Mathinées lacaniennes

PROGRAMME 2017-2018

9h -10h : Groupe de travail animé par Virginia Hasenbalg.

10h-11h : Atelier de topologie animé par Henri Cesbron Lavau.

11h-12h : Conférence, en alternance avec
les Lectures questionnantes des "Essais de topologie lacanienne"
en présence de Marc Darmon et Charles Melman

Mathinées lacaniennes
https://www.mathinees-lacaniennes.net

2017-2018

Groupe d’études animé par

Jean Brini, Henri Cesbron Lavau et Virginia Hasenbalg-Corabianu

à l' ALI , 25 rue de Lille, 75007

le samedi 14 octobre 2017

9h - 10h :
Le traumatisme, c'est le sexe de l'Autre
Exposé de Patricia Le Coat,
Discutante : Choula Emerich

 
10h - 11h :
Atelier de Topologie :
Utilisations pratiques des graphes
Henri Cesbron Lavau

 
11h - 12h :
Septième rencontre de débats
autour du livre de Marc Darmon
" Essais sur la topologie lacanienne "
sur le graphe
avec Marc Darmon et Charles Melman.
 

Annonce

Un groupe de travail se met en place à Marseille sous la responsabilité de Marie Pierre Bossy,
répondant au souhait de celles et ceux qui veulent se joindre localement à notre travail
en nous apportant de nouvelles interrogations et propositions.
Pour contacter Marie-Pierre, voici son mél : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. 

 

CALENDRIER 2017-2018

Calendrier 2017-2018

Rentrée le 23 septembre 2017
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Extrait de la cinquième rencontre avec Marc Darmon et Charles Melman

M. Darmon – Oui, vous avez soulevé différentes questions. La première c’est, ce qu’il en est du Réel, par rapport au nombre Pi. C’est-à-dire nous avons affaire, on va partir de la cure, à une suite en apparence aléatoire dont on va plus ou moins trouver la loi. C’est un peu ce qui se passe dans le jeu de pair ou impair. Donc une loi d’alternance qui va être peut-être spécifique à chacun, qui va renvoyer aux lois du langage… Mais, Freud a parlé de l’ombilic du rêve ou du refoulé primordial, donc, il semble bien y avoir quelque chose qui échappe au programme, si on reprend cette métaphore d’informatique. Donc quelque chose qui résiste à être réduit à une loi.
Ch. Melman – Si c’est l’ombilic, pardonnez-moi, c’est le générateur…, donc, et en plus avec cette ambiguïté, pardonnez-moi cette association très libre, mais enfin, en l’occurrence avec cette image de l’ombilic c’est même le générateur maternel, n’est-ce pas ? Donc…
M. Darmon – Oui. Mais on retrouve certaines formulations de Lacan sur le Réel comme sans loi. C’est ce qui échappe…
Ch. Melman – Ah oui… donc c’est la tuché.
M. Darmon – La tuché oui. Alors on a évoqué le traumatisme ou le troumatisme, c’est effectivement ce qui échappe à la loi de l’Inconscient.
Ch. Melman – À l’automatisme de répétition.
M. Darmon – À l’automatisme de répétition, qui induit un autre automatisme.
Ch. Melman – Ah, alors là, vous nous engagez sur le terrain de la clinique du traumatisme. Mais justement je dirais que le problème de la névrose traumatique c’est que ce n’est pas un automatisme, c’est une stase.
M. Darmon – C’est une stase oui.
Ch. Melman – Ce n’est pas la même chose.
M. Darmon – Oui, c’est-à-dire que ce n’est pas la même répétition.
Ch. Melman – Eh non ! Si ça induisait une autre répétition, au fond, ben voilà, ça montrerait qu’on peut changer de chaîne si j’ose dire, on zappe. Bon. Mais, encore que la seconde, et ça ce serait et c’est un problème, c’est qu’elle n’est pas sexuelle.
M. Darmon – Non.
Ch. Melman – Et ce qui est bien sûr un problème. Et justement le traumatisé, le névrosé traumatique, il ne peut pas changer de chaîne, la première ne fonctionne plus et la seconde ce n’est pas automatisme.
M. Darmon – Alors quand vous parlez de la thérapie, est-ce qu’on peut parler de thérapie ?...
Ch. Melman – Oui.
M. Darmon – … soit, le faire parler immédiatement, [Ch. Melman – Absolument] soit, si c’est à distance, revenir sur l’enfance. On peut comprendre soit faire parler immédiatement, c’est pour enchaîner…
Ch. Melman – L’en faire parler immédiatement, pour justement, faire rentrer cet événement dans...
M. Darmon – … dans une chaîne symbolique.
Ch. Melman – Dans une chaîne symbolique, oui.
M. Darmon – Et revenir à la chaîne de l’enfance…
Ch. Melman – Revenir à l’enfance, pour justement essayer de remettre en marche ce qui a été la chaîne qui a provoqué l’automatisme de répétition. Autrement dit essayer de faire revenir les souvenirs, les émotions, les difficultés, les traumatismes de l’enfance, etc. Autrement dit pour essayer de la ressusciter en quelque sorte.

 

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Séminaire d’été 2016

Etude du premier et de l’avant-dernier séminaire de Lacan

Les écrits techniques de Freud (1953 – 1954)            Le moment de conclure (1977 – 1978)

Lacan nous rappelle dans ce premier séminaire que les concepts ne sont pas fixes et éternels dans le monde des idées, ils sont vivants. Ce que la formule : « le concept, c’est le temps » nous indique. Le temps, c’est le temps pour comprendre, c’est le temps d’une analyse dont « le transfert est le concept même ». Combien faut-il de scansions, d’ébauches de mouvement vers la sortie, pour que l’obsédé puisse réaliser le concept de ses obsessions, c’est-à-dire ce qu’elles signifient au moment de conclure, de sortir de la prison du maître ? C’est la question que pose Lacan à la fin de son séminaire.

« La fin de l’analyse, c’est quand on a deux fois tourné en rond, c’est-à-dire retrouvé ce dont on est prisonnier. » Cette phrase du Moment de conclure semble répondre à la fin du premier séminaire. Il y a ainsi de nombreux ponts entre les deux séminaires à travers les années. A la fois tout est changé : le style, les concepts comme l’intersubjectivité, la réalisation de l’être… Et au-delà de ces profonds changements, il y a des points fixes et non des moindres : le réel, le symbolique et l’imaginaire. Distinction essentielle dès le premier séminaire où le nœud borroméen est plus qu’ébauché : « C’est dans cette dimension de l’être, dit Lacan, que se situe la tripartition, sur laquelle j’insiste toujours avec vous pour vous faire comprendre les catégories élémentaires sans lesquelles nous ne pouvons rien distinguer dans notre expérience : la tripartition du symbolique, de l’imaginaire du réel. Ce n’est pas pour rien, sans doute, qu’elles sont trois. Il doit y avoir là une espèce de loi minimale, qu’ici la géométrie ne fait qu’incarner : à savoir en effet que si, dans le plan du réel, vous détachez quelque volet qui s’introduit, dans une troisième dimension, vous ne pourrez jamais faire de solide, si on peut dire, qu’avec deux autres volets au minimum. »

Lacan met à l’épreuve cette distinction fondamentale en s’attaquant au vif de l’expérience psychanalytique sous la forme de la technique à partir des écrits de Freud. C’est en reprenant l’interprétation de nombreux cas cliniques : de Mélanie Klein, de Rosine Lefort, de Michael et Alice Balint qu’il en démontre la pertinence.

Si dans le premier séminaire, Lacan s’efforçait de distinguer et de souligner la suprématie du symbolique, dans les derniers séminaires c’est le réel qui importe, le nœud borroméen qui le constitue et qu’il constitue, établissant une équivalence que Lacan ne fait que retrouver en somme. Dans Le Moment de conclure à travers la structure torique des consistances, c’est la coupure et la chirurgie qui sont de retour, retrouvant une intuition de Freud qui comparait l’analyste justement au chirurgien.


Pour suivre les développements topologiques du séminaire L'insu que sait de l'une-bévue s'aile à mourre, on se reportera avec profit au dossier disponible sur le site de l'ALI

 

ainsi qu'aux dossiers de Jean Brini :

 

Retournements du tore (à propos des leçons 1 et 9)

 

Quatresse et nouage de 3 tétraèdres (à propos de la leçon 5)

 

qui donnent accès à des textes et à des figures explicatives.

 

 


 

Séminaire d'été 2015

 

Le titre équivoque du séminaire demande à être interprété. Ecrite en lalangue ou plutôt en l’élangues, cette phrase, à la grammaire énigmatique, se lit en français et s’entend, en partie, en allemand : une-bévue/ Unbewusst. Lacan utilise un procédé rencontré chez Joyce, l’année précédente du séminaire. La traduction de Unbewusst par « l’une-bévue » est en soi un mot d’esprit, c’est-à-dire une formation de l’inconscient comme l’acte manqué, le lapsus, le rêve, le symptôme. Qu’est-ce qu’un acte manqué ou un lapsus sinon une bévue ? Cette traduction rend presque vraie la phrase citée par Dante, lorsqu’il évoque à propos du mot « amour » le juste accord entre le mot et la chose : nomina sunt consequentia rerum. « L’une-bévue » n’a pas le défaut d’être un terme négatif comme « l’inconscient », et il ne risque pas, comme lui, d’être confondu avec l’inconscience. Lacan annonce dès le début du séminaire qu’avec cet « insu que sait de l’une-bévue », il essaie « d’introduire quelque chose qui va plus loin que l’inconscient ».

Le titre du séminaire est donc programmatique, ainsi sa première partie : « l’insu que sait » est une autre façon de traduire l’ Unbewusst, il équivoque avec « l’insuccès », c’est-à-dire le ratage, l’acte manqué qui est, en fait, un acte réussi du point de vue de l’inconscient. Mais « l’insu que sait » indique que le parlêtre sait plus qu’il ne croit savoir, et ce savoir, un bout d’une-bévue, est fait de la matière même du signifiant. « L’insu que sait » est l’inconscient dans sa littéralité même : insu que sait, INsuCSait, I N C S. Répondant à cet autre nom de l’inconscient, une partie importante du séminaire est consacrée aux exposés d’Alain Didier-Weill sur la pulsion invoquante et sur la passe, où celui-ci développe, à partir d’une variante de l’histoire de La lettre volée, les étapes, dans une analyse, du dévoilement du savoir : il ne sait pas que je sais, il sait que je sais, je sais qu’il sait, je sais qu’il sait que je sais qu’il sait. Le personnage de Bozef, introduit par Alain Didier-Weill, incarne pour Lacan « le savoir absolu », à la fois Booz et Joseph, celui qui rêve et celui qui interprète le rêve.

Le troisième nom de l’inconscient : « s’aile à mourre » équivoque avec « c’est l’amour » ou « celle amour ». Le titre entier peut s’entendre comme : « l’insuccès de l’ Unbewusst, c’est l’amour ». Or, qu’est-ce que l’amour sinon un certain rapport de deux savoirs inconscients, venant à la place du rapport sexuel absent ? Un succès rare si les deux savoirs inconscients sont connexes et irrémédiablement distincts, mais s’ils se recouvrent, cet amour n’en est pas moins un ratage.

« S’aile à mourre », quelle est la raison de ce curieux assemblage ?

« L’amour jeu des nombrils ou jeux de la grande oie
La mourre jeu du nombre illusoire des doigts »

Dans le jeu de la mourre, inventé selon la légende par Hélène pour Pâris, il faut deviner la somme des doigts cachés de l’un et de l’autre, savoir insu de l’un et de l’autre : l’amour apparaît ainsi sous la forme de deux mi-dires qui ne se recouvrent pas. Une des variantes du jeu de la mourre : pierre, ciseaux, papier, a la structure borroméenne, puisque le troisième surmonte le premier. Une autre : pair ou impair se retrouve dans La lettre volée, il est à l’origine du texte Parenthèse des parenthèses. Il s’agit de la structure réelle du savoir inconscient.

« Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants. »

Le savoir inconscient se donne-t-il des ailes pour que la lettre prenne son envol ? À moins que ce ne soit l’amour.

Cette troisième partie du titre inaugure une réflexion sur la poésie, sur l’amour et sur le réel.

La poésie « amoureuse » de Dante est convoquée pour soutenir l’affirmation selon laquelle l’amour n’a pas de sens, Il ne serait que signification, mot vide. Par ailleurs, Lacan affirme « [qu’] il n’y a que la poésie qui permette l’interprétation et c’est en cela que je n’arrive plus, dans ma technique, à ce qu’elle tienne : je ne suis pas assez pouâte, je ne suis pas pouâte-assez ! » Et le séminaire se termine par l’évocation « [d’] un signifiant nouveau, celui qui n’aurait aucune espèce de sens, ça serait peut-être ça qui nous ouvrirait à ce que […] j’appelle le réel. »

Est-ce cela le « quelque chose qui va plus loin que l’inconscient ? ». Lacan poursuit, ici, une idée exprimée dans Les non dupes errent selon laquelle, pour la première fois dans l’histoire, il nous serait possible de refuser d’aimer notre inconscient, donc d’errer, certes, mais dans cette erre, l’inconscient pourrait nous mener au-delà du fantasme, « au pur réel ».

Tout au long du séminaire, Lacan prend appui sur la topologie. Le fait surprenant est, après plusieurs séminaires consacrés au nœud borroméen, le recours à la topologie des surfaces, plus précisément à celle du tore. Quelle est la raison de ce tore ? Ce n’est certes pas parce que le tore a une âme, mais parce qu’il est la consistance même des anneaux du nœud borroméen, et aussi parce que le tore peut se retourner. Les trois identifications freudiennes sont rapportées aux trois modes de retournement du tore. Une analyse aurait pour effet de retourner le tore du symbolique en englobant les deux autres, et nécessiterait, de ce fait, une deuxième tranche afin de retrouver le nœud borroméen. Les deux tores enchaînés et troués permettent à Lacan de parler de l’amour comme pure signification à propos de la poésie « amoureuse » de Dante.

L’invention dont Lacan fait preuve, les conséquences cliniques du recours à la topologie des surfaces et de la coupure combinée à celle des nœuds, les contributions d’Alain Didier-Weill sur la passe et sur la pulsion invoquante, le rôle fondamental de la poésie dans l’interprétation, le projet d’aller plus loin que l’inconscient, la perspective d’un signifiant nouveau, font de l’étude de ce séminaire une tâche passionnante et prometteuse.

Mercredi 26, jeudi 27, vendredi 28, samedi 29 août 2015 à Paris
Responsables : Marie-Christine Laznik, Pierre Coerchon, Tathyana Pitavy, Jean Brini, Marc Darmon

 

 

 

 

 


 

Séminaire d'été 2014

 

À la dernière leçon de R.S.I., le 13 mai 1975, Lacan annonce le titre de son prochain séminaire : 4, 5, 6. Il s'agissait sans doute pour lui de poursuivre l'exploration nodale des nominations, chacun des trois ronds du nœud borroméen faisant faux-trou avec la nomination correspondante. Si Lacan s’arrête à six, c’est parce que la voie explorée ne va pas au-delà. Il indique néanmoins qu'il accordera une attention particulière au nœud à quatre.

 

Un mois plus tard, lors de sa conférence, Joyce le Symptôme, il annonce que c’est Joyce qui sera à l’affiche du séminaire à venir. L’intérêt de Lacan pour l’écrivain irlandais est de longue date – on apprend, à cette occasion, qu’à l’âge de dix-sept ans, il fréquentait déjà la librairie d’Adrienne Monnier, qu’il y rencontra Joyce, et qu’à vingt ans, il assista à la première lecture de la traduction d’Ulysse.

Si, dans le Séminaire sur La lettre volée, Lacan évoque l’homophonie joycienne Letter/litter, c’est dans Encore que son intérêt pour l’œuvre de Joyce s’affirme :

« Lisez Finnegans Wake, c’est un long texte écrit dont le sens provient de ceci, [...] c’est du fait que les signifiants s'emboîtent, se composent, [...] se télescopent, [...] que se produit quelque chose qui, comme signifié, peut paraître énigmatique, mais qui est bien ce qu'il y a de plus proche de ce que nous autres analystes – grâce au discours analytique, nous savons le lire – qui est ce qu’il y a de plus proche du lapsus. »

« Ce qu'il y a de plus proche du lapsus »... Lacan ne dit pas que les mots emboîtés de Joyce sont des formations de l'inconscient. Mais pour autant, pouvons- nous évoquer la dimension du mot d’esprit, certes, cultivé, infiniment savant, jouant sur plusieurs langues, mais du mot d’esprit au sens de Freud ? Par exemple, le mot sinse, créé par Joyce, est construit grâce à la condensation de plusieurs mots : since (depuis), sense (sens) et sin (péché). Il suggère un lien entre les trois : la faute originaire qui donnerait sens à l’Histoire ? Peut-être ? Mais le mot sinse ne garde- t-il pas néanmoins son parfum d’énigme ? Est-il comparable au familionnaire de Heine ou aux carthaginoiseries flaubertiennes ?

Avec l’invention du célèbre Dumbillsilly, Joyce parvient à construire en anglais un mot qui se prononce et qui signifie comme en français, enfin à peu de choses près. Pourtant, nous restons face à une énigme, muets comme l’imbécile dont il est question. Nous sommes ici au plus près de ce que Freud désigne par « mot d’esprit par non-sens ».

Dans le mot d’esprit, une pensée préconsciente est pour un temps traitée par l’inconscient, et le résultat est aussitôt récupéré et énoncé pour un tiers dont le plaisir vient confirmer le bon mot. Encore faut-il que ce tiers soit un peu concerné au niveau de l’inconscient. Dans sa conférence, Lacan remarque que, chez Joyce, il n’en est rien : en le lisant, notre inconscient n’est point « accroché ». Par contre, ce que nous percevons à la lecture, c’est la jouissance de l’écrivain.

Si l’écriture de Finnegans Wake traite volontiers les signifiants selon la condensation, qui est un des mécanismes du travail du rêve, et si l’art de Joyce produit ce qu’il y a de plus proche du lapsus, pourquoi Lacan singularise-t-il l’écrivain comme « désabonné à l’inconscient » ?

Dans Le Sinthome, Lacan propose une réponse : l’écriture de Joyce, son œuvre serait son Symptôme, celui qui le nommerait, celui qui suppléerait la carence paternelle – le symptôme qui «abolirait» le symbole. Joyce est désabonné de l’inconscient dans la mesure où il n’en paie pas le prix : castration et refoulement, avant d’en jouir modérément. Si le symptôme peut être réduit par une interprétation jouant sur l’équivoque, ce n’est pas le cas chez Joyce. Rien ne rattache à lalangue le symptôme joycien ; tout au contraire, le génie de Joyce s’emploie à le porter « à la puissance du langage ». D’où la nécessité de le nommer autrement : Sinthome.

Si le Sinthome de Joyce montre, à son insu mais de façon exemplaire, la structure du nœud borroméen, il ne se confond pas pour autant avec la quatrième consistance, celle du Nom-du-Père. Si tel avait été le cas, cette consistance aurait fait faux-trou avec le Symbolique, et aurait été plus que compatible avec le symptôme névrotique, réductible par l’équivoque. Le Sinthome de Joyce – et Lacan s’efforce d’en écrire le nœud tout au long du séminaire – est, au contraire, la réparation d’un nœud non borroméen, puisque l’enlacement de l’Inconscient et du Réel dénoue le corps. Ce nouage singulier du Réel et de l’Inconscient rend compte de la prodigieuse faculté de Joyce à manier la lettre, au prix de la fuite du sens. L’ego viendrait alors réparer le nœud de Joyce au point même où se serait produite la faute due à la carence paternelle. Lacan suggère que, chez Joyce, l’ego tient sa consistance de l’écriture : Le symptôme cesse, (virgule) de s’écrire (du fait que le Sinthome s’écrive). Ainsi Joyce supplée-t-il, par l’écriture, le défaut du père qui lui donnait « la queue un peu lâche ».

Stécriture est-elle celle de lalangue ? Plutôt celle de l’élangues.

Le Lacan du Sinthome est « mathématicien et poète ». Ce séminaire n’a pas la prétention de faire la psychanalyse que Joyce a toujours refusée. Lacan répugne à traiter ainsi l’œuvre et la biographie de l’artiste. Il tente plutôt de se laisser enseigner par lui, par son Sinthome qui donne accès au nœud et au travail de la lettre. Et s’applique ainsi à poursticher Joyce, à commencer par l’écriture de Joyce le Symptôme et poursuivant par le « parler joycien », dans Le Sinthome.

Flavia Goian et Marc Darmon

 


Le séminaire Le Sinthome est un moment-clé et étonnant de nouveauté dans l'enseignement de Lacan.
En questionnant la singularité de Joyce et de son écriture, Lacan révise les fondements de la clinique en prenant appui sur le nœud borroméen. La pensée du nœud, le nœud comme appui, nécessite l'appensée.
Lacan suit Joyce dans son hérésie et inscrit le séminaire en rupture par rapport à la norme – la norme mâle en tant qu'elle prend appui sur la jouissance phallique et le Nom-du-Père – en lui substituant, à cette norme, une recherche sur les nœuds. Ce travail sur Joyce, « désabonné à l'inconscient » ainsi qualifié par Lacan, pourrait être éclairant sur des phénomènes contemporains relevant de la « nouvelle économie psychique ».
Cette année, c'est le questionnement à la lettre du séminaire qui guidera nos travaux. Les leçons seront introduites chaque fois par l'un des responsables du Séminaire d'été avec le souci d'aborder et de questionner les points de butée. Les intervenants annoncés seront sollicités en accord avec le déroulement chronologique des leçons.

 


 

Séminaire d'été 2013

La maison du parlêtre a trois dit-mansions : le Réel, le Symbolique, l’Imaginaire. Est-ce pure coïncidence si son espace sensible, son espace de la représentation ait aussi trois dimensions ? Nous pouvons dire tout au moins que sans RSI, le parlêtre n’en aurait pas la moindre idée, alors qu’il lui est possible de concevoir des espaces de dimensions bien supérieures à trois, des espaces qui lui sont strictement inimaginables. Mais déjà, l’espace à trois dimensions lui est-il vraiment imaginable ? Nous pouvons en douter, parce que dans la représentation, la surface à deux dimensions s’impose, image du corps oblige. D’où notre grande difficulté pratique dans le simple maniement des nœuds borroméens ou autres.

Si notre maison a trois dimensions, encore faut-il que les supposées consistances qui les constituent tiennent ensemble tout en étant radicalement distinctes. A défaut, dissociation ou homogénéisation, c’est l’errance sans domicile ou l’état de siège.

Pour que les consistances soient radicalement distinctes, il faut que Réel, Symbolique et Imaginaire soient absolument différents quant au sens. Aucun des trois ne détient le sens dernier des deux autres. Autrement dit, il n’y en a pas un plus grand que les autres. Si tel avait été le cas, pour penser comme Saint Anselme, ce « plus grand » aurait prouvé l’existence de Dieu et son unicité. Le nœud borroméen dans sa simplicité, impose d’emblée le triple : trois Noms-du-Père. Vérité de la Trinité que la religion révéla, mais au travers d’une disposition perverse du dit nœud.

Les dévots du Un retrouvent ce « plus grand » unique dans le quatrième qui, comme un-en-plus, noue les trois autres autrement déchaînés.

Dans notre Séminaire d’été, l’écriture du nœud, écriture première, sera éprouvée dans ses conséquences essentielles : le sens, tel que nous l’avons évoqué, le choix éthique entre le nœud à trois ou à quatre, la conduite de la cure et la question de sa fin qui découlent de ce choix, la diversité des structures psychiques que le nœud permet, la différence sexuelle et la question du non-rapport sexuel qu’il réinterroge, le nouveau lien social y compris entre analystes qu’il autoriserait.

Charles Melman demande qu’un temps du Séminaire d’été soit consacré à la question de la transmission de la psychanalyse. Si devant sa déception au sujet de la passe, Lacan a pu dire que la psychanalyse était « intransmissible », qu’il fallait que « chaque analyste réinvente la façon dont la psychanalyse peut durer », c’est un fait qu’il a lui-même transmis ce qui lui venait de Freud et que nous devons à Melman de poursuivre cette tâche. Dernier legs de Lacan, le nœud borroméen se doit d’être interrogé dans ce sens capital.

Marc Darmon

 


 

L'objet a n'est pas la métaphore du sujet de la jouissance parce qu'il n'est pas assimilable au signifiant.

L'objet a résiste à l'assimilation à la fonction du signifiant.

Il symbolise ce qui résiste à cette assimilation, ce qui est perdu. Ce qui se perd à significantisation du sujet désirant

Notes du séminaire sur L'angoisse, Jacques Lacan

 



 


 

RSI 11/02/75

" ...dans Freud, il y a élision de ma réduction à l‘Imaginaire, au

Symbolique et au Réel, comme noués tous les trois entre eux... ce

que Freud instaure avec son Nom-du-Père, identique à la réalité psychique,

à ce qu’il appelle la réalité psychique, nommément à la réalité

religieuse, car c’est exactement la même chose, que c’est ainsi par cette

fonction, par cette fonction de rêve que Freud instaure le lien du

Symbolique, de l’Imaginaire et du Réel. "

 

"Je poserai, si je puis dire, cette année la question de savoir si, quant à

ce dont il s’agit, à savoir le nouement de l’Imaginaire, du Symbolique et

du Réel, il faille cette fonction supplémentaire en somme d’un tore de

plus, celui dont la consistance serait à référer à la fonction dite du Père.

C’est bien parce que ces choses m’intéressaient depuis longtemps,

quoique je n’avais pas encore à cette époque trouvé cette façon de les

figurer, que j’ai commencé Les Noms-du-père. Il y a en effet plusieurs

façons d’illustrer la manière dont Freud, comme c’est patent dans son

texte, ne fait tenir la conjonction du Symbolique, de l’Imaginaire et du

Réel que par les Noms-du-père. Est-ce-indispensable? Ce n’est pas

parce que ça serait indispensable et que je dis là-contre que ça pourrait

ê tre controuvé que ça l’est, en fait, toujours !

Il est certain que quand j’ai commencé à faire le séminaire Les Noms du-

Père, et que j’ai, comme certains le savent, au moins ceux qui étaient

là, que j’y ai mis un terme, j’avais sûrement — c’est pas pour rien que

j’avais appelé ça Les Noms-du-Père et pas Le Nom-du-Père !- j’avais un

certain nombre d’idées de la suppléance que prend le domaine, le discours

analytique, du fait de cette avancée par Freud des Noms-du-Père,

ce n’est pas parce que cette suppléance n’est pas indispensable qu’elle n’a

pas lieu. Notre Imaginaire, notre Symbolique et notre Réel sont peut-être

pour chacun de nous encore dans un état de suffisante dissociation

pour que seul le Nom-du-Père fasse nœud borroméen et tenir tout ça

ensemble, fasse nœud du Symbolique, de l’Imaginaire et du Réel. Mais

ne vous imaginez pas que - ce serait bien pas dans mon ton habituel - je

sois en train de prophétiser que du Nom-du-Père dans l’analyse et aussi

bien que du Nom-du-Père ailleurs, nous puissions d’aucune façon nous

passer pour que notre Symbolique, notre Imaginaire et notre Réel -

comme c’est votre sort à tous - ne s’en aillent très bien chacun de son côté.

Il est certain que, sans qu’on puisse dire que ceci constitue un progrès,

car on ne voit pas en quoi un nœud, de plus sur le dos, sur le col et

ailleurs, on ne voit pas en quoi un nœud, un nœud réduit à son plus

strict constituerait un progrès, de ce seul fait que ce soit un minimum. C a

constitue sûrement un progrès dans l’Imaginaire, c’est-à-dire un progrès

dans la consistance. Il est bien certain que dans l’état actuel des choses,

vous êtes tous et tout un chacun aussi inconsistants que vos pères, mais

c’est justement du fait d’en être entièrement suspendus à eux que vous

ê tes dans l’état présent."

 

"je réduis le Nom-du-Père à sa fonction radicale qui est de donner un

nom aux choses, avec toutes les conséquences que ça comporte, parce

que ça ne manque pas d’avoir des conséquences !"

" Je n’insiste pas et je poursuis ce qu’il en est du Nom-du-Père, pour le

ramener à son prototype et dire que Dieu, Dieu dans l’élaboration que

nous donnons à ce Symbolique, à cet Imaginaire et à ce Réel, Dieu est la

femme rendue toute. Je vous l’ai dit : elle n’est pas-toute. Au cas où elle

ek-sisterait d’un discours qui ne serait pas de semblant, nous aurions cet

x que je vous ai noté autrefois, x tel que nonΦx, le Dieu de la castration.

C’est un vœu qui vient de l’Homme, avec un grand h, un vœu qu’il existe

des femmes qui ordonneraient la castration."

 

" (...) l’idée de suppléer à la femme irréelle, ce n’est pas pour rien.(...) que les imbéciles de l’amour fou (...) Leur idée donc de suppléer à la femme qui n’ek-siste pas comme La, à la femme, dont j’ai dit enfin que c’était bien là le type même de l’errance, les remettait dans le biais, dans l’ornière du Nom-du-Père, du Père en tant que nommant, dont j’ai dit

que c’était un truc émergé de la Bible, mais dont j’ajoute que c’est pour l’homme une façon de tirer son épingle phallique du jeu."

 

"C’est que ce Dieu tribal, qu’il soit celui-là ou bien un autre,

n’est que le complément bien inutile, c’est ça qu’il exprime, de la conju-

gaison de ce noeud quatre au Symbolique (Figure. VII - 3). C’est le complément

bien inutile du fait que c’est le signifiant un et sans trou, sans

trou dont il soit permis de se servir dans le noeud borroméen..."

 

"Roi, un nom de plus, un nom de plus dans l’affaire et dont chacun sait

que ça rejaillit toujours de l’affaire du Nom-du-Père. Mais, c’est un nom

à perdre comme les autres, à laisser tomber dans sa perpétuité . Les

Noms-du-père hein ! Les Ânons du Père, quel troupeau (...)"

 

18/03/75

"s’il y a un Autre réel, il n’est pas ailleurs que dans le nœud même et c’est

en cela qu’il n'y a pas d’Autre de l’Autre. Cet Autre réel, faites-vous

identifier à son Imaginaire, vous avez alors l’Identification de l’hystérique

au désir de l’Autre, celle qui se passe ici en ce point central.

Identifiez-vous au Symbolique de l’Autre Réel, vous avez alors cette

identification que j’ai spécifiée de l’ einziger Zug , du trait unaire.

Identifiez-vous au Réel de l’Autre réel, vous obtenez ce que j’ai indiqué

du Nom-du-Père, et c’est là que Freud désigne ce que l’identification a

à faire avec l’amour. Je parlerai la prochaine fois des trois formes de Noms-du-Père,

celles qui nomment comme tels, l’Imaginaire, le Symbolique et le Réel, car

c’est dans ces noms eux-mêmes que tient le nœud. "

 

15/04/75

"Nous ne considérons pas le fait de l’interdit de l’inceste

comme historique. Il est bien entendu historique, mais il faut tellement

le chercher dans l’histoire que, comme vous voyez, j’ai fini par trouver

ç a chez les Hindous, et on peut dire que là on en tient un bout hein !

C’est pas historique, c’est structural. C’est structural, pourquoi ? Parce

qu'il y a le Symbolique. Ce qu’il faut arriver à bien concevoir c’est le

trou du Symbolique en quoi consiste cet interdit. Il faut du Symbolique

pour qu’apparaisse individualisé dans le nœud ce quelque chose que,

moi, je n’appelle pas tellement le complexe d’Œdipe, c’est pas si complexe

que ça. J’appelle ça le Nom-du-Père. Ce qui ne veut rien dire que

le Père comme Nom, ce qui ne veut rien dire au départ, non seulement

le père comme nom, mais le père comme nommant. Ça, on ne peut pas

dire que là-dessus les Juifs soient pas gentils hein ! ils nous ont bien

expliqué que c’était le Père, le Père qu’ils appellent, le Père qu’ils foutent

en un point de trou qu’on ne peut même pas imaginer, n’est-ce pas, je suis

ce que je suis, ça c’est un trou, non ! Ben ! c’est de là, que par un mouvement

inverse car un trou ça, si vous en croyez mes petits schèmes, un

trou ça tourbillonne, ça engloutit plutôt hein, puis il y a des moments où

ç a recrache. Ça recrache quoi? Le Nom. C’est le Père comme Nom."

 

 


Sur les synthèses additive et soustractives (en anglais)

 


 

http://www.profil-couleur.com/lc/003-couleur-newton.php

Notre civilisation est désormais complètement influencée par cette prédominance des teintes à tel point que le mot "couleur" devient synonyme de teinte dans notre culture. Mais Newton va plus loin et il est le tout premier à proposer un classement des couleurs sous la forme d'un cercle. Cette nouvelle théorie eut un impact si fort, qu'on crut à l'époque qu'il fallait aussi l'appliquer pour les mélanges de teintes. Il régna donc une grande confusion dans l'artisanat des teintures et dans le monde de la peinture jusqu'au milieu du 19e siècle, où enfin les travaux de Maxwell puis de Helmholtz permirent de bien faire la distinction entre les primaires additives du monde de la lumière et des primaires soustractives du monde des mélanges de teintes.

Selon le principe de la recomposition de la lumière développé par Newton, le mélange de l'ensemble des couleurs spectrales donne la couleur blanche.

Ce n'est que beaucoup plus tard après les découvertes de Newton, en 1807 exactement, que Thomas Young s'aperçoit qu'il n'est pas nécessaire de réutiliser tous les rayons du spectre pour reconstituer de la lumière blanche, mais que trois d'entre eux suffisent. Il découvre les couleurs primaires RVB (rouge, vert, bleu). On connaissait depuis très longtemps les couleurs primaires nécessaires au mélange des colorants qui sont le cyan, le magenta et le jaune mais personne n'avait imaginer que pour les rayons lumineux, il existait des couleurs primaires différentes.

Trois couleurs spectrales sont suffisantes pour reconstituer la couleur blanche. Les plus souvent employées sont le RVB (rouge, vert, bleu) par imitation de la perception visuelle.

Young fit la découverte des couleurs primaires en s'intéressant aux récepteurs sensoriels de l'œil. Il proposa comme hypothèse que la vision humaine utilise trois capteurs rouge, vert et bleu (RVB) capables de réaliser la synthèse de toutes les autres couleurs. Ce n'est que plusieurs années plus tard que cette hypothèse audacieuse sera confirmée par des expérimentations physiologiques sur l'œil qui montreront l'existence de trois types de cônes sur la rétine sensible respectivement au rouge , au vert et au bleu. Young avait deviné que les différentes longueurs d'onde présentes dans la lumière avaient une action directe sur la sensibilité de ces cônes.


 

« Je me demandais ce qu’est un adulte, peut-être que l’adulte, c’est celui qui accepte ce fait de structure qui est que, au lieu de l’Autre, il n’y a pas de figure dont je puisse me réclamer au titre d’une filiation, ne serait-ce que parce que cet Autre est par définition hétérogène. Hétérogène !»

Charles Melman, Le complexe de Moïse, mai 1998


 

"...dire que là-dessus les Juifs soient pas gentils hein ! ils nous ont bien

expliqué que c’était le Père, le Père qu’ils appellent, le Père qu’ils foutent

en un point de trou qu’on ne peut même pas imaginer, n’est-ce pas, je suis

ce que je suis, ça c’est un trou, non ! Ben ! c’est de là, que par un mouvement

inverse, car un trou ça, si vous en croyez mes petits schèmes, un

trou ça tourbillonne, ça engloutit plutôt hein, puis il y a des moments où

ç a recrache. Ça recrache quoi? Le Nom. C’est le Père comme Nom.

...

(en parlant des analystes)

Quand ils ne s’identifient pas à un groupe, ils

sont foutus, ils sont à enfermer. Mais, je ne dis pas par là à quel point du

groupe ils ont à s’identifier. Le départ de tout noeud social se constitue,

dis-je, du non-rapport sexuel comme trou."

Jacques Lacan, RSI, 15 avril 75

 


"On estime que les femmes ont apporté peu de contributions aux découvertes et aux inventions de l'histoire de la culture mais peut-être ont-elles inventé une technique, celle du tressage et du tissage."

Sigmund Freud, Nouvelles conférences, La féminité, page 177, Folio poche

 



 

"...cette remarque de Freud que dans l’inconscient

ne fonctionne pas le principe de contradiction, remarque qui n’est que

de première approche, inadéquate en un sens, si elle va jusqu’à impliquer qu’il n’y

ait pas de signe de négation dans l’inconscient, car nous savons tous, et à lire les

textes de Freud lui-même, que la négation a - je ne dis pas dans l’inconscient, ça

ne voudrait rien dire, mais dans les formations de l’inconscient, - des représentants

tout à fait repérés et clairs.

La prétendue suspension du principe de non-contradiction au niveau de l’inconscient,

c’est simplement cette fondamentale splitting du sujet".

J.Lacan, Lobjet de la psychanalyse, 23 mars 1966


 

"...l’origine de la notion de symptôme, qui n’est pas du tout à chercher dans Hippocrate, qui est a chercher dans Marx, qui le premier dans la liaison qu’il fait entre le capitalisme et quoi ? le bon vieux temps, ce qu’on appelle quand on veut enfin ! tâcher de l’appeler autrement, le temps féodal. Lisez là-dessus toute la littérature : le capitalisme est considéré comme ayant certains effets, et pourquoi en effet, n’en aurait-il pas !

 

Ces effets sont somme toute, bénéfiques, puisqu’il a l’avantage de réduire à rien l’homme prolétaire, grâce à quoi l’homme prolétaire réalise l’essence de l’homme. Et d’être dépouillé de tout est chargé d’être le messie du futur. Telle est la façon dont Marx analyse la notion de symptôme. Il donne bien sûr des foules d’autres symptômes, mais la relation de ceci avec une foi en l’homme est tout a fait incontestable.

 

Si nous faisons de l’homme, non plus quoique ce soit qui véhicule un futur idéal, mais si nous le déterminons de la particularité dans chaque cas, de son inconscient et de la façon dont il en jouit, le symptôme reste à la même place où l’a mis Marx, mais il prend un autre sens, il n’est pas un symptôme social, il est un symptôme particulier.

 

J.Lacan, séminaire RSI, leçon du 18 février 1975

 

 

 



Cela ne veut pas dire qu’il n’en existe pas. L’important, c’est qu’on ne peut pas démontrer qu’il est impossible qu’il en existe. Voilà de l’indécidable.

De l’indécidable dont le lien avec la structure est la fonction logique des quantificateurs… ce privilège de la fonction de la quantification tient à ce qu’il en est de l’essence du tout et de sa relation à la présence de l’objet a.

Il existe quelque chose qui fonctionne pour que tout sujet se croie tout, pour que le sujet se croie tout sujet, et par là même sujet de tout, de ce fait même en droit de parler de tout.

Or, ce que nous donne l’expérience analytique est ceci qu’il n’y a pas de sujet dont la totalité ne soit illusion, parce qu’elle ressortit à l’objet a en tant qu’élidé.

 

20 mars 68, L’acte psychanalytique


RSI, Leçon VII

 

« Celle qui vit son mari tout armé,

Sauf la braguette, aller en escarmouche,

Lui dit : « Ami ; de peur qu’on ne vous touche,

Armez cela qui est le plus aimé. »

Quoi ? Tel conseil doit-il être blâmé ?

Je dis que non : car sa peur la plus grande

Etait de perdre, le voyant animé,

Le bon morceau dont elle était friande. »

Rabelais

 


RSI, fin leçon VII

Laurent, serrez ma haire avec ma discipline,
Et priez que toujours le Ciel vous illumine.
Si l'on vient pour me voir, je vais aux prisonniers
Des aumônes que j'ai partager les deniers.

Molière Le Tartuffe

 


"Que l'angoisse, chez Lacan, soit référée au désir de l'Autre et donc au manque qui l'affecte, nous permet de repérer le rôle qu'y joue la fonction phallique puisque si le phallus manque à venir dans le champ où l'objet "a" se présente comme tel, alors s'impose la question de ce que me veut l'Autre, la question du désir de l'Autre, sans qu'aucune nomination ne permette de l'organiser, de la lier dans la signifiance"

Jacques Garnier, Journées de l'Ali à Rennes, octobre 2006

 


"Pour nous mettre directement dans notre travail, je ferai appel à trois citations de ceux qui inspirent et soutiennent nos travaux:

Freud : "L'angoisse étant un état d'affect, ne peut être éprouvé que par le moi"
Lacan : "L'angoisse est le signe du désir de l'Autre"
Melman : "L'angoisse est liée à l'inexistence de lAutre"

D. Sainte Fare Garnot, Journée de l'Ali à Rennes, octobre 2006


C'est la corde qui fut le premier outil des mathématiciens. D'où l'importance dans la géométrie d'Euclide, de la règle (la corde tendue) et le compas (la corde fixée à une extrémité).

Ces deux outils devinrent les instruments fondamentaux de la géométrie de la droite et du cercle.

Les bords du Nil, en Egypte, sont une bénédiction pour les agriculteurs que sont devenus ces peuples civilisés depuis les millénaires. La terre y est, en effet, très fertile et les cultures y sont faciles (...) Chaque année, le grand fleuve y apporte de la nouvelle terre, et chaque année, il l'inonde pour la rendre plus riche encore.

Justement, le problème est dans l'inondation des terres. Une fois le fleuve retiré, au moment de planter, comment reconnaître son jardin, sonchamp, sur ces immenses surfaces de terre sans aucun repère?

Et c'est là que ceux qui connaissent les premiers rudiments de mathématiques, les "géomètres" (ceux qui mesurent la terre) de l'administration pharaonique, apparaissent avec leurs cordes et leurs piquets dans leurs mains, et avec les théorèmes de Thalès et de Pythagore dans leurs têtes pour tracer des perpendiculaires. Ils vont utiliser les bords du Nil comme une immense feuille de travail pour y dessiner des figures "géométriques"...

Maths Collège, André Deledicq, Editions de la cité

 


L'angoisse

Kierkegaard prend « l'angoisse » comme fil conducteur, dans le Concept de l'angoisse , pour explorer de quelle manière la liberté s'atteste elle-même à l'existence singulière, de façon paradoxale, seul un être libre pouvant faire l'expérience de l'angoisse - expérience de la liberté comme fardeau et obstacle. L'angoisse est le « vertige du possible », on la ressent lorsque l'on est confronté à une infinité de possibilités et qu'il faut faire un choix. L'angoisse, contrairement à la peur, n'a donc pas d'objet déterminé. On a peur « de quelque chose », mais on n'angoisse pas « de quelque chose ». L'angoisse est indéterminée, elle met en branle l'ensemble de l'existence. Heidegger dira que l'angoisse met en branle l'ensemble de l'être, et nous fait apercevoir le néant.

Nous portons la lourde responsabilité de ce choix, et de plus nous ne pouvons pas prévoir si ce choix sera bon ou pas. L'existence se caractérise par son aspect foncièrement contingent et imprévisible, l'homme doit donc se risquer à choisir et à agir sans pouvoir maîtriser totalement son avenir. C'est le sens du « saut » dans l'absurde. Aucune doctrine, aucun système philosophique ou scientifique, aucune dogmatique religieuse ne peuvent rassurer l'homme quant à ses choix, il doit les faire en âme et conscience en dernière instance. (wikipedia)

 


L'intervalle qui se répète, structure la plus radicale de la chaîne signifiante, est le lieu que hante la métonymie, véhicule, du moins l'enseignons nous, du désir. C'est en tout cas l'incidence où le sujet éprouve dans cette intervalle Autre chose à le motiver que les effets de sens dont le sollicite un discours, qu'il rencontre effectivement le discours de l'Autre, avant même qu'il puisse seulement le nommer désir, encore bien moins envisager son objet. Ce qu'il va y placer, c'est son propre manque sous la forme du manque qu'il produirait chez l'Autre de sa propre disparition. Disparition qu'il a, si nous pouvons dire, sous la main, de la part de lui même qui lui revient de son aliénation première.

Ecrits, page 843

 


A la fin de la leçon du 19 février 1974, du séminaire Les non-dupes errent, Lacan déploie sa logique modale. C'est à la page 131 de la dernière version du séminaire de l’ALI, que nous reprenons ici, avec quelques corrections en suivant la version orale. (Lacan souligne quelques phrases en criant. Nous les avons transcrites en caractères gras)

 

 

Pour voir le tableau de la logique modale de la leçon du 19 février 1974, cliquer ici

1:18:17 (à une heure 18 minutes du début de la leçon)

S'il est vrai que ça ne se situe que là où je vous le dis, c’est-à-dire là où la contradiction n’est en fin de compte qu’artifice, artifice de suppléance, mais qui n’en reste pas pour ça moins vrai, le vrai jouant là le rôle de quelque chose dont on part pour inventer les autres modes.

C’est à savoir que nécessaire que p, quelque vérité que ce soit, ne peut se traduire que par ça ne cesse pas de s’écrire.

Chacun voit entre ce fait, ce fait que quelque chose ne cesse pas de s’écrire - entendez par là que ça se répète, que c’est toujours le même symptôme, que ça tombe toujours dans le même godant... Vous voyez bien qu’entre le ne cesse pas de s’écrire p et le ne cesse pas de s’écrire non-p, nous sommes là dans l’artefact dont témoigne justement et qui témoigne en même temps de cette béance concernant la vérité, et que l’ordre du possible est comme l’indique Aristote, connecté au nécessaire. Ce qui cesse de s’écrire, c’est p ou non-p. En ce sens, le possible témoigne de la faille de la vérité. À ceci près qu’il n’y a rien à en tirer.

Il n’y a rien à en tirer , et Aristote lui-même en témoigne. Il y témoigne de sa confusion à tout instant entre le possible et le contingent, ce qu’écrit ici mon V vers le bas, Λ... car après tout, ce qui cesse de s’écrire peut aussi bien cesser de ne pas s’écrire, à savoir venir au jour comme vérité du truc… Il peut arriver que j’aime une femme comme un chacun d’entre vous - c'est ce sorte d'aventures dans lesquelles vous pouvez glisser - ça ne donne pourtant aucune assurance concernant l’identification sexuelle de la personne que j’aime pas plus que de la mienne.

Seulement il y a quelque chose qui, entre toutes ces contingences, pourrait bien témoigner de la présence du Réel. Et ça c’est bien ce qui ne s’avance que du dire pour autant qu’il se supporte du principe de contradiction. Ce qui bien sûr, naturellement, n’est pas du dire courant de tous les jours... Non seulement dans le dire courant de tous les jours vous vous contredisez sans cesse, c’est-à-dire que vous ne faites aucune attention à ce principe de contradiction, mais il n’y a vraiment que la logique qui l’élève à la dignité d’un principe, et qui vous permette, non pas, bien sûr, d’assurer aucun Réel, mais de vous y retrouver dans ce qu’il pourrait être quand vous l’aurez inventé.

Et c’est bien en quoi ce que j’ai marqué concernant l’ impossible, c’est-à-dire ce qui sépare, mais autrement que ne fait le possible, ce n’est pas un ou-ou, c’est un et-et. En d’autres termes, que ce soit à la fois p et non-p, c’est impossible, c’est très précisément ce que vous rejetez au nom du principe de contradiction. C’est pourtant le Réel puisque c’est de là que je pars, à savoir que pour tout savoir il faut qu’il y ait invention, que c’est ça qui se passe dans toute rencontre, dans toute rencontre première avec le rapport sexuel.

La condition pour que ça passe au Réel, la logique, et c’est en ça qu’elle s’invente, et que la logique c’est le plus beau recours de ce qu’il en est du savoir inconscient. À savoir de ce avec quoi nous nous guidons dans le pot-au-noir.

Ce que la logique est arrivée à élucubrer, c’est non pas de s’en tenir à ceci qu’entre p et non-p, il faut choisir, et qu’à cheminer selon la veine du principe de contradiction, nous arriverons à en sortir quant au savoir.

Ce qui est important, ce qui constitue le Réel, c’est que, par la logique, quelque chose se passe, qui démontre non pas qu’à la fois p et non-p soient faux, mais que ni l’un ni l’autre ne puissent être vérifié logiquement d’aucune façon. C’est là le point, le point de re-départ, le point sur lequel la prochaine fois je reprendrai, cet impossible de part et d’autre, c’est là le Réel tel que nous le permet de le définir la logique, et la logique ne nous permet de le définir que si nous sommes capables, cette réfutation de l’un et de l’autre, de l’inventer.

 


 

Et c’est là qu’entre en jeu tout ce qui s’édifie du terme de phallus qui est bien là ce qui désigne un certain signifié, un signifié d’un certain signifiant parfaitement évanouissant, car pour ce qui est de définir ce qu’il en est de l’homme ou de la femme, ce que la psychanalyse nous montre, c’est très précisément que c’est impossible et que, jusqu’à un certain degré, rien n’indique spécialement que ce soit vers le partenaire de l’autre sexe que doive se diriger la jouissance, si la jouissance est considérée, même un instant, comme le guide de ce qu’il en est de la fonction de reproduction.

Le savoir du psy, 4 novembre 71


C’est très précisément pour traduire la formule : Je te demande quoi ? de refuser ce que quoi ? Ce que je t’offre, c’est-à-dire quelque chose qui au regard de ce dont il s’agit — et vous savez ce que c’est — c’est à savoir l’objet petit a — l’objet petit a n’est aucun être, l’objet petit a c’est ce que suppose, suppose de vide une demande, dont, en fin de compte, ce n’est qu’à la définir comme située par la métonymie, c’est-à-dire par la pure continuité assurée du commencement ou début de la phrase, que nous pouvons imaginer ce qu’il peut en être d’un désir qu’aucun être ne supporte .

Je veux dire qui est sans autre substance que celle qui s’assure des nœuds mêmes. Et la preuve, c’est que, énonçant cette phrase : je te demande de refuser ce que je t’offre, je n’ai pu que la motiver de ce "ce n’est pas ça" dont j’ai parlé, que j’ai repris la dernière fois, et qui veut dire que, dans le désir de toute demande, il n’y a que la requête de ce quelque chose qui au regard de la jouissance qui serait satisfaisante , qui serait la Lustbefriedigung supposée dans ce qu’on appelle également improprement dans le discours analytique la pulsion génitale, celle où s’inscrirait un rapport qui serait le rapport plein, le rapport inscriptible entre ce qu’il en est de l’un avec ce qui reste irréductiblement l’autre.

C’est en quoi j’ai insisté sur ceci, c’est que le partenaire de ce je qui est le sujet, le sujet de toute phrase de demande, c’est que son partenaire est non pas l’Autre mais ce quelque chose qui vient se substituer à lui sous la forme de cette cause du désir que j’ai cru pouvoir diversifier, diversifier et ce n’est pas sans raison, en 4, en tant qu’il se constitue, selon la découverte freudienne, en tant qu’il se constitue diversement de l’objet de la succion, de l’objet de l’excrétion, du regard, et aussi bien de la voix.

C’est en tant que substitut de ce qu’il en est de l’Autre que ces objets sont réclamés, sont faits cause du désir.

Encore 15 mai 73


Il se peut que la spatialité soit la p rojection de l’étendue de l’appareil psychique . Aucune autre déduction n’est vraisemblable. Au lieu du a priori kantien, (les) conditions de notre appareil psychique. La psyché est étendue, (mais elle) n'en sait rien. Sigmund Freud, 1938, Résultats, idées, problèmes .


Gamow, physicien quantique, russe d'origine, à qui l'on doit la théorie du Big Bang et d'autres choses encore, raconte cette histoire à propos de Dirac, autre physicien quantique:

Une fois, se trouvant chez Kapitza, Dirac, tout en parlant de physique avec Peter, regardait Anya Kapitza tricoter.

Quelques heures après les avoir quittés, il revint, tout excité: "Vous savez,Anya," lui dit-il, "en vous regardant faire ce pull-over, je me suis beaucoup intéressé à l'aspect topologique du problème.

J'ai trouvé qu'il y avait une autre façon de tricoter, et une
seule. Il y a celle que vous employez, puis celle-ci". Et, de ses doigts longs et fins, il fit sa démonstration. Anya lui apprit que la "nouvelle façon" qu'il venait de découvrir était tout simplement le "point à l'envers", bien connu des femmes."

Cité par Serge Hajlbum dans un forum dans la web

 


 

Envers de la psychanalyse

 

Ce qu’on attend d’un psychanalyste, c’est comme je l’ai dit la dernière fois,

de faire fonctionner son savoir en termes de vérité.

 

L’amour de la vérité est ce quelque chose qui se cause de ce manque à

être de la vérité, ce manque à être que nous pourrons aussi appeler autrement,

ce manque d’oubli ce qui se rappelle à nous dans les formations de

l’inconscient, ce n’est rien qui soit de l’ordre de l’être, d’un être plein

d’aucune façon. Qu’est-ce que c’est que « ce désir indestructible» dont

parle Freud pour conclure les dernières lignes de sa Traumdeutung?

Qu’est-ce que c’est que ce désir que rien ne peut changer ni fléchir quand

tout change ? Ce manque d’oubli, c’est la même chose que ce manque à

être, car être ce n’est rien d’autre que d’oublier. Cet amour de la vérité,

c’est cet amour de cette faiblesse, cette faiblesse dont nous avons su lever

le voile. C’est ceci que la vérité cache et qui s’appelle la castration.

 

 

 

 

 


 

La lettre, selon Mme du Deffand, doit faire entendre une voix, beaucoup plus que développer un point de vue. Il ne s'agit pas de prouver qu'on a raison, mais de susciter l'illusion d'une présence - Voltaire affirmant qu'il ne saurait écrire une lettre si elle ne concerne un thème précis ou ne traite d'un problème.

 

La marquise prétendant qu'il est plus drôle de s'abandonner : Rien n'est plus drôle qu'un commerce où l'on se dit tout ce qui nous passe par la tête ; mais je n'en suis pas là avec vous. Ce marché serait trop avantageux pour moi ; je vous donnerais des bulles de savon en échange du votre en barre.

 

 

 

 

 


 

I wish I could tell you half the things Alice used to say, beginning with her favourite phrase Let's pretend . She had had quite a long argument with her sister only the day before -- all because Alice had begun with Let's pretend we're kings and queens ; and her sister, who liked being very exact, had argued that they couldn't, because there were only two of them, and Alice had been reduced at last to say, Well, YOU can be one of them then, and I'LL be all the rest.

 

Alice through the looking glass, Lewis Caroll

 


Le complexe d'Oedipe est la façon dont on peut se défendre contre la structure par l'histoire. L'histoire introduit dans la structure une temporalité, un avant et un après, cette temporalité apprivoise la fonction de la cause puisque dans l'histoire la cause n'est plus supportée que par ce qui est antécedent, par ce qui est antérieure dans la chaîne symbolique. L'histoire imaginarise ainsi le Symbolique pour se défendre contre le Réel. Ce qui pour l'histoire fait cause n'est rien qu'un prédecesseur dans la chaîne : ce qui dans la chaîne se trouve avant. Un hommage est ainsi rendu au père qui, en même temps, se tropuve enchaîné, puisqu'il est réduit à n'être qu'un élément quelconque de la chaîne ; il ne doit son pouvoir qu'au fait purement accidentel d'avoir été avant.
La problématique de l'histoire est ainsi typiquement obsessionnelle ; elle célèbre le père en le réduisant à n'être que celui qui était là d'abord.
(...)
Nous aimons les histoires parce qu'elles annulent la dimension du Réel.
Le complexe d'Oedipe est prototypique de notre rapport à l'histoire, il est notre Ur-histoire, l'histoire originelle, il dit en effet le commencement, la genèse, en mettant le père à la place de la cause.
(...)
Comment se fait-il qu'un même mythe, celui de l'Oedipe, soit retrouvé dans l'inconscient du sujet occidental et ce, que que soit son sexe, puisque ce mythe fonctionne à l'insu du sujet dont, par ailleurs, il ménage l'ex-sistence sans avoir jamais été explicité?
(...)
Il y a d'autres façon d'historiser le Réel, c'est-à-dire là encore de s'en défendre. Il y a par exemple le mythe individuel, cette fois, du névrosé. Ainsi la cause, c'est-à-dire ce qui est toujours cause de l'insatisfaction, cette cause pourra être attribuée à des incidences diverses : insuffisance de l'amour maternel, père chatré, naissance d'un frère ou d'une soeur, traumatisme sexuel, etc.
(...)
L'Oedipe qui fait du père mort la cause est bien agent de normalisation psychique puisqu'il dit quel est l'étalon de la valeur commune : le phallus. Il fait de la femme l'image désirable et de l'idéal paternel le support du narcissisme. Mais bien qu'étant un agent de normalisation psychique permettant d'entrer dans le circuit des échanges - qu'ils soient sexuels, sociaux ou économiques, - l'Oedipe appelle néanmoins trois remarques.
En premier lieu, il ment sur la cause du désir, puisqu'il désigne cette cause comme étant la mère. D'autre part, il organise de façon définitive l'interdit de savoir quelle est la cause véritable du désir sous peine de réaliser l'inceste. Enfin, ce mythe de l'Oedipe fait de l'insatisfaction sexuelle la règle normative.
(...)
Or, sans s'exposer à nul inceste, il est possible de savoir qu'en premier lieu la cause du désir n'est pas la mère mais l'objet qu'elle recèle dans la mesure où cet objet fait l'attirance du père pour elle. D'autre part, cet objet peut être su, désigné, nommé et cela sans aucun risque d'encourir l'inceste ou de le pratiquer, car si la mère est support de l'Autre, du grand Autre comme corps, si elle est corps de l'Autre, si c'est elle dont le corps donne consistance à l'Autre, elle est à jamais pour quiconque insaississable car infinie. Le caractère pathogène de incestes effectivement réalisés tient vraisemblablement à une confusion du grand Autre avec l'objet a.

Extrait de Refoulement et déterminisme des névroses,
séminaire de Charles Melman de 1989-90. Leçon du 12 octobre 1989


l’homme va se reconnaître et se
méconnaître partout... Il se sert de cet
autre désormais vide comme d’un
miroir vrai pour y projeter la surface
invisible qui est lui-même et y voir se
dessiner ce qui lui est le plus interdit -
la Chose

notes/transcription de Claude Conté sur la conférence de Lacan "De ce que j'enseigne"
parue en annexe dans le séminaire sur "L'identification", Ali, page 408



 

 

 

Qu’il y ait un réel, ce n’est absolument pas douteux, que le sujet n’ait de rapport, de rapport constructif avec ce réel que dans la dépendance, étroite alors, du principe du plaisir, du principe du plaisir non forcé par la pulsion, c’est ce qui, la prochaine fois, nous permettra de voir que là est la source et l’origine, là est le point d’émergence de cet objet d’amour. Toute la question est de savoir comment cet objet d’amour peut tenir à remplir un rôle analogue à cet objet tel que je viens de vous le définir,

 

c’est-à-dire à l’objet du désir. Sur quelles équivoques, sur quelles ambiguïtés repose la possibilité, pour l’objet d’amour, de devenir objet de plaisir ?

 

Encore, version ALI, page 218

 


Il faut qu'il y ait une espèce de transmutation qui s'opère du signifiant à la lettre, quand le signifiant n'est pas là - (quand il ) est à la dérive, n'est-ce pas, (quand il) a foutu le camp - dont il faudrait se demander comment ça peut se produire

(...)

Tout de même, on ne peut pas faire que sur le sujet de cette lettre on n'ait pas affaire à un champ qui s'appelle mathématique, à un endroit où on ne peut pas écrire n'importe quoi. (...) C'est en cela que ce domaine se distingue

(...)

Je posai la question de ce qu'on pourrait appeler un mathème, posant déjà que c'est le point pivot de tout enseignement. Autrement dit qu'il n'y a d'enseignement que mathématique, le reste est plaisanterie.
Jacques Lacan, ... Ou pire, le 15 décembre 1971



...C’est en tant que ce champ de l’Autre n’est, comme on dit techniquement, « pas consistant », que l’énonciation prend la tournure de la demande, ceci avant que quoi que ce soit, qui charnellement puisse répondre...
Jacques Lacan


... Cela ne veut pas dire qu’il n’en existe pas. L’important, c’est qu’on ne peut pas démontrer qu’il est impossible qu’il en existe. Voilà de l’indécidable.
De l’indécidable dont le lien avec la structure est la fonction logique des quantificateurs… ce privilège de la fonction de la quantification tient à ce qu’il en est de l’essence du tout et de sa relation à la présence de l’objet a.
Il existe quelque chose qui fonctionne pour que tout sujet se croie tout, pour que le sujet se croie tout sujet, et par là même sujet de tout, de ce fait même en droit de parler de tout.
Or, ce que nous donne l’expérience analytique est ceci qu’il n’y a pas de sujet dont la totalité ne soit illusion, parce qu’elle ressortit à l’objet a en tant qu’élidé.

20 mars 68, L’acte psychanalytique