfaction sexuelle la règle normative.
(...)
Or, sans s'exposer à nul inceste, il est possible de savoir qu'en premier lieu la cause du désir n'est pas la mère mais l'objet qu'elle recèle dans la mesure où cet objet fait l'attirance du père pour elle. D'autre part, cet objet peut être su, désigné, nommé et cela sans aucun risque d'encourir l'inceste ou de le pratiquer, car si la mère est support de l'Autre, du grand Autre comme corps, si elle est corps de l'Autre, si c'est elle dont le corps donne consistance à l'Autre, elle est à jamais pour quiconque insaississable car infinie. Le caractère pathogène de incestes effectivement réalisés tient vraisemblablement à une confusion du grand Autre avec l'objet a.

Extrait de Refoulement et déterminisme des névroses,
séminaire de Charles Melman de 1989-90. Leçon du 12 octobre 1989


l’homme va se reconnaître et se
méconnaître partout... Il se sert de cet
autre désormais vide comme d’un
miroir vrai pour y projeter la surface
invisible qui est lui-même et y voir se
dessiner ce qui lui est le plus interdit -
la Chose

notes/transcription de Claude Conté sur la conférence de Lacan "De ce que j'enseigne"
parue en annexe dans le séminaire sur "L'identification", Ali, page 408



 

 

 

Qu’il y ait un réel, ce n’est absolument pas douteux, que le sujet n’ait de rapport, de rapport constructif avec ce réel que dans la dépendance, étroite alors, du principe du plaisir, du principe du plaisir non forcé par la pulsion, c’est ce qui, la prochaine fois, nous permettra de voir que là est la source et l’origine, là est le point d’émergence de cet objet d’amour. Toute la question est de savoir comment cet objet d’amour peut tenir à remplir un rôle analogue à cet objet tel que je viens de vous le définir,

 

c’est-à-dire à l’objet du désir. Sur quelles équivoques, sur quelles ambiguïtés repose la possibilité, pour l’objet d’amour, de devenir objet de plaisir ?

 

Encore, version ALI, page 218

 


Il faut qu'il y ait une espèce de transmutation qui s'opère du signifiant à la lettre, quand le signifiant n'est pas là - (quand il ) est à la dérive, n'est-ce pas, (quand il) a foutu le camp - dont il faudrait se demander comment ça peut se produire

(...)

Tout de même, on ne peut pas faire que sur le sujet de cette lettre on n'ait pas affaire à un champ qui s'appelle mathématique, à un endroit où on ne peut pas écrire n'importe quoi. (...) C'est en cela que ce domaine se distingue

(...)

Je posai la question de ce qu'on pourrait appeler un mathème, posant déjà que c'est le point pivot de tout enseignement. Autrement dit qu'il n'y a d'enseignement que mathématique, le reste est plaisanterie.
Jacques Lacan, ... Ou pire, le 15 décembre 1971



...C’est en tant que ce champ de l’Autre n’est, comme on dit techniquement, « pas consistant », que l’énonciation prend la tournure de la demande, ceci avant que quoi que ce soit, qui charnellement puisse répondre...
Jacques Lacan


... Cela ne veut pas dire qu’il n’en existe pas. L’important, c’est qu’on ne peut pas démontrer qu’il est impossible qu’il en existe. Voilà de l’indécidable.
De l’indécidable dont le lien avec la structure est la fonction logique des quantificateurs… ce privilège de la fonction de la quantification tient à ce qu’il en est de l’essence du tout et de sa relation à la présence de l’objet a.
Il existe quelque chose qui fonctionne pour que tout sujet se croie tout, pour que le sujet se croie tout sujet, et par là même sujet de tout, de ce fait même en droit de parler de tout.
Or, ce que nous donne l’expérience analytique est ceci qu’il n’y a pas de sujet dont la totalité ne soit illusion, parce qu’elle ressortit à l’objet a en tant qu’élidé.

20 mars 68, L’acte psychanalytique

 
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Approche des conséquences théoriques, cliniques et thérapeutiques, voire institutionnelles du nœud borroméen – mardi 26 mars 2013 –

Thatyana Pitavy et Marc Darmon : Sur la clinique du nœud à trois

Thatyana Pitavy : Clinique du trois

Rien n’a changé, Tout a changé, disait récemment une  patiente qui travaille dans la communication… en l’écoutant je me disais que cela était assez juste, qu’effectivement nous sommes toujours des êtres de langage, fort heureusement nous sommes toujours embarrassés et causés par ce langage qui nous habite et débilite…  Qu’on soit dupe ou pas… Qu’on veuille ou pas, c’est ainsi, rien n’a changé. Néanmoins, la question est celle de savoir ce qui a changé mais qui pour autant reste le même ?

En quoi cela a à faire avec la clinique du trois ? Le trois fait-il clinique ? Quoi qu’il en soit, le trois borroméen reste un outil assez intéressant et conséquent pour répondre à certains des impasses éthiques, cliniques et structurelles auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui...

Disons que le plongement du sujet lacanien dans ce monde mouvant, changeant, opère des modifications radicales dans sa vie psychique. Je ne dirais pas des modifications structurelles, car, si l’on suit Lacan à la fin de son enseignement, il me semble que la notion même de structure est celle du trois pour chacun de nous. Structure originaire, minimale, un déjà là… radicalement humain.

Que le départ soit le même pour tout parlêtre, ne veut pas dire que chaque sujet est affecté de la même façon par ce nœud de langage… bien que, il y a ce point crucial sur lequel nous n’insistons pas assez, point qui semble faire « commune mesure » pour l’espèce humaine, c’est cette paranoïa constitutive, organisatrice qui s’inscrit dès le départ dans notre rapport à l’Autre, paranoïa ordinaire, sans doute, notre pente de prédilection…

Clinique du trois ? J’avoue que j’ai le sentiment d’avancer sur un terrain miné, car depuis quelques mois nous sommes tous bien agités autour de cette question… Trois ou quatre ? Pour ou contre ? Comme s’il fallait choisir son camp, prendre parti… Ou bien ce même débat qui se déplace sous cette autre forme : si oui ou non il ek-siste un sujet dit moderne, contemporain, ou bien s’il ek-siste une clinique Autre que celles des névroses, psychoses et perversions…

Il semblerait que le trois vienne réellement nous imposer une sorte d’impasse éthique… Et qui n’est pas tout à fait celui du pour ou du contre… ça serait trop facile… Une chose est certaine, cette histoire ne nous laisse pas indifférent… Si ce n’est qu’elle vient interroger très directement ce qui est pour chacun de nous une fin de cure, une fin de transfert, une faim (f-a-i-m) de transfert… en tout cas comment entendre cette formule lacanienne que dit « s’en passer à condition de pouvoir s’en servir » sans passer justement par la question du trois et du quatre…

Évidemment pour les psychanalystes, cela est très important, voire même symptomatique… le seul souci c’est de supposer qu’il y aurait une nodalité meilleure que l’autre… un modèle à suivre, une finalité quoi… Ceci dit, c’est clair que le choix radical du trois ou celui du quatre n’organise pas un sujet de la même façon… encore moins un analyste, incontestablement, il s’agit là d’un choix qui oriente… Alors qu’il suffirait de creuser un peu, pour vite se rendre compte que nous sommes tous, quand même, dans le même trou… que ça soit celui de la structure ou celui de la vie. Ce n’est pas rien de localiser la vie dans le trou du réel comme fait Lacan dans La Troisième, la vie qui fait trou, la vie qui est un trou… nous y sommes…

Néanmoins, revenons à l’essentiel, c’est-à-dire, comment répondre aujourd’hui aux effets actuels, localisés, voire même diffus de ce que nous rencontrons dans nos pratiques, car tout cela, constatons-le, bouge à toute vitesse…

Ce que j’observe dans la clinique, qu’elle soit institutionnelle ou libérale, c’est que le trois et le quatre se donnent à lire comme différence pour un même sujet… Vu sous cet angle, ce n’est pas tant une question de choisir entre l’un ou l’autre, trois ou quatre, mais plutôt de s’intéresser à ce qui se met en place entre un et l’autre dans le dispositif de l’analyse. Le transfert étant ce lieu privilégié où s’articule ce dialogue « intérieur », intime, tenu, serré, quelquefois féroce de l’un avec l’autre. Ce qui n’est toujours pas évident c’est la manière de restituer cliniquement ce dialogue… Je vais quand même me risquer à vous en faire ici une lecture en vous proposant ces quelques remarques…

Dans la leçon du 16 décembre 1975 du Sinthome, Lacan pose la question suivante :

« Si le trois est bien le support de toute espèce de sujet, comment l’interroger ? Comment l’interroger de telle sorte que ce soit bien d’un sujet qu’il s’agisse ?

Tout d’abord, je dirais que le trois comme lieu de refoulement se superpose à la notion de structure elle-même. Le trois, Réel, Symbolique et Imaginaire comme support du langage et du sujet est l’écriture de la structure, écriture réelle proposée par Lacan à la fin de son enseignement.

Deuxième point, c’est celui du dénouage… même si cela me semble logique d’affirmer qu’un nœud qui se noue peut se dénouer… Or, comment supposer un parlêtre dénoué de ces trois consistances, RSI ? Même dans les psychopathologies les plus complexes comme l’Autisme, la Mélancolie ou encore dans les états psychotiques dissociatifs aigus où effectivement tout semble dénoué. Mais enfin, que serait-il d’un sujet supposé hors langage, hors structure ? Défait pour le coup…

Je me dis qu'à ce moment-là, nous n’aurions qu’à nous considérer comme un animal parmi d’autres, comme ceux qui ne parlent pas… après tout, on peut faire comme si du langage on pouvait s’en passer, ça serait tellement plus simple de laisser faire la Nature… Seulement, chez nous, c’est radical, ça parle, c’est comme ça.

Je partirais de cette idée que la structure du sujet est radicalement celle du trois et que ce nœud de langage ne se dénoue jamais. Encore, faut-il dire ce qu’on entend par trois, je dirais qu’il peut se montrer par trois temps et par trois modalités distinctes : dans sa forme réduite (le tryskel), dans sa forme homogène (le nœud de trèfle) et dans sa forme généralisée (le nœud borroméen à trois).

Je rappelle que ces trois temps et ces trois modalités sont l’effet d’une série d’opérations de coupure et de raboutage. La coupure n’étant pas ici l’équivalent d’un dénouage, mais on peut néanmoins supposer qu’il s’agit des moments ou des instants délicats pour un sujet, car une opération à nœud ouvert, c’est toujours risqué…

Si le trois est bien le support de toute espèce de sujet, alors le quatre ? Qu’est-ce qu’il vient faire là ? Comment vient-il se rajouter ? Comment vient-il s’attacher ? Il me semble qu’on peut se mettre d’accord pour dire qu’il ek-siste à la structure, cependant je dirais qu’il ek-siste non pas comme une nécessité mais comme une contingence.

Ce quatre qui se rajoute à la structure, dans l’espace temps d’une cure, sous le nom du transfert, est la possibilité pour un sujet de se nommer à… Se nommer « a » implique de pouvoir se servir de ce lieu Autre à fin de border ce triple trou borroméen, pour ensuite pouvoir s’en passer… Dans ce dispositif (de l’analyse), le quatre  viendrait se rajouter de façon purement temporaire.

Dans cette condition-là, il n’est peut-être qu’artifice, un confort pas négligeable quand un sujet décide d’aller vérifier son trou… D’un Autre à l’autre, Grand A en forme de petit a… Bon, laissons la contingence du quatre pour une autre fois, et revenons au trois…

Je me demandais pourquoi aujourd’hui on s’intéresse davantage au trois, au trois borroméen ? Faisons cette hypothèse que c’est parce qu’il se donne à lire plus ouvertement qu’avant. On peut considérer que ce qui se donne à lire et à entendre de façon plus explicite n’est rien d’autre que la structure du trois qui se montre, qui se dévoile en quelque sorte…

En cela rien n’a changé, tout a changé… ce qui change c’est le fait, c’est l’effet de savoir… Ce n’est pas rien de savoir, ce qui n’était pas le cas à l’époque où Lacan a essayé de traiter ces questions…

Constatons qu’il s’agit là d’un des effets de notre modernité, ce qu’on appelle la levée du refoulement semble favoriser un certain type de réveil, une proximité avec le réel qui n’est pas sans prix pour le parlêtre.

Clinique du trois

Une clinique qui se veut sans tabou. Une patiente qui me racontait récemment que sa fille de 18 ans lui a annoncé qu’elle allait faire un film porno (pour briser les tabous !) Voici comme on peut être vite pris dans une confusion… Car sans tabou ne veut pas dire dénoué d’interdit et d’impossible. L’interdit de l’inceste et l’impossible du réel sont toujours là à veiller sur notre humanité… Sans tabou, veut dire qu’il y aurait un accès plus direct entre le sujet et son inconscient, entre le sujet et ses pulsions, un accès plus direct à l’originaire, disons que l’inconscient n’est pas à ciel ouvert mais curieusement, il se donne à lire ouvertement.

À ce propos j’évoquerais le cas d’une jeune patiente de 17 ans qui vient interroger le symptôme suivant : un jour sur l’autoroute, de retour des vacances, elle se réveille d’une sieste dans la voiture de ses parents saisie par une angoisse terrible qui s’est traduite à ce moment-là par : «  j’ai besoin d’aller aux toilettes », immédiatement, une phrase s’est construite dans sa pensée : « j’ai peur de ne pas pouvoir me retenir ». Depuis un an, elle souffre de cette pensée : « j’ai peur de ne pas pouvoir me retenir », c’est la panique et l’angoisse quand dans ses trajets et dans ses sorties elle se trouve en panne des toilettes.

« Peur de ne pas pouvoir se retenir »

Il faut dire que je n’ai même pas eu le temps de lui annoncer la règle fondamentale de l’association libre : dire tout ce que lui passe par la tête car dès les entretiens préliminaires elle y était déjà ! Sans tabou et sans retenue, elle parlait de ses pulsions jalouses, agressives, incestueuses, tout était là posé d’emblée.

Elle a peur de ne pas pouvoir se contrôler. « Il faut que ça sorte, c’est une envie de me soulager, dit-elle. Les toilettes c’est le seul endroit où je peux me libérer, où je suis seule, c’est toujours un soulagement. »

« Être seule » aux toilettes, c’est aussi l’occasion d’éviter le regard de l’Autre. Le regard étant pour elle un objet plutôt envahissant au point même de l’aspirer des fois… Ses envies pressantes et angoissantes se manifestent à chaque fois qu’il y a rencontre avec la foule (concert, boîte de nuit, métro, etc.) ou bien dans les endroits étroits (long trajet en voiture, ascenseur, etc.) Très nettement, quand il y a trop de proximité avec le corps, avec le regard de l’autre…

Actuellement, elle dit qu’il y a trop de pression autour d’elle, ses parents, ses amies ne comprennent pas que le symptôme n’a pas encore cédé depuis le temps qu’elle vient me voir (à peine six mois), bref... « Ce qu’ils ne comprennent pas, dit elle, c’est que ça me fait du bien de vous parler, qu’ici je n’ai pas besoin de me retenir, je dis tout ce qui me passe par la tête et ça me soulage »

Voici que le lieu de transfert n’est rien d’autre que les chiottes! Ceci dit, cela n’est pas une nouveauté… Mais on peut faire cette hypothèse que le symptôme actuel lui impose une certaine retenue à l’endroit de son inconscient, parce que du contraire, elle est plutôt explosive, agressive et directe dans son rapport à l’autre. C’est d’ailleurs de ce côté-là que les choses sont en train de se calmer…

Mais d’où lui vient la peur de ne pas pouvoir se retenir… de dire ? De ne pas pouvoir se retenir de faire ? Comme si à tout instant elle pouvait perdre contrôle, comme si à tout instant elle pouvait être irrésistiblement saisie par l’automatisme du dire et du faire…

Dans le transfert elle vient tout d’abord chercher un lieu de soulagement, puis elle vient aussi vérifier et interroger la norme, la normale… Me posant souvent la question si « cela est normal de faire ci, de faire ça ou de dire ci, de dire ça » ?  Récemment, elle s’est arrêtée sur une question fort intéressante. Elle me demande :

« C’est quoi de faire semblant ?

« Pour en faire semblant, il faut être doué. C’est particulièrement difficile, dit Lacan dans La Troisième quand il se réfère au discours analytique. Et voici où je voulais en venir ce soir, c’est que la clinique du trois n’est pas dénouée du discours de l’analyste.

« Le symbolique, l’imaginaire, et le réel, c’est l’énoncé de ce qui opère effectivement dans votre parole quand vous vous situez du discours analytique, quand analyste vous l’êtes. Mais ils n’émergent ces termes, vraiment que pour et par ce discours »

La clinique du trois n’est pas dénouée du trois de l’analyste à ceci près que ce qui est méconnu par l’un est la fonction de l’autre. Ce que j’identifie pour cette jeune femme c’est ce hiatus à l’endroit du semblant, du faire semblant, c’est-à-dire, qu’elle y baigne dedans sans le savoir. Elle le sent, mais elle ne sait pas pourquoi c’est comme ça… Alors elle a sans cesse ce souci de transparence, de vérité, il faut tout dire à l’autre… car l’autre peut lire en moi… Il y a souvent cette confusion entre semblant et farce… « Je ne sais pas mentir, ça se voit toute suite » me dit-elle.

Ceci dit, c’est quand même incroyable de voir ces jeunes sujets arriver, on a ce sentiment qu’ils commencent leur analyse par la fin, une analyse à l’envers, subversive, comme s’ils avaient déjà tout compris, tout dit, parfois même tout fait… c’est pas faux… c’est vrai, on dirait qu’ils ont compris la structure du monde, ils ont des fois un réveil déconcertant…  mais il reste pour eux ce point aveugle, plus exactement, ce trou noir, avec lequel ils ne savent pas vraiment y faire… parce qu’« il ne suffit pas d’en avoir l’idée pour en faire le semblant » dit Lacan.

S’ils viennent chercher une analyse c’est parce qu’ils se rendent compte qu’il y a un trou dans la structure, qu’il y a un automatisme dans le langage. Seulement ils ne savent pas pourquoi c’est comme ça… ils ne savent pas que c’est ce trou-là qui les cause… qui est la cause… s’ils viennent c’est pour opérer ce hiatus entre savoir et jouissance, entre semblant et vérité. Se nommer « a », c’est tout un art… se nommer « a » ne suffit pas pour autant pour être analyste, d’autant plus qu’ils ne demandent pas à être… Mais comme tout un chacun qui demande une analyse, ils veulent aussi savoir ce qui ne va pas.                                  Texte de l’auteur

Discussion générale (transcrite par Monique de Lagontrie)

Marc Darmon : Merci Thatyana. Il y a plusieurs axes dans cet exposé. J’en retiendrai un premier qui est la question du choix – du choix de trois ou quatre – tu poses la question ici. Alors est-ce qu'on choisit…

Thatyana Pitavy : Je pense que oui.

Marc Darmon : C'est toute la question. Le choix de la névrose classique… Est-ce qu'on choisit son nœud ? Ça reste une question ouverte à mon sens. Dans une certaine mesure il y a un choix. Dans une autre mesure, c'est quelque chose qui s'impose. Donc ça reste en suspens d'autant plus que la logique du nœud nous sort un peu de la logique du tiers exclu. Ce n'est pas blanc ou noir. Par contre il y a un choix, c'est le choix de l'analyste : est-ce qu'il va analyser avec dans la tête le trois ou le quatre ? Là, il y a un choix éthique de l'analyste.

Thatyana Pitavy : Qui oriente tout le reste.

Marc Darmon : Qui oriente comme tous les choix de l'analyse peuvent orienter la cure et la question de la fin de la cure. On voit bien comment la référence au Nom-du-Père, à la castration, est déterminante dans le déroulement d'une cure, à tout moment, et comment le choix du nœud à 3 peut orienter les choses autrement. Ensuite il y a la question de la contingence que tu as abordée. C'est-à-dire que, si j'ai bien compris, le temps d'une analyse serait le temps d'un quatrième dont on pourrait se passer ?

Thatyana Pitavy : Oui, et avec lequel on dialogue, avec lequel on se met dans un type de dialogue qui est celui du sujet avec lui-même parce que le transfert c'est le petit (a) dans le grand Autre, c'est toujours avec nous-même que ce dialogue s'opère, même si l'analyste est là, on parle seul, on parle tout seul.

Marc Darmon : Oui, il y a un grand Autre qui serait nodal en quelque sorte [T. P. : Qui ferait fonction...] qui ferait fonction de quatrième [T. P. : Dans un moment ... Oui] dans un moment de la cure, dans un passage dessus dessous du réel sur le symbolique par exemple qui rendrait ce quatrième contingent, c'est ça ?

Thatyana Pitavy : C'est-à-dire que là où j'ai beaucoup de difficulté, c'est d'imaginer que l'on peut… Si je pars de cette idée que le 3, il est là au départ pour tout le monde, je veux dire comme une structure, j'ai beaucoup de mal à imaginer que l'on peut être borroméennement noué à 4. C'est ça ma difficulté, vous voyez.

Marc Darmon : Les trois, on va dire, sont là, mais est-ce qu'ils sont noués ?

Thatyana Pitavy : Bien je pense que ça ne peut être que noué.

Marc Darmon : Ah !

Thatyana Pitavy : Ma position, en tout cas, la lecture que je fais : c'est que s'ils ne sont pas noués, eh bien nous sommes des animaux ! Si à un moment donné, le symbolique n'est pas noué borroméennement avec le réel et l'imaginaire, il n'y a rien qui nous différencie d'un animal qui ne parle pas.

Julien Maucade : Et pourtant ça existe !

Thatyana Pitavy : Mais ce ne sont pas des animaux, parce qu'ils sont quand même plongés dans la culture...

Marc Darmon : Même si on dit que le réel, le symbolique et l'imaginaire ne sont pas noués, on parle du symbolique.

Thatyana Pitavy : Ben oui.

Julien Maucade : Si on pense comme une structure, oui. Ça, je comprends ce questionnement. Mais il y a des moments, vous avez parlé de l'institution, où on voit parfois chez certains patients des moments où ce n'est pas noué du tout.

Thatyana Pitavy : Là, ces moments-là où on peut faire une lecture que le sujet n'y est pas, on va le dire comme ça. Quand je parle de ces trois temps de la structure, du triskell, du trèfle et du borroméen, les trois, je l’entends dans ces trois formes distinctes, effectivement il y a des moments, ponctuels, où un sujet peut se trouver dans un triskell où tout est ouvert [J. M. : Voilà] mais qui n'est pas dénoué pour autant, parce que dans le triskell, c'est le cœur quand même du nœud, il est là, le réel... le symbolique... il est là tout le temps.

Julien Maucade : C'est pas un triskell, c'est vraiment les ronds qui partent dans tous les sens.

Thatyana Pitavy : Je n'arrive pas à concevoir ça.

Marc Darmon : C'est le cas dans certaines psychoses.

Thatyana Pitavy : Je ne crois pas, mais…

Julien Maucade : De nos jours ça a beaucoup changé, ça s'est atténué par les médicaments, si on lit le début de certaines descriptions de folie, on voit bien que ce n'est pas juste un moment, ça pouvait durer. De nos jours, grâce aux médicaments, ces moments sont réduits. En même temps, dans l'institution, la pratique a beaucoup changé : la parole aide. Mais il y a des moments surtout dans l'acte de folie, je pense, ça peut durer deux trois minutes, mais c'est complètement détaché je crois.

Marc Darmon : Avec sa proposition sur les nœuds, Lacan nous laisse sur cette question : est-ce qu'un nœud, ça peut se modifier ou pas, est-ce que ça peut se rompre ou pas ? Il semble qu'on ait affaire quand même à certains nœuds solides où le travail de l'analyste va consister, comme je l'ai proposé, à défaire des faux dessus dessous en quelque sorte, on a affaire à un nœud emmêlé et on va le simplifier, ou le réduire pour…

Thatyana Pitavy : … pour retrouver le trois ?

Marc Darmon : Pour retrouver le 3, ou le 4… s'il s'agit de ça. Mais est-ce qu’il y a des modifications de structure du nœud, comme semble quand même le suggérer Lacan dans Le Sinthome. Dans Le Sinthome, il s'appuie sur un nœud  réparé par l'ego, avec une possibilité d'éclipse de cet ego et de détachement de l'imaginaire. Donc il envisage des transformations dynamiques du nœud où c'est la structure du nœud qui aurait une certaine instabilité, du fait d'une réparation précaire. Bon.

Ensuite : un dernier axe dans ton exposé autour de ce cas clinique. À mon avis qui pose la question de l'objet, dans le nœud à 3. C'est une question qu'on s'était posée avec Bernard et Jean-Jacques un soir : c'est-à-dire quel est l'objet du nœud à 3 ? Est-ce que l'objet du nœud à trois c'est un objet coincé au milieu du nœud ou l'objet du nœud à trois c'est simplement le coincement lui-même, c'est-à-dire le coincement sur un trou. Si on suit la démarche de Lacan, c'est-à-dire en quelque sorte : le Réel, le Symbolique et l'Imaginaire sont là dans le nœud, il n'y a pas d'éléments extérieurs au nœud. Donc, que vient indiquer cette lettre petit a au centre du nœud. Est-ce qu'elle vient indiquer simplement la place ? Ou est-ce qu'elle vient indiquer simplement quelque chose de pris dans le nœud ? Ce qui me semble intéressant, c'est qu'il existe un cas où il y a quelque chose de pris au centre du nœud, c'est dans le nœud à 4 justement, puisque le quatrième – Nom-du-Père ou sinthome – dans une disposition qui ressemble au nœud à trois, le quatrième vient faire un parcours entre les différents trous du nœud. Je ne sais pas si vous avez ce nœud en tête, un parcours dans les différents trous du nœud, c'est-à-dire passant par les trous du Symbolique, de l'Imaginaire et du Réel, par les jouissances – la jouissance de l'Autre, la jouissance phallique et le sens –, et passe par l'objet, par la place de l'objet. C'est-à-dire il existe un cas où quelque chose est coincé au centre du nœud, c'est ce qui relève du Nom-du-Père ou du sinthome dans ses aspects objet, dans son aspect objet. C'est-à-dire dans le cas d'un quatrième, il y a quelque chose effectivement de coincé. Dans le cas du nœud à trois, on a affaire à une place, simplement. Il me semble qu'il y a là une distinction fondamentale entre les deux nœuds.

Thatyana Pitavy : Parce que l'idée du quatrième, je veux dire qui viendrait à fixer la structure, pour certains, c'est à supposer que s'il n'est plus là, ça ne tient plus, c'est ça ?

Marc Darmon : Oui, mais avec cette idée qu'il y a un objet qui est déterminé par ce quatrième dans le cas du nœud à quatre, alors que dans le cas du nœud à trois, la place est vide.

Pierre-Christophe Cathelineau : En tout cas ce que je voulais faire ressortir par rapport à votre intervention, c'est que vous avez pointé quelque chose qui me paraît très important dans ce cas clinique-là, qui est la question du semblant. Vous avez pointé qu'effectivement ce qui caractérise cette jeune fille, c'est qu'elle est dans un rapport au refoulement sans tabou et sans réserve. On va dire qu’il y a une absence de réserve. [T. P. : En tout cas elle est aspirée là-dedans, à chaque fois] Elle est aspirée par une absence de réserve donc une relation qui effectivement met en cause son rapport au semblant. La question que vous posiez, c'était de savoir si effectivement le nœud à 4 fonctionnait dans le transfert. Ce qui semble en tout cas opérer et fonctionner dans le transfert, c'est sans doute quelque chose qui à travers la parole qu'elle vient déposer, quelque chose qui se joue peut-être au niveau de la structure même du nœud à trois, c'est-à-dire non pas le passage du 4 au 3, comme vous pensez le suggérer, mais le passage du 3 au 3, c'est-à-dire une modification, une hypothèse qui paraît plausible par rapport au nœud de Brini ; on voit assez bien comment cette dimension – ce rapport infini au signifiant dans la parole, sans limite – peut être caractérisée ici par une aire de la Jouissance Autre qui en quelque sorte est faite du recouvrement de l'imaginaire et du réel. Et donc l'opération effectivement n'est peut-être pas de mettre en place du quatrième mais de modifier précisément, par la parole, de changer d'écriture tout simplement, c'est-à-dire de modifier par la parole l'écriture du nœud. L'écriture du nœud, comme le disait Marc, se trouve déterminée par une certaine figuration et puis la parole fait en sorte que quelque chose vient s'inscrire différemment et donc s'écrire différemment dans le nœud. Donc, personnellement, je serai assez réservé sur l'hypothèse nécessaire d'un quatrième pour le transfert puisque, là, l'opération même de la parole modifie l'écriture du nœud.

Thatyana Pitavy : Oui, mais le quatrième dans ce dialogue qu'est l'analyse, que le dispositif de l'analyse vient mettre en place, je pense que c'est la possibilité de la nomination, c'est de nommer. C'est effectivement d'aller nommer les trous, de ce 3 : la Jouissance Autre, la Jouissance phallique, l'objet. Je crois que ce temps de l'analyse c'est le temps de nommer. On tourne, on tourne autour, et pendant des années et des années, pour nommer, pour mettre des mots dans ce trou qui est le réel de chacun. Je ne crois pas que c'est une nécessité, je pense que c'est un dispositif, c'est une demande. Je ne sais pas comment vous dire. Une personne qui vient s'adresser à l'analyse et demander une analyse, eh bien elle demande ça. Elle demande d'aller dialoguer. Elle demande de venir causer avec quelqu'un. [P.-C. C.: mais le symbolique y suffit] mais c'est pas pareil, de supposer qu'il a ce lieu Autre, même si ce lieu Autre n'existe pas, disons qu'il fait semblant..., je veux dire il y a quelque chose... c'est grand Autre à la place de petit a... Il y a quelque chose qui permet à un sujet de nommer ce qui...

Pierre-Christophe Cathelineau : Non, mais c'est une façon d'articuler le nœud à 3 qui ne me paraît pas rigoureusement admissible, je me permets de vous le dire.

Marc Darmon : Non, mais quand tu parles du transfert, si on s'en tient aux nœuds, comment présenter ce transfert ? Est-ce qu'il faut faire intervenir un autre nœud ? Est-ce qu'il faut faire intervenir des éléments hétérogènes aux nœuds ? Il ne me semble pas. C'est-à-dire dans le transfert, l'analyste va prendre la place tour à tour des différentes positions, symbolique, imaginaire, réelle [P.-C. C.: Ben voilà !] donc ici, dans ce dispositif, cette jeune fille se réveille dans la voiture de ses parents, angoissée... donc il y a une situation œdipienne réalisée. Elle se retrouve angoissée c'est-à-dire encombrée par un objet qui est bien déterminé là : « Je ne peux pas me retenir ». Bon. Donc ce que tu as aidé à faire dans cette phase de la cure, c'est d'utiliser l'équivoque et la portée métaphorique de « se retenir ». C'est-à-dire, elle est là chez toi, dans un lieu où elle peut se permettre de ne pas se retenir. Voilà. Donc tu as fait en sorte que d'une place imaginaire, en réalisant la portée métaphorique et symbolique de cette phrase, tu as accompli une certaine ouverture. C'est-à-dire, ce lieu central occupé par l'objet – un objet imaginaire – en jouant sur cette phrase, tu as permis de nouveau de retrouver cette place, vide. Enfin, c'est un peu comme ça que je vois ça.

Julien Maucade : Enfin, on ne vient pas dans le cabinet du psychanalyste pour pisser quand même !

Marc Darmon : Certains. Certains.

Thatyana Pitavy : Si, si, c'est systématique, elle arrive, il faut que ça passe par là, oui.

Julien Maucade : On pisse à côté, avant ou après.

Thatyana Pitavy : Ah non non.

Marc Darmon : On vient pisser réellement et symboliquement.

Julien Maucade : Symboliquement oui.

Thatyana Pitavy : Et réellement aussi, elle ne part pas sans être passée par les toilettes.

Marc Darmon : Oui, oui.

Valentin Nusinovici : Est-ce que la question de sa difficulté avec le semblant ne tient pas justement au fait que cet objet il est vraiment là [T. P.: Oui] et donc que c'est un effet, justement, de cette rétention. Enfin c'est la question que je me posais : peut-être que ça marche ensemble. Et dans ce cas-là est-ce que c'est un effet d'une clinique tout à fait nouvelle, je ne sais pas. Ce n'est pas sûr.

Thatyana Pitavy : Je ne crois pas que c'est une clinique nouvelle. Ce que j'essaie difficilement de vous dire, ma lecture, c’est que le 3, il n'est pas nouveau, le trois il est là, alors qu'est-ce qui fait qu'on le lit aujourd'hui alors qu'on le lisait pas. Il y a un effet aujourd'hui, je veux dire qu'on s'intéresse, qu'on s'intéresse à ce type de structure, ce qui n'était pas le cas il y a si peu de temps. Je pense qu'il y a un intérêt particulier.

Marc Darmon : Enfin, qu'aurait fait un analyste lacanien, classique, surtout dans un cas pareil ? Qu'est-ce qu'il aurait fait ?

Martine Lerude : Ou simplement le Lacan d'avant les nœuds.

Marc Darmon : Qu'est-ce qu'il aurait fait Martine ?

Martine Lerude : Il aurait fait ce qu'elle a fait Thatyana. Il aurait joué sur l'équivocité du signifiant.

Marc Darmon : Non, il aurait cherché ce qui s'est passé pendant la phase anale.

Martine Lerude : Non, l'ante-lacanien tu veux dire ?

Marc Darmon : Oui, oui oui. [M. L. : Le psychanalyste, le Lacan d'avant les nœuds il aurait joué sur l'équivocité] mais je caricature... le Lacan d'avant les nœuds, il était déjà sensibilisé aux nœuds. [M. L. : Bon, d'accord] Il y a des formulations chez Lacan de très, très… [M. L. : Oui, rapport de Rome. Je sais, je peux les citer aussi bien que toi. [Rires Mais là, il aurait travaillé avec le signifiant] Oui. [M. L. : Bon !]

Julien Maucade : Mais c'est le cas du signifiant là, parce qu'il y a une phrase, une pensée, juste avant, qui est « je veux aller aux toilettes[1] » et il y a une phrase, une pensée, juste après, « j'ai peur de ne pas me retenir[2] ». Alors peut-être que c'est dans l'opposition de ces deux phrases, ou dans la première il y a le verbe conjugué au présent « je veux aller » et dans la deuxième il y a un infinitif « j'ai peur de ne pas me retenir ». Peut-être que c'est là-dedans qu'il y a un espace de quelque chose, mais quand vous avez parlé du corps, moi j'ai eu l'impression qu'il n'y a pas, pour cette patiente, de toute façon c'est l'impression que vous donnez en disant, on dirait qu'elle parle comme elle pisse ou elle pisse…, voilà

Thatyana Pitavy : Il faut qu'elle se retienne de parler parce que sinon ça sort. C'est ça.

Julien Maucade : Voilà. Mais par rapport au nœud à 4, Lacan est clair là-dessus. De toute façon à la fin de la première leçon, il y a une question d’Henri Cesbron Lavau, où il lui dit donc vous dites "s'il n'y a pas le nœud"... Il est là ? [Il est là] [V. N. : Il est encore là !]

Vous lui dites s'il n'y a pas le 4ème nœud, y a pas de nœud et il vous dit "oui c'est exactement ça". Donc sans le quatrième nœud, le nœud n'est pas noué, c'est superposé.

Thatyana Pitavy : C'est avec ça que j'ai une très grande difficulté. Je ne peux pas concevoir que l'être humain, que le parlêtre, puisse être inscrit, on va dire comme ça, articulé, sans RSI. Je veux dire noué, puisque "superposé" ça ne veut rien dire, c'est le cas de chacun d'un côté.

Julien Maucade : Vous soulevez toute la question du sinthome, c'est-à-dire c'est tout le séminaire.

Thatyana Pitavy : C’est-à-dire que Lacan, avec le sinthome, il ne va pas… – le Séminaire je ne l'ai pas étudié comme il faut –, mais je n'ai pas l'impression qu'il va continuer à insister sur le 4, comme il fait avec le sinthome. Le séminaire vers la fin je ne crois pas qu'il va insister sur ce quatrième qui viendrait tenir la structure.

Marc Darmon : Mais le sinthome c'est quand même Joyce. [P.-C. C. : La topologie et le temps, c'est une structure à trois.] [Thatyana Pitavy : Oui, mais là c'est très particulier.] Je veux dire que le séminaire du sinthome est construit autour de Joyce.

Pierre-Christophe Cathelineau : Et puis reprenons la leçon 1, c'est une leçon qui effectivement pose la question du quatrième et puis tout au long du Sinthome, ce n'est pas la question du quatrième qui est posée c'est la question…

Marc Darmon : Ah je ne suis pas d'accord… Je ne suis pas d'accord.

Thatyana Pitavy : C'est la suppléance qui va… [P.-C. C. : Évidemment.]

Plusieurs : Quoi ? De quoi ? On n'entend pas.

Marc Darmon : Alors là. C'est très intéressant justement la question que tu poses sur tout le parcours. Parce que qu'est-ce que nous voyons dans Le Sinthome ? On ne va peut-être pas faire la lecture aujourd'hui. [Thatyana : On la fait un peu là] Pas la lecture suivie… [P.-C. C.: Non, mais enfin bon ! On la fait là] … oui, mais on va en parler quand même.

On a un premier nœud, une première proposition, Lacan fait plusieurs propositions pour Joyce. Donc une première proposition, c'est le nœud à 4. Alors il parle de la disposition superposée des ronds en parlant de père-version. Il dit : ce n'est pas le fait qu'ils soient coupés, dénoués qui constitue la perversion, c'est le fait qu'ils soient superposés. Et un quatrième, le sinthome, se substituant au Nom-du-Père, va les nouer borroméennement.

Et ensuite il passe à une autre proposition pour le nœud de Joyce en passant par le trèfle réparé. C'est-à-dire c'est quelque chose d'extrêmement différent. [P.-C. C.: Une structure à deux] Une structure à 2, un nœud de trèfle avec une erreur et une réparation, alors il se pose la question « est-ce que la réparation a lieu à l'endroit même de l'erreur ou aux deux autres points, de deux croisements. Et il découvre que lorsque la réparation par le sinthome se fait dans les autres points de croisement, ça aboutit à un nœud sous forme de huit et d’un cercle réversible. C'est-à-dire, les deux éléments ont une position équivalente. Alors que lorsque la réparation a lieu à l'endroit même de l'erreur, on a deux positions dissymétriques, c'est-à-dire qu'il n'y a pas d'équivalence, donc il le conclut selon sa logique. S'il y a non-équivalence, il y a rapport. Donc il pose le rapport sexuel comme un des éléments de la clinique de Joyce. Donc on est passé d'un nœud à 4 bien pépère, ou pseudo pépère ou le sinthome venait remplacer le pépère, au nœud de trèfle avec une erreur et réparée par le sinthome qui peut prendre le nom de Nora, comme l'a montré Flavia Goïan à Poitiers.

Dernière proposition, dans la dernière leçon, un nœud pour Joyce, un nœud fait du rond du Réel, accouplé au rond, alors il ne dit pas « symbolique », il faudrait expliquer pourquoi, mais il dit « le rond de l'inconscient ». Ce qui est curieux parce que par ailleurs il nous dit que Joyce était désabonné de l'inconscient. Là, il s'agit d'un nœud fait du rond du Réel, enchaîné olympiquement au cours de l'inconscient et le troisième, l'Imaginaire, ne tient plus, sauf à être retenu par l'ego. Mais un ego distinct de l'Imaginaire, puisque le rond de l’Imaginaire, c'est ce qu'il faut retenir. C'est un ego particulier, fait on va dire d'écriture. Et c'est cette réparation qui est précaire que j'ai évoquée tout à l'heure pour soutenir qu'il y a des nœuds instables en quelque sorte.

Mais, donc on a affaire avec Joyce à un nœud qui n'est pas borroméen puisqu'il comprend dans sa structure deux ronds noués olympiquement – donc ce n'est pas un nœud borroméen –contrairement au premier nœud à 4 avec le sinthome.

Mais à l'extrême fin de la dernière leçon, nouvelle proposition de Lacan : il ouvre certains ronds en droites et il construit un nœud fait de trois droites et d'un cercle. L'une des droites c'est l'ego, l'autre c'est l'inconscient et le réel, et le cercle restant c'est l'imaginaire. Et il montre également sur ce nœud que lorsque l'ego ne tient pas, l'imaginaire s'en va.

Mais en accomplissant cette opération de transformer les cercles, donc de la dernière proposition pour Joyce, en droites, il y a quelque chose de fondamental d'introduit, c'est que le dernier nœud  proposé, la dernière chaîne proposée, est une chaîne borroméenne. Et il dit le nœud borroméen est reconstitué. Il dit une phrase qui ressemble à ça, mais il le dit très vite comme ça. C'est-à-dire qu'il a fait tout un parcours au cours du séminaire où il part d'un nœud borroméen à 4 avec le sinthome jusqu'à un nœud borroméen à 4 fait de 3 droites et d'un rond.

Pierre-Christophe Cathelineau : Oui mais ça, ça n'invalide pas l'idée que le propos n'est pas un propos sur le nœud à 4 comme structure fondamentale mais sur le nœud à quatre en tant que descriptif de ce dont il s'agit à propos de Joyce. Et donc il n'y a pas en quelque sorte une volonté axiomatique de Lacan de montrer la prévalence des nominations pour nouer le nœud, c'est simplement une façon d'introduire une clinique de la psychose, une clinique des psychoses qui fasse référence aux nœuds. C'est-à-dire que je crois qu'il y a là un problème d'interprétation du sinthome.

Marc Darmon : Il y a quand même le nœud réparé par le sinthome, qui vient à la place du Nom-du-Père, suppose un nœud à 4 de la névrose fait avec un quatrième Nom-du-Père, mais on a affaire, là, à un nœud – il dit que le père est un sinthome ou un symptôme, comme vous voudrez – à un nœud aussi particulier, avec 1 Nom-du-Père [PCC : C'est un nœud singulier oui ] par opposition au nœud à 3 où il y a 3 Noms-du-Père.

Pierre-Christophe Cathelineau : C'est-à-dire que je crois que ce qui est très important, me semble-t-il, c'est comme ça que je lis la succession de R.S.I. avec Le Sinthome, quand il dit dans R.S.I. que le quatrième n'est pas indispensable, il traite ça d'une façon axiomatique et fondamentale pour dire que le 4ème n'est pas indispensable et on le voit puisque le nœud tient à 3. Et donc dire que le quatrième n'est pas indispensable, c'est une dimension à proprement parler axiomatique. Ensuite quand il revient à la fin de R.S.I. sur les nominations et qu'il embraye, à la première leçon du Sinthome sur le quatrième et qu’il finit même sur le quatrième, c'est une façon de traiter un cas particulier. C'est juste une façon de hiérarchiser la façon dont Lacan propose son enseignement, il y a l'aspect axiomatique sur le nœud à 3, qui comme le disait Thatyana, est une structure fondamentale. Et puis il parle de ce cas particulier et qui existe évidemment qui est le nœud à 4 mais sans faire du nœud à 4 le dernier mot sur le nœud à 3. Parce que ça c'est le saut qu'on accomplit systématiquement quand on passe de R.S.I. au Sinthome, mais c'est un saut à mon avis qui n'est pas légitime sauf à invalider complètement ce qu'il a dit dans R.S.I. Ce qui ne me paraît pas légitime.

Marc Darmon : Tout à fait d'accord. Effectivement quand il présente le nœud à 4 avec les nominations, il dit en même temps la possibilité de s'en passer.

Pierre-Christophe Cathelineau : Exactement. Mais c'est un débat quand même important parce qu'effectivement selon qu'on propose une interprétation, on va dire finalisée par le symptôme, en disant effectivement il commence la leçon 1 par le sinthome, il finit la dernière leçon par le 4ème, on va avoir une lecture qui va nous faire pencher vers "pour penser le nœud à trois il faut passer par la nomination" mais c'est une lecture qui ne tient pas compte de ce qui est dit dans R.S.I. Dans R.S.I. il dit tout à fait le contraire. C'est-à-dire qu'on peut effectivement se passer de la nomination pour aborder le nœud, et le nœud à 3… on peut s'en passer.

Thatyana Pitavy : C'est-à-dire que la nomination elle est dans le nœud lui-même.

Pierre-Christophe Cathelineau : Elle est interne au nœud.

Marc Darmon : Bon. Est-ce qu'on continue la discussion sur le… ?

Intervenant : Oui un petit peu.

Pierre-Christophe Cathelineau : C'est pour ça qu’évidemment, sans vouloir, que j'ai dit tout à l'heure que le fait de considérer que dans le transfert le 4ème était nécessaire, ça pose problème.

Thatyana Pitavy : Ce n'est pas une nécessité. C'est ça que vous n'entendez pas. Ce n'est pas une nécessité, mais quelqu'un qui vient s'adresser à un autre, à ce moment-là, ce n'est pas qu'il fait de ça une nécessité mais il a une demande d'aller parler à cet autre-là, c'est une demande.

Pierre-Christophe Cathelineau : Oui mais la réponse qu'on peut faire, c'est que la dimension transférentielle, elle est dans la relation transférentielle interne au nœud à trois, c'est-à-dire que…

Thatyana Pitavy : Oui, mais quand je dis grand A à la place de petit a, c'est ça, je veux dire, quand même l'Autre (le grand autre) dans l'analyse, c'est quand même l'objet, c'est avec ça qu'on va le faire [PCC : Voilà !] et qui est dans le nœud. Et quand je parle d'un dialogue, c'est un dialogue intérieur, c'est le sujet avec lui-même. [PCC : Voilà !] C'est pour ça, je ne pense pas que l'analyste vient occuper une place de nommer quoi que ce soit, mais quelqu'un qui demande une analyse, il vient supposer cette place-là mais ça se passe en lui-même, j'ai envie de dire un grand Autre à la place du petit a, c’est ça. C'est cette adresse au grand Autre, qui à la fin c'est son objet, c'est avec son objet qu’il va causer dans une analyse. [PCC : Oui oui] Cette jeune femme, son embarras avec la question du semblant, je pense que ça n'est pas là, elle va se rendre compte de tout ça, mais elle a besoin d'un coup de main. Toute seule, elle ne se débrouille pas là pour l'instant. C'est pour ça qu'elle vient. Ça lui coûte de venir. Mais  elle en a besoin pour l'instant. Après, effectivement, je... Ce qui est très intéressant... J'avais une jeune patiente aussi un peu dans cette modalité et ça faisait déjà un an que je la voyais. Très bien. Et un beau jour je pose la question suivante : « Mais quand vous êtes toute seule, avec qui vous dialoguez ? Avec qui vous parlez ? » C'était un transfert qui était bien posé, bien travaillé. La séance suivante elle me dit « j'ai beaucoup pensé à votre question... mais : à personne », et elle a dit : « je crois que je vais m'arrêter là ». Elle n'est plus jamais revenue. C'est qu'il y a quelque chose qui tient comme ça. Parce qu'on joue de cette place-là de l'autre aussi, de petit autre, dans une demande d’analyse. Mais à un moment donné quand on va vérifier avec l'autre, mais finalement… mais avec qui ?… Elle a bien vu, que ça existait pas, que l'analyste c'est juste un trou, je veux dire que c'est l'objet avec lequel elle cause elle-même. Et puis je pense qu'elle avait fait le travail qu'elle avait besoin de faire et puis c'est parti comme ça. C'est curieux quand même. Oui ?

Henri Cesbron Lavau : Je voulais savoir si, à cette patiente, vous lui avez énoncé la règle fondamentale ou pas ?

Intervenante : Elle n'a pas eu le temps.

Thatyana Pitavy : Ben je n'ai pas eu le temps. C'est-à-dire que c'était d'emblée, c'est venu comme ça [H. C. L. : Oui, bien justement] et puis après je l'ai allongée cette jeune femme et je lui ai annoncée une fois qu'elle était sur le divan.

Henri Cesbron Lavau : C'est ça. Parce que je ne voyais pas comment on pouvait justement s'en passer de lui dire.

Thatyana Pitavy : Tout à fait.

Thierry Roth : Je voudrais peut-être reprendre ou prolonger un peu ce que Martine disait il y a quelques minutes, où elle disait donc suite à votre remarque, bon, l'analyste pré-lacanien serait allé chercher les fixations, fixations anales etc. Le lacanien d'avant les nœuds, ou le lacanien classique aurait joué, comme Thatyana l'a un petit peu fait, sur l'équivoque etc. sur l'équivoque  du signifiant et le lacanien des nœuds, c'est-à-dire qu'est-ce qui serait vraiment une pratique là-dedans qui tiendrait vraiment compte de cette réflexion par les nœuds ? Et on pourrait presque prolonger la question à laquelle peut-être quelques anciens pourraient répondre : est-ce que Lacan pratiquait, ne serait-ce que dans les présentations de malades, est-ce qu'il recevait les patients différemment dans les années 70 par rapport aux années 60 – pour ceux qui éventuellement ont suivi les présentations pendant tout ce moment-là – est-ce que le travail sur les nœuds a modifié vraiment sa pratique et en tout cas, est-ce que pour nous aujourd'hui ça la modifierait ? Et en quoi ? Puisque tout en parlant des nœuds, j'ai l'impression Thatyana, de la façon dont tu as dit deux trois mots sur la façon dont tu as reçu cette patiente, que c’est assez semblable à ce que beaucoup de psychanalystes lacaniens auraient pu faire, chacun avec ses particularités, mais sans obligatoirement que la théorie des nœuds, pour le dire comme ça, soit centrale dans la pratique. Je ne sais pas s'il y a une réponse.

Thatyana Pitavy : Oui, mais ce qui est intéressant, en tout cas, dans la mienne, c’est que avoir ça en tête, avoir en tête la structure du trois ou du quatre, comme on veut, ça nous oriente aussi, de la façon dont on écoute quelqu'un.

Marc Darmon : Par exemple, il y a toute une époque où chez les psychanalystes d'enfants, on allait chercher le père. Il fallait absolument ramener le père. Donc on peut dire que ça peut être un effet du 4ème !

Quant à Lacan, je n'ai pas assisté pendant tant de temps à ses présentations… mais quand même, j'ai été frappé par son attention portée au corps. Je me souviens d'une patiente pour laquelle le diagnostic de schizophrénie se posait, eh bien il lui a demandé de marcher. Il examinait sa démarche, pour voir si elle avait une démarche schizo ou pas. Donc on peut dire que l'analyste lacanien des nœuds ne va pas privilégier un des registres ou une des dimensions et va pouvoir jouer entre les différentes dimensions… dans un parcours comme ça.

Alors, qu'un analyste qui se référerait à une théorie d’avant les nœuds va privilégier le symbolique, et l'équivoque et cette dimension, si bien que Lacan, je crois que c'est dans L'insu-que-sait de l'une-bévue…, il parle de la nécessité de faire une deuxième tranche parce qu’on ressort d'une analyse lacanienne comme donnant comme ça une suprématie au symbolique dans un état un peu dingue.

Angela Jesuino-Ferretto : Mais je crois que ce serait faux aussi de penser que l'analyste qui travaille avec les nœuds ne travaille pas aussi avec l'équivoque.

Marc Darmon : Oui, oui. Bien sûr. C'est une question de privilégier... de penser qu'il y a un des ronds supérieur aux autres.

Angela Jesuino-Ferretto : Non non, j'ai bien compris. Mais je pense que c'est un faux débat de vouloir opposer l'équivoque comme étant avant le nœud, comme si l’analyste avec le nœud devait se priver de ça.

Marc Darmon : Non non, c'est l'équivoque exclusive.

Angela Jesuino-Ferretto : Il y a une question, Thatyana, que je voulais te poser, par rapport à la question du transfert comme quatrième rond, parce que, moi ce que je trouve dans ma clinique parfois, dans ces sujets dits modernes, c'est justement la difficulté de mettre en place un transfert.

Thatyana Pitavy : Je ne trouve pas cette difficulté-là, tu vois, j'ai une pratique institutionnelle avec les toxicomanes, on peut supposer qu'ils sont dans un type de jouissance hors langage… c'est faux. C'est faux. Par contre il faut le chercher. Peut-être que c'est ça la différence, c'est qu'il faut le chercher.

Angela Jesuino-Ferretto : Je pense que ça suppose un maniement de transfert qui est autre.

Thatyana Pitavy : Oui. C'est curieux parce que j'ai l'impression qu'il faut lui parler. Il faut parler. Ce n'est pas parler... supposer à la place de l'autre, mais il faut les chercher là où ils sont. Parfois même sous une modalité assez directe, je trouve, pour que la chose vienne à…

Pascale Belot-Fourcade : Balint le disait déjà, quand on voit les grands classiques, Balint parlait tout à fait dans Le défaut fondamental [T. P. : Ah ! mais il faut y aller dans l'axe, directement, oui] d'un positionnement très différent avec les alcooliques, avec... comme ça, il y a un très beau texte de lui qu'a repris...

Thatyana Pitavy : Sinon ça ne les intéresse absolument pas, devant eux comme ça, ils nous regardent, on se regarde ! Ils s'en vont. Ils veulent que ça parle.

Angela Jesuino-Ferretto : Non, c'est par rapport à la question du 4ème rond comme possibilité de transfert parce que justement on est sur un type de transfert qui est particulier et que je n'inscrirai pas peut-être dans ce nouage à 4.

Thatyana Pitavy : Ce que je n'ai pas dit, parce que j'ose à peine, mais je me lâche là [Angela : Allez, il est 10h20 !] [Marc Darmon : Te retiens pas !] (Rires.) Je ne me retiens pas [Muriel Drazien : C'est ça le transfert !] C'est vrai que j'ai une position un peu... Je ne sais pas si c'est radical mais je ne pense même pas que c'est un nouage à 4, je pense que c'est du 3. Disons que si on peut imaginer une petite boucle qui vient s'y coller comme ça au trois, au nom du transfert, on va dire comme ça… [J. M. : Un papillon ?] Pourquoi pas ? juste un rond, un rond trivial. Et après, quand on n'en veut plus, eh bien, écoutez, on passe outre.

Marc Darmon : Lacan dit, si je ne me trompe pas, dans Le Sinthome que l'analyste est un symptôme.

Thatyana Pitavy : Oui mais là il faut supposer qu'il est noué borroméennement, alors s'il n'y a plus d'analyste… mais je meurs. [X : Oh !] Ce n'est pas possible. Ben oui !

Marc Darmon : Non, c'est-à-dire il se colle, en tant que symptôme [T. P. : Ah oui !] il se colle comme tu viens de le dire, au nœud à trois.

Thatyana Pitavy : Mais je ne pense même pas que ça vienne s'y coller borroméennement. Ce que je vois c'est que ça fait pince, j'en sais rien, mais je dis ça vient faire… [J. M. : Ce n'est pas un crabe ! Si ?] … pourquoi pas, mais en tout cas un nœud trivial qui vient se rajouter à la structure qui est celle du trois, c'est comme ça que je lis, on s'en sert. Quand on n'en veut plus, on passe à autre chose. Il vaut mieux. Il vaut mieux pouvoir passer à autre chose sinon on ne s’en sort jamais là-dedans.

Julien Maucade : Il insiste beaucoup sur l'art et il dit même « j'essaye d'accéder à ce niveau-là de l'art par ma pratique et par mon… » et je pense que ce nouage du psychanalyste comme symptôme c'est aussi de l'art, c'est-à-dire c'est ce qui fait que ça se noue, c’est par l’art de l’analyse. Il ne suffit pas d'être là, on est d'accord, ce n'est pas juste une présence. Mais c'est un art.

Thatyana Pitavy : Il a une esthétique dans tout ça. C'est de ça dont il va parler de l’esthétique à un moment donné, évidemment…

Valentin Nusinovici : Mais qu'est-ce qu'on fait alors de cette affirmation que le transfert préexiste à l'entrée en analyse, dans la névrose ?    inaudible72 :57 Et justement un transfert qui serait là créé, qui serait surajouté mais qui ne serait pas préexistant?73 :04, qui ne sont pas des cas de névroses disons habituelles. Si on tient sur cette proposition qui est tout à fait lacanienne, de dire que le transfert préexiste, qu’il n'est pas créé de...

Thatyana Pitavy : Je pense que tout sujet... On sait qu'on est seul mais on a quand même envie de dialoguer avec l'autre. Le transfert c'est quand même ce dialogue avec l'autre.

Valentin Nusinovici : Mais on n'arrête pas. On n'arrête pas de toute façon. À la limite on n'a même pas besoin d'en trouver un, sauf dans les cas particuliers.

Thatyana Pitavy : Ma difficulté c'est d'imaginer qu'il y aurait un type de nouage qui, sans ça, je meurs. Sans ça, c'est l'éclatement. C'est là où je trouve très difficile, je suis très intéressée aujourd'hui pour une question… je crois que je laisserai ça pour une autre fois, je ne veux pas tout donner comme ça... Mais en tout cas qui viendrait interroger cette proposition : « Sans l'autre, je meurs. » Sans l'autre, je veux dire : sans cet objet-là, sans se nouage-là, ou sans ce qui m'y articule, je ne peux pas, ou sans mon écriture, ou sans mon art, j'en sais rien, on ne meurt pas comme ça. Après effectivement que tout cela s'organise, organise un sujet, ça remplit, chacun fait comme il veut là-dedans. J'ai beaucoup de mal à articuler un type de nouage où, sans ça, on meurt. [Intervenant : Ça arrive !]

Brigitte Le Pivert : Le petit autre, sans le secours de l'autre, il meurt.

Thatyana Pitavy : Mais c'est cette croyance-là que je trouve dingue. Voilà. C'est de supposer... on voit ça, des couples... Il y en a un qui meurt, l'autre suit... c'est de supposer qu'on est tellement noué à l'autre, dans un type de dépendance vie/mort, c'est... on ne l'est pas, hein ! Après effectivement il faut peut-être faire une analyse pour pouvoir nommer ces choses-là, pour pouvoir comprendre certaines choses. Mais je ne sais pas…

Julien Maucade : C'est très intéressant ce que vous soulevez, surtout dans la clinique des enfants et des adolescents, dans le sens…, à mon sens ce n'est pas « sans l'autre je meurs », mais « sans un objet qui se détache de l'autre, je meurs ». C'est plutôt ça. C'est comme ça que ça se pose pour des enfants, pour des adolescents mêmes. C'est-à-dire sans l'objet voix par exemple, je meurs, ça peut arriver ; sans l'objet regard, je meurs. Ça, ça existe mais ce n'est pas l'autre en tant que quantité, mais c'est cet objet que je peux détacher de l'autre. Effectivement oui je peux tomber malade jusqu'à en périr : ça existe.

Thatyana Pitavy : Oui, on voit bien que ça existe. Je sais très bien que ça existe, j'entends et je vois aussi. Mais il y a un petit problème là-dedans. Vous voyez ! Comment ? Qu'est-ce qui... ?

Julien Maucade : C'est-à-dire ce n'est pas tellement la question de l'autre, c'est l'objet. Je veux dire que sans cet objet qui soutient quelque chose. Voilà !

Marc Darmon : D'autres questions ? Oui ?

Brigitte Le Pivert : Quand même je préférerais vous le dire, en relisant le texte de Lacan Propos sur la causalité psychique, qui est quand même un texte ancien, il parlait des nœuds de l'Imaginaire et justement de cette nécess’… inaudible qui préexistent à la venue du symbolique et de l’image      inaudible de l'autre semblable

Thatyana Pitavy : Oui j'entends. Je pense qu'on s'invente beaucoup d'histoires pour pouvoir tenir dans cette vie, parce que sinon c'est intenable, c'est tout. Et après on se met à croire des choses…

Julien Maucade : On est tous Shéhérazade…



[1] Ce qui a été dit par Thatyana est : « J’ai besoin d’aller aux toilettes. »

[2] Idem : « J’ai peur de ne pas pouvoir me retenir. »

 

 
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