J'avoue que ce séminaire illustre pour moi d'une façon
très forte ce qu'il en est de résister au savoir, ou peut-être
plus justement à faire fonctionner le savoir pour
aborder ce qu'il en est de la vérité, que je nommerais ici
avec Lacan, la vérité du non-rapport.
Je me suis donné pour tache de parler du corps, ce qui
en psychanalyse est une chose difficile.
D’une part, il faut tenir compte du réel de l’organisme
en tant que lieu d’où part la demande. Puis, de l’image
du corps dans le miroir – image destinée à unifier ce
qui autrement se présente comme un vécu du corps
morcelé, opération rendue possible grâce à la présence
aimante du parent qui porte l'enfant.
Vous voyez déjà les registres en jeu dans ce qu’on peut
dire du corps. Mais le symbolique à une place radicale
puisque le signifiant introduit la négativisation de tout
ce qui est imaginé comme matière, substance, support
d’ordre physique dans le monde – que ce soit des
personnes ou des choses.
Rien n'est moins assuré que la consistance d'un monde,
page 73
Ceux qui sont en analyse et que j'espère sont nombreux
ici ont assez vite l'expérience du signifiant, du comment
il régit notre rapport à la réalité.
On croit vouloir une chose, on dit une autre, et
l'expérience de l'analyse est là pour nous montrer que
ce qu'on dit sans vouloir dire, est au coeur même de ce
qu'on désire et qu'on ne veut pas admettre...
Lacan rappelle (page 91) que nous sommes en face d'un
dire, et qu'il s'agit de lire les effets de ces dires
Puis aussi, Lacan dira : Il n'y a pas de réalité prédiscursive,
la réalité se fonde du signifiant. page 75
Aussi:le fantasme, support du principe de réalité. Page
133
On a donc à faire avec des signifiants qui désignent des
personnes, ou des choses fussent elles le corps ou des
parties du corps, ce seront toujours les signifiants qui
seront prévalents dans l'écoute, et non pas les supposés
référents des dits signifiants.
Or il me semble que ce qui est abordé par Lacan dans
ce séminaire ce sont les limites mêmes de cette fonction
du symbolique, le phi de x, ou fonction phallique.
Autrement dit l'extension de cet opérateur logique
qu'est le phallus, et qui fait que la matérialité des choses
découle des mots et pas l'inverse comme la psychologie
pourrait le laisser croire.
Alors Lacan va nous dire que la femme est pas-toute
parce qu'il y a toujours quelque chose chez elle qui
échappe au discours.75
Cela pose à mon avis une extériorité par rapport au
symbolique, que j'entends là comme relevant du réel,
puisque de cette extériorité elle ne peut rien dire, et
pour cause, c'est extérieur au signifiant, au discours, au
symbolique. C'est un hors langage.
Donc: pas de réalité pré-discursive mais quelque chose
qui peut échapper au discours, la pas-toute.
C'est ainsi que j'interprète la phrase: La femme exclue
de la nature des choses qui est la nature des mots. Page
125
Il dira sur le pas tout: qu'un femme a à se poser dans la
fonction phallique, autrement dit le culte du phallus qui
nous caractérise et qui nous réunit, ou bien de n'en pas
être.133 Drôle d'expression, avouons-le.
Cela rejoint la question de l'être qui nous a tant
occupés.
Ce réel que j'essaie de cerner concernant la position
féminine exige pour moi la prise en compte d'un réel
défini cette fois comme jouissance, jouissance de
l'Autre, de l'Autre incarné par une femme à travers son
corps. Jouissance que Lacan définit comme étant audelà
du phallus.
Et qu'il y a une exigence logique à dire que cet Autre là
n'est pas quelqu'un, il est caisse de résonnance pour le
signifiant Un qui fait exister le sujet.





