Quelques réflexions psychanalytiques autour des déesses féminines de l’Antiquité à nos jours Rencontre à Morlaix, V Hasenbalg


Quelques réflexions psychanalytiques autour des déesses féminines de l’Antiquité à nos jours
Rencontre à Morlaix
le samedi 11 mai 2019

Je tiens tout d’abord à remercier Bernadette Créac’h de son invitation, qui me permet d’être ici avec vous aujourd’hui dans cette jolie ville de Morlaix, qui a elle aussi sa jolie dame de Barnenez certainement déifiée elle aussi.
C’est en lisant mon livre De pythagore à Lacan que Mme Creac’h a souhaité que je vienne. Il est certain que si nous avions appelée notre rencontre Mathématiques et topologie lacaniennes on n’aurait pas suscité une folle envie de venir m’entendre ! Je le comprends.
Les mathématiques ça décourage, néanmoins elles sont utiles dans la pratique d’un analyste. Ce n’est pas pour rien que Lacan les a amplement utilisées à la fin de son enseignement, à un moment où il se souciait de transmettre, comment dire, une sorte de quintessence, d’épure de sa théorie. Il avait besoin de transmettre l’essentiel, élagué du sens souvent superflue, il voulait certainement se débarrasser de tout ce qui se prêtait au malentendu. Vous savez peut être que la théorie de Freud a été adultérée, contrefaite lors de son passage dans la langue anglaise, s’éloignant ainsi de sa découverte de l’inconscient. On lui faisait dire tout et son contraire, et cela est rendu possible à cause de l’abondance de sens. Freud avait trop le souci de se faire comprendre.

Le contraire de cela, de ce foisonnement du sens, est l’idée d’une structure, d’un appareil psychique fait d’interrelations multiples, et subordonné au fait que l’être humain est un être parlant, plus exactement, un être parlé. Cette dimension symbolique est essentielle, en tout cas pour un analyste, pour qu’il déchiffre le malheur de son patient à partir de ce qu’il écoute. Cette dimension symbolique de la parole nécessite pour fonctionner d’être tissée à deux autres dimensions, celle du réel, qui est ce qui lui échappe, et celle de l’imaginaire qui désigne la prégnance des images et du sens.
C’est cela l’épure : un symbolique, un réel et un imaginaire. Trois éléments que Lacan pose d’une manière axiomatique comme étant les trois constituants d’une subjectivité. Chacun de ces éléments est noué aux deux autres, de manière telle que la libération d’un libère les deux qui restent. C’est le tissage du noeud borroméen. Il apparait dans l’emblème des trois familles des iles borroméennes, ainsi que dans des illustrations de la Trinité chrétienne.

Cette réduction du sens à un tissage à trois éléments est peut être pas facile à admettre. C’est la raison pour laquelle qu’en abordant la question de la toute-puissance maternelle dans la figure déifiée d’une femme je vais essayer de vous rendre sensibles à la topologie.

J’évoquerai ainsi :
- l’existence d’un passage dans la constitution du sujet où la mère est perçue comme toute-puissante, ce qui serait le socle de la divinisation possible d’une femme
et aussi
- un autre passage, celui de l’invention du monothéisme, que je met en rapport avec la loi du père qui viendrait détacher le petit de l’homme d’une position d’otage vis à vis de la déité maternelle. Remarquons que le monothéisme apparaitrait d’une manière simultanée avec une autre invention qu’on peut concevoir aussi comme un « passage structurel », celui de l’invention de l’alphabet.

Autant le monothéisme que l’écriture alphabétique nous invitent à une sorte de détachement. Celle du Dieu monothéiste, nous invite à nous déprendre de l’idolâtrie et de l’adoration des femmes, celle de l’écriture implique la perte des objets du monde sensible. (Je développe ceci dans mon livre, la perte du rapport avec le monde sensible à partir du moment où s’impose un certain rapport au symbolique)
L’apparition en même temps de ces deux éléments fondamentaux en Occident me fait penser qu’ils sont en rapport.

Vous n’êtes pas sans savoir, et si vous ne le savez pas, je vais vous le raconter, que l’Ancien Testament est en lui même une version tout à fait nouvelle de mythes du Proche Orient à son époque, quoique entièrement revus et corrigés par l’effet radical de l’invention du monothéisme.
J’ai découvert cette thèse dans un ouvrage de Jean Bottéro, un éminent assyriologue, traducteur de L’Epopée de Gilgamesh.
Le livre de cet auteur qui articule le lien étroit entre les textes de l’Ancienne Mésopotamie et l’Ancien testament s’appelle, La naissance de Dieu.

C’est Bottéro qui m’a fait connaître Ishtar, grande déesse mésopotamienne, que la Bible décrit comme la prostituée de Babylone. Il s’agit en réalité d’un culte à une déesse très bien implantée en Mésopotamie depuis les sumériens. Ses prêtresses étaient censées avoir un rapport sexuel rituel avec le roi ou figure politique pour garantir une bonne récolte. Pour Kramer, la liturgie consistait en une procession sur un grand lit, du roi et de la prêtresse d’Ishtar… Hérodote aurait écrit qu’en haut de la tour de Babel se trouvait le lit d’Ishtar. On pouvait lire cela à l’Institut du Monde arabe, à exposition sur la tour de Babel.

Par ailleurs et en lisant ce même auteur mais avec mon bagage d’analyste bien sûr, je suivais la trace du passage de l’écriture cunéiforme à l’écriture alphabétique. Gilgamesh (2200) est un texte écrit en cunéiforme et le Ancien Testament (600) en alphabétique. (Iliade : 750)

Qu’est-ce qui fait qu’un peuple, une région ou un petit enfant accède à la transformation des choses et du monde qu’impose la lecture et l’écriture ? Celles et ceux qui travaillent avec des petits enfants connaissent la question, qu’est-ce qui fait qu’un enfant puisse passer au CP, ou au contraire, ce qui fait qu’il soit maintenu en grande section de maternelle ?

Qu’est-ce qui fait qu’un homme de l’Antiquité ait pu se débarrasser des milliers de signes de l’écriture idéographique pour passer aux 23 signes d’un abécédaire ?

On peut également, en retournant la question, se demander qu’est-ce qu’il en était des peuples colonisées en Amérique latine et ailleurs, là où l’écriture alphabétique est arrivée comme une arme redoutable détruisant leur mode de croire et de parler - autrement dit, leur mode de jouissance, au nom d’une valeur universelle. Le culte à la Pachamama persiste de nos jours dans les Hauts Plateaux andins, ancienne région dominée par les Incas. Malgré son association a la vierge Marie, le rituel demeure. Avant de boire, on verse la première gorgée à la terre.
La Pachamama est une autre déesse, fort sympathique d’ailleurs, conçue elle sous la forme d’une vieille dame qui marche en filant la laine, de lama, d’alpaga, ça va de soi. A en croire le guide du site archéologique de Tilcara, si vous êtes perdu et seul une soirée de brouillard sur les montagnes qui bordent le désert de l’Altiplano, et vous croisez une vieille dame qui comme toutes les femmes marche en filant la laine, cela vous donne froid au dos. Elle tisse le fil de votre vie. C’est une présence qui fait peur parce qu’elle vous rappelle la fragilité de votre existence.
Il s’agit certainement d’une production mythique qui noue à sa façon le réel, l’imaginaire et le symbolique. Et qui régit en tant que telle une modalité de donner sens à la vie en société.

Mais nous, nous avons a faire avec la lettre. La lettre est au coeur de l’enseignement de Lacan. Lapsus rêves équivoques…
Et à partir de l’analyse on se demande quels sont les conditions pour qu’un sujet entre dans le monde du symbole écrit ?
De plus, pour Lacan, « la lettre féminise ».
Je me suis dit qu’une voie d’accès à des réponses possibles serait justement celle de l’invention de l’écriture.
Mais chaque réponse s’ouvrait sur des centaines d’autres questions.
C’est comme l’histoire du papi qui conduisant sa voiture sur l’autoroute reçoit le coup de fil de sa femme l’avertissant qu’une voiture circule en contresens sur la même autoroute, à quoi le papi répond, Une voiture, tu dis? ce sont des centaines !

Venons en donc à ce qu’il y a de Primordial dans cette affaire. Ce qu’il y a d’archaïque en tâchant d’être lacaniens. Je vous propose que les déesses que l’homme s’est crées tout au long de l’humanité à nos jours, ce sont des figures qui proviennent de ce qui fut à l’aube de la vie de chacun, le rapport primitif à la mère.
C’est la première question que nous nous posons, celle de la manière dont est reprise la relation primordial de l’enfant à la mère, comme un moment de sa constitution subjective qui n’aurait pas été complètement dépassé ou symbolisé. Comme quelque chose qui perdurerait en deçà ou au-delà de l’incidence de la fonction du père, ou de sa métaphore qui est d’amener l’enfant au détachement de cette figure archaïque.

Freud pour sa part, dans le formidable ouvrage du « Moïse et le monothéisme » avance de façon très dialectique de quelle manière le christianisme implique d’un côté une avancée et de l’autre une régression. Régression dans la mesure où il reprend trois croyances « égyptiennes » dépassées par le judaïsme et qui sont : la croyance dans la vie après la mort, l’idolâtrie, et l’adoration d’une figure féminine. Mais c’est aussi une avancée parce qu’elle forge une issue nouvelle au meurtre du père.(Le fils se sacrifie pour nous)

Voyons alors comment Lacan amène la question de la toute puissance maternelle, véritable socle de cette croyance dans une figure tutélaire féminine. C’est dans le séminaire de La Relation d’objet qu’il déploie la question. Je vous propose alors un lecture rapide de la leçon 4 du 12 décembre 1956 qui est la leçon où Lacan décrit la mise en place de la mère toute-puissante à un moment précoce, archaïque du sujet, avant même qu’il puisse se distinguer en tant qu’un Moi.
Certes, je fais une extrapolation entre ce primordial de l’enfant, au temps de sa constitution subjective avec le primordial si l’on peut dire de l’humanité, parce que je pense que c’est pertinent dans la mesure où cela peut éclairer certains points où le social et le subjectif se tissent ensemble. L’un ne va pas sans l’autre, comme vous le verrez plus loin.

Pour résumer, on peut dire que quelque chose démarre avec le cri du nourrisson. Il instaure avec son cri un appel à la mère. L’appel et la réponse ainsi induite met en place une alternance présence - absence, véritable ébauche d’un système symbolique.
Il y a un objet réel, le sein ou le biberon, qui n’est pas nécessairement perçu par le bébé comme un objet. Il instaure par contre une périodicité avant que le sujet puisse distinguer ce qui deviendra plus tard le moi et le non-moi. Il n’y a pas encore de constitution de l’autre, pour le bébé. Il y a pour lui l’alternance du Fort-Da. L’Autre est là, mais l’enfant ne le perçois nécessairement pas. On peut aller jusqu’à dire que pour l’enfant, le sein est une partie de son corps propre.
La mère est d’emblée située par Lacan comme autre chose que l’objet réel primitif, le sein ou son succédanée, biberon, tétine.

Un premier ordre symbolique donc se mettra en place à partir du « couplage présence-absence » articulé précocement par l’enfant. Il connote la première constitution de l’agent de la frustration, nous dit Lacan. La scansion de cet appel nous donne l’amorce de l’ordre symbolique où va s’articuler une relation réelle avec la relation symbolique. Ceci à partir des séquences groupées des plus et des moins (il renvoie ici à la Lettre volée) où il y a virtuellement l’origine, la naissance, la possibilité, et la condition fondamentale de l’ordre symbolique. L’agent symbolique est là mais il n’est pas perçu.

« Un moment de virage a lieu quand cette relation primordiale à l’objet réel s’ouvre vers une relation plus complexe, y introduisant une dialectique » , avance Lacan. Si la mère ne répond plus, elle sort de la structuration symbolique du Fort-Da (appelée quand absente, rejetée quand présente, par une vocalise) pour devenir réelle. Nous l’avons dégagée de l’objet réel qui est l’objet de satisfaction de l’enfant. Elle ne réponds plus qu’à son gré. Elle devient ainsi en quelque sorte ce qui est l’amorce de la structuration de toute la réalité pour la suite. Elle devient une puissance. A partir du moment où la mère devient une puissance ce sera dorénavant d’elle que va dépendre de la manière la plus manifestée l’accès à l’objet (jusque là ils étaient simplement des objets de satisfaction qui marquaient l’alternance), avec, comme conséquence, le changement de la nature même de l’objet. Il va devenir un objet de don qui dépend de l’agent devenu réel de la puissance maternelle.
A partir de ce moment l’objet sera marqué de la valeur de cette puissance qui peut ne pas répondre. La position se renverse : la mère est devenue réelle et l’objet devient symbolique.

Notez donc ici à l’ouvre le jeu des registres RSI.
A partir de ce moment l’objet aura deux ordres de propriétés satisfaisantes : d’une part, il satisfait un besoin, d’autre part, il symbolise la puissance favorable.

C’est ici qui s’articule ce qu’il en est, à mon avis, d’une figure féminine déifiée, puisque toute-puissante, dans toute la mesure où elles représente une puissance favorable. C’est justement ce statut qui fait qu’un don quelconque satisfera le sujet, parce qu’il sera marqué de sa grâce. Le sujet pourra être comblé par un rien, puisque ce rien correspond à une symbolisation archaïque que fait que ce don sera reçu comme la reconnaissance d’une instance aimable. Elle peut donner n’importe quoi. (pages 125, 126)
La mère incarne une puissance réelle qui peut combler le sujet avec un rien.

Mais ce rien ce n’est pas vraiment n’importe quoi. Ce rien est le résultat d’une opération symbolique. Ce qu’elle donne est un symbole, et tant que tel, il est frappé de négativité.
La relation primordiale répond ou met en place un ordre symbolique primitif. En revanche, le don ne devient possible qu’à partir d’une notion d’absence mise en rapport avec un Autre. La présence de l’objet dépende maintenant d’un autre. Ce n’est plus le Fort Da, ou l’alternance « automatique ».

Apparaît ici l’absence possible de celui qui donne, et aussi sa volonté, qui peut refuser le don. Le sujet sera amené à subir ces conséquences dans l’expérience de la frustration qui ne manquera pas de survenir dans la relation avec la mère.
Ce passage de la mère à la réalité fait apparaître l’instance que le sujet ne percevait pas, et dont sa satisfaction dépendait dès le début. Cela oblige le bébé à percevoir que la présence-absence de l’objet primordial dépend maintenant du bon vouloir de quelqu’un, de l’autre, de la mère à l’occasion. C’est ici que le registre des éléments en jeu se transforme.
A un premier temps, un objet réel ponctue le temps.
Ensuite, il y a perception de la mère comme pouvant le frustrer. Le réel dirions nous, se déplace vers l’agent qui le frustre, et du coup l’objet devient symbolique, il est le symbole du don qui lui vient de l’Autre.
Cette transformation explique l’idée de Melanie Klein qui pose la mère à ce moment-là comme un contenant qui contient tout, dans la mesure où elle détiendrait tout ce dont le sujet peut avoir besoin. Mais Lacan va relativiser cette vision de Melanie Klein en y introduisant le notion fondamentale de manque chez la mère.

C’est important à remarquer qu’ici l’enchainement logique du texte de la leçon, de la démonstration de Lacan dans ce séminaire, change. Ce n’est pas rien de changer le fil d’une idée qui va en se déployant : Il reprend les choses à partir d’un autre angle. Et ce n’est pas n’importe lequel.
Soulignons donc que c’est sur ce point où la mère toute-puissante devient un tout contenant tous les objets (si l’on reprend l’idée kleinienne), ceux qui satisfont le besoin, et les riens comme don.
Le nouveau départ dans la logique de Lacan démarre avec un paragraphe où il cite Freud. Il revient à ses sources.
Il y a quelque chose dans le monde des objets qui a une fonction paradoxalement décisive, le phallus. Autrement dit, l’image du pénis en érection.

Si je dis changement du discours avec « l’introduction du phallus » c’est qu’il introduit là un élément nouveau qui lui permet de faire le point sur la subjectivité de la mère cette fois. La mère en tant que femme.

Soulignons que depuis le début de cette leçon, Lacan parle du point de vue du bébé. Maintenant la perspective change. Il va expliquer ce qui se passe du côté de la mère, et, en simultanée.
Il a besoin d’introduire l’existence dans le discours social d’un objet imaginaire qui prend une importance décisive chez « les membres de l’humanité auxquels il manque », la femme. L’homme du coup est ensuite défini comme « celui qui peut s’assurer d’en avoir la réalité et qui assure comme licite, comme permis, l’usage ». Fin de citation.
En réalité, l’idée que la mère puisse posséder tous les objets, c’est une vision du côté bébé. Ceci dit, on peut rester un bébé toute sa vie…
Mais la structure psychique, telle que Lacan nous apprend à la concevoir, nécessite de tenir en compte ce qui se joue chez la mère en tant que femme, en tant que porteuse d’un manque.
Le phallus en tant que manque permet de situer le rapport le plus étroit de la relation d’une femme, la mère, avec son enfant.
Elle n’a pas le phallus, mais elle a autre chose qui lui ressemble énormément, son bout de choux. C’est sa façon de l’avoir symboliquement comme un don qui lui vient d’un Autre…

C'est ce qui amenait Melman à se demander il y a des années sur l’effet dans la constitution subjective d’un sujet si celui qui l’a en charge est un homme. Il est difficile d’imaginer qu’un homme puisse aimer son enfant de la même façon qu’une femme. Il y a un creux pour accueillir un enfant qui est féminin. C’est à partir de ce manque qu’elle aime.
Evidement, la question prend un tour de plus dans le social contemporain.
L’enfant devient à son tour objet de satisfaction pour elle - il n’était pas question au début de la leçon d’une quelconque satisfaction de la mère. L’enfant calme plus ou moins bien son besoin du phallus à elle.

Voici donc pour la mise en place du processus qui pourrait rendre compte de la figure de la déesse. Pleine de grâce, on lui prie le rien symbolique porteur de sa bonne volonté.
Vous connaissez la suite : le phallus comme signifiant se trouve dans le social, il est porté par les discours qui entourent le bébé, par la place qu’il occupe dans l’inconscient de sa mère, ou dans le symbolique du père.

Or, ce phallus n’opère comme symbole que parce qu’il est refoulé. C’est un signifiant qui ordonne la parole, lui donne une direction à partir de son refoulement. Un refoulé primordial qui est à l’oeuvre dans le texte de l’Ancien Testament, tout en reprenant beaucoup de mythes du Proche Orient, mais à partir des conséquences logiques d’un refoulement radical du sexuel, le sexuel que l’on constate, qui se manifeste dans tous les textes de la région qui ont précédé l’avènement d’un écrit monothéiste.

La Bible est un texte essentiellement pudique par rapport, par exemple, au textes qui s’adressent au culte d’Ishtar où les descriptions sont assez crues.

***

Pour finir, je dirai deux mots sur l’autre figure féminine déifiée, Marie, que la religion chrétienne consacre comme sainte.
Je dois avouer que le commentaire de Lacan sur la mère toute puissante, celle dont le don serait le rien marqué de sa grâce m’a tout de suite fait penser à Marie. Mais un différence colossale sépare Ishtar de Marie Chez Marie c’est l’absolue chasteté qui fait la force.
Mais je voudrais insister sur un point plus délicat. Au-delà de sa puissance, la figure de Marie représente, sans qu’on y pense, ce qui peut arriver de plus horrible à une femme : la mort de son enfant.
Certes, le récit glorifie Jesus qui ressuscite et rejoint Dieu le père. Il nie la mort. Mais, de la même manière que Lacan retourne son discours pour centrer les choses du côté de la subjectivité de la mère, il y a dans le récit religieux la description de la perte la plus horrible et insupportable dans la vie d’une femme.
C’est à ce titre que j’évoquerai ici ce que Melman a dit un jour à Reims. Etant la pire des choses qui peut arriver à une femme, il arrive que ce fantasme envahisse la pensée d’une femme-mère comme une stratégie inconsciente de trouver là un équivalent de la castration « aboutie » chez l’homme. Castration, qui de règle n’a pas lieu chez elle. Elle n’a rien à perdre d’équivalent au phallus en jeu dans la castration chez l’homme, si ce n’est cet ersatz de phallus que peut être son enfant.
Ceci me fait penser que le culte à Marie est un récit, ou un mythe dans le sens où un mythe cherche à épuiser les significations d’un énigme sans réponse. Le culte de Marie est en rapport avec le manque chez la femme, ce qui la rend incomplète, certes, mais aussi, ce qui permet d’articuler que l’amour c’est donner ce qu’on n’a pas…

Il y a quelque chose de l’amour maternel qui n’est concevable qu’à partir de son manque, du manque qui in fine est au coeur de notre identité.
Il est fort possible que les figures déifiés soient la persistance dans le déni de ce manque là. La croyance dans une toute-puissance féminine nous rassurerait de son amour inconditionnel total et définitif dans le mesure où il ne peut être conçu que dans la mesure de sa démesure. La fonction du père aurait comme fonction de nous détacher de ce lien à la mère, en faisant de son amour à lui quelque chose qui est conditionné à l’assomption du désir par le sujet.

 

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