Question à Stéphane Dugowson au séminaire d'été, de Virginia Hasenbalg

 

Un grand merci d'avoir accepté de participer à nos journées. Pour ma part, je suis très contente que vous soyez là parmi nous pour au moins deux raisons.

La première : égoïste, je l'avoue, j'aime les mathématiques. La deuxième, parce que je pense que les analystes devraient suivre de près ce qui se passe dans la recherche fondamentale, notamment en Mathématiques, comme l'a fait Lacan de son temps. C'est un domaine abstrait par excellence qui peut pousser une certaine symbolisation jusqu'au frontières de ce qui est concevable grâce à une simple articulation de lettres.

Or, on ne s'invente pas mathématicien ou analyste du jour au lendemain!

Tout ceci nécessite un don, de la passion, et beaucoup de travail.

Alors, comment faire pour que le terrain d'échange entre psychanalyse et mathématiques puisse se développer en sachant que nous sommes de par nos savoirs si différents? Comment éviter les malentendus ?

Prenons un exemple et ce sera ma question. Quand nous parlons, vous et nous, d'espace lacanien, ou borroméen, parlons nous de la même chose?

Un point de votre présentation se rapporte a la conception de l'espace que vous supposez aux analystes. J'aimerai si vous me le permettez, le reprendre et le nuancer.

Vous dites:

Dans cette grande diversité de type d'espaces, certains pourront certainement intéresser plus particulièrement la psychanalyse, par exemple comme modèles de ce que nous pourrions appeler des espaces psychiques, intérieurs, qui n'ont aucune raison de partager avec l'espace physique ordinaire toutes ses propriétés.

 

Or, pour dire les choses simplement, l'espace premier pour un psychanalyste lacanien ne relève pas tant de ce qu'on voit (espace physique ordinaire) mais de ce qu'on entend. C'est ce qu'on entend qui nous détermine.

Comment décrypter la nature de cet espace-là qui nous conditionne, et que nous appelons espace de la jouissance?

 

Je vais éclairer cela avec une phrase de Freud vers la fin de sa vie et qui me semble prémonitoire de ce que Lacan fera de l'espace plus tard, et avec l'aide des mathématiques.

 

Il se peut que la spatialité soit la projection de l’étendue de l’appareil psychique. Aucune autre déduction n’est vraisemblable. Au lieu du a priori kantien, (les) conditions de notre appareil psychique. La psyché est étendue, (mais elle) n'en sait rien.1

 

La nature même d'un espace subjectif « premier » est posée, et comme non euclidien, et je dirai presque, comme condition pour que la mise en place de la réalité soit possible et tienne.

Est-ce que ça vous dit quelque chose alors si je vous dis que, à mon avis, les mathématiques ont permis à Lacan de concevoir ainsi, non pas ce que l'on voit, mais ce qu'on entend?





1Räumlichkeit mag die Projektion der Ausdehnung des psychischen Apparates sein. Keine andere Ableitung wahrscheinlich. Anstatt Kants a priori Bedingungen unseres psychsichen Apparats. Psyche ist ausgedehnt, weiß nichts davon.

Il se peut que l’espace soit la projection de l’extension (expansion) de l’appareil psychique. Aucune autre déduction (dérivation) est vraisemblable. Au lieu des réserves (conditions, clauses) de l’a priori de Kant notre appareil psychique. La psyché est extension ( expansion, dilatation), n’est pas au courant.

 

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