Le nouage RSI, conférence de Marc Darmon aux Mathinées
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Mathinées Lacaniennes
Le 4 février 2012
Le Nouage RSI
Marc Darmon
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Henri Cesbron Lavau : Je ne vous prĂ©sente pas Marc Darmon. Vous le connaissez tous. Psychiatre, psychanalyste et auteur des Essais sur la Topologie Lacanienne, un ouvrage, un outil de travail extrĂȘmement utile. VoilĂ , Marc, est-ce que tu as un sujet maintenant ?
Marc Darmon : Oui, câest le nĆud.
Henri Cesbron Lavau : Le nĆud, dâaccord.
Marc Darmon : Le nĆud, qui est Ă l'Ă©tude cette annĂ©e pour les journĂ©es d'Ă©tĂ© et pour des journĂ©es qui auront lieu en juin sur Topologie et Invention en clinique.
Je vais aborder ce matin le nĆud d'une façon athĂ©ologique.
Et je vais essayer de commencer Ă prĂ©senter une question sur la diffĂ©rence entre un nĆud, fait de droites infinies et dâun cercle, et dâun nĆud fait de cercles, parce que Lacan posait leur Ă©quivalence.
Quand Lacan lâaborde dans R. S. I., il prĂ©sente le nĆud de façon Ă dĂ©duire du nĆud, on pourrait dire, tout le reste. C'est-Ă -dire que ce nĆud vient comme un a priori et Lacan en dĂ©duit certaines consĂ©quences, tout au long du sĂ©minaire, en faisant le pont avec des concepts dĂ©jĂ Ă©tablis, soit par Freud, soit par lui-mĂȘme. DĂšs le dĂ©but, Lacan situe la triade inhibition, symptĂŽme, angoisse sur le nĆud. Ensuite il situe le sens, la jouissance, l'objet petit a etc.
Je vais reprendre avec vous la logique de cet abord du nĆud, de cette utilisation du nĆud, en posant un certain nombre de questions.
Donc le nĆud, on pourrait dire qu'il a une dĂ©finition. Il en a plusieurs mais il en a une, par exemple, c'est que ce nĆud, qui est une chaĂźne en fait, lorsque l'on coupe un des Ă©lĂ©ments, les deux autres se trouvent libĂ©rĂ©s.
Autre dĂ©finition : c'est le minimum requis de trois ronds, un minimum requis de trois ronds, pour faire une chaĂźne de ces trois ronds, telle quâaucun des ronds ne sâenchaĂźne olympiquement avec un autre.
Vous voyez, il y a une diffĂ©rence entre ces deux dĂ©finitions. L'une suppose une coupure dâun des ronds, une coupure que Lacan ne va jamais utiliser dans ses rĂ©flexions Ă propos du nĆud, coupure qui ne correspond Ă aucune coupure clinique. C'est une coupure qui entre dans la dĂ©finition du nĆud. Alors, bien sĂ»r, quand on est partisan de la coupure, on met cela en avant. Je pense Ă Jean-Claude Milner par exemple dans son livre, sur Les Noms Indistincts. Il reprend de façon tout Ă fait brillante le nĆud borromĂ©en. Il fait grand cas de la coupure dans cette dĂ©finition du nĆud. Mais on pourrait dire que Lacan, s'il fait jouer cette coupure dans la dĂ©finition mĂȘme du nĆud, il ne l'utilise pas, il ne lui fait jouer aucune fonction, sinon de façon tout Ă fait marginale. Lorsqu'il fait fonctionner son nĆud, il ne s'intĂ©resse pas Ă la coupure d'un des ronds. Par contre il explore les consĂ©quences d'un dĂ©ploiement Ă l'infini, c'est-Ă -dire d'une ouverture du cercle en droite infinie.
Alors je vous ai donnĂ© des dĂ©finitions du nĆud. Je ne voulais pas commencer par le dessiner. Mais dĂ©jĂ on peut se poser la question : de quoi parle-t-on ? On peut en parler, du nĆud ; donc on peut en donner une dĂ©finition symbolique. Le nĆud est entiĂšrement dĂ©fini, entiĂšrement introduit par une formule, une phrase symbolique. Est-ce que le nĆud, c'est du symbolique ? En tout cas, il ne suffit pas de donner une dĂ©finition du nĆud pour le faire exister. Alors Ă©videmment quand on se contente de dire : c'est une façon de nouer telle quâ aucun des chaĂźnons n'est nouĂ© olympiquement Ă un autre et pourtant ça tient, si vous n'aviez pas Ă©tudiĂ© Lacan, vous n'auriez pas la solution. Ăa se prĂ©sente comme une Ă©nigme, comme un problĂšme qu'il faudrait rĂ©soudre et la solution n'est pas Ă©vidente, nâest pas immĂ©diate, du moins si vous n'avez pas lu Lacan, si vous n'avez pas vu d'image du nĆud borromĂ©en. Donc, bien que le nĆud soit tout Ă fait dĂ©crit, abordĂ© par une phrase symbolique, il va falloir faire un dessin pour vous faire saisir la solution - en quoi vĂ©ritablement il existe, ce nĆud. Nous pourrions imaginer quâil puisse ne pas exister. Ce pourrait ĂȘtre tout Ă fait impossible de nouer trois ronds de telle façon qu'ils tiennent Ă trois, et non deux Ă deux.
Donc il va falloir passer par un dessin, c'est-Ă -dire une reprĂ©sentation imaginaire. Et on peut dire effectivement : le nĆud c'est ça. Je ne lâai pas dessinĂ© mais vous l'avez tous dessinĂ© dans votre tĂȘte. On peut dire : VoilĂ le nĆud, câest ça. On pourrait aussi le rĂ©aliser avec des ronds de ficelle. Dire : VoilĂ , le nĆud, c'est ça. Quand on dit : le nĆud, câest ça, est-ce que lâon parle des ronds de ficelle, des traits sur le tableau ? Ces ronds de ficelle, ces traits sur le tableau, c'est un support nĂ©cessaire pour penser le nĆud. Mais est-ce que le nĆud, câest ça? Non. Le nĆud, câest ça, effectivement, mais ça ne se rĂ©duit pas à ça. Ce qui fait le nĆud, ce qui donne la solution au nouage borromĂ©en, c'est dâun ordre diffĂ©rent de la phrase qui donne la dĂ©finition du nĆud. C'est d'un ordre diffĂ©rent des traits sur le tableau ou des ronds de ficelles qui sont lĂ dans la main. C'est quelque chose qui ex-siste Ă la fois Ă cette dĂ©finition et Ă cette matĂ©rialisation imaginaire. Le nĆud existe. Ce qui fait le propre du nouage, c'est quelque chose qu'on a du mal Ă saisir par des mots ou par des images. Ăa existe. C'est le rĂ©el du nĆud.
Lacan, dans R.S.I, va tout reprendre avec le nĆud. Une ambition dĂ©mesurĂ©e. Il remet tout en question avec le nĆud. Et il se pose la question de l'existence du nĆud, quelles sont ses conditions d'existence, parce que, je vous lâai montrĂ© dans ma petite introduction, on l'aborde par la voie symbolique, on l'aborde par la voie imaginaire mais son existence elle-mĂȘme relĂšve du rĂ©el. Donc dans le nĆud, il y a du symbolique, de l'imaginaire et du rĂ©el. Est-ce que ça suffit ? Vous savez, dans la premiĂšre leçon de R.S.I, Lacan pose les questions d'existence du nĆud. Si le nĆud est fait de trois ronds, rien ne distingue un rond dâun autre ; ils ont exactement le mĂȘme rĂŽle. On peut substituer l'un Ă l'autre. On peut dessiner ce nĆud sous forme de chaĂźne avec, vous savez, un rond pliĂ© au milieu et deux ronds extrĂȘmes et, Ă tour de rĂŽle, chacun des ronds peut venir Ă la place de celui du milieu. Donc, il nây a aucune distinction entre ces ronds. Aucune distinction, et pourtant il y a une distinction absolue, c'est-Ă -dire que ces ronds sont censĂ©s ĂȘtre le RĂ©el, le Symbolique et l'Imaginaire.
Donc premiĂšre difficultĂ©. Comment un nĆud, oĂč chaque Ă©lĂ©ment est strictement Ă©quivalent Ă un autre, comment arrive-t-on Ă dire: c'est le nĆud du RĂ©el, du Symbolique et de l'Imaginaire ? Parce qu'ils sont distincts, du fait d'ĂȘtre nommĂ©s RĂ©el, Symbolique et Imaginaire. Et Lacan dit que cette distinction, c'est de l'ordre du sens. C'est-Ă -dire que RĂ©el, Symbolique, Imaginaire sont de trois sens diffĂ©rents. Câest bien embĂȘtant, parce quâon nous a appris que le sens rĂ©sulte dâun rapprochement entre deux signifiants, dâun Ă©pinglage entre deux signifiants. Ăa peut ĂȘtre le rĂ©sultat d'une substitution d'un signifiant Ă un autre. Donc le sens, câest quelque chose qui nâa pas l'air trĂšs solide. Puisqu'il suffit de substituer un signifiant Ă un autre pour crĂ©er du sens. Et le sens est de l'ordre de ce qui se produit dans l'imaginaire, du fait de sa substitution ou de cette mise en relation du signifiant. Donc est-ce que ça constitue un point d'ancrage suffisant pour distinguer les trois Ă©lĂ©ments du nĆud, qui sont strictement Ă©quivalents du point de vue topologique ? Câest ainsi que Lacan est conduit Ă postuler qu'il y a une limite Ă l'erre de la mĂ©taphore. Si la mĂ©taphore câest une substitution d'un signifiant Ă un autre signifiant, la limite de l'erre de cette mĂ©taphore, c'est qu'on ne peut pas substituer R Ă S, S Ă I etc. C'est cette limite, pour reprendre une expression ancienne, le point de capiton, c'est-Ă -dire que ça ne peut plus glisser Ă cet endroit-lĂ . Et R.S.I ne peuvent pas se substituer les uns aux autres. Donc on a affaire Ă des lettres, Ă des nominations premiĂšres, ce qui a conduit Lacan Ă parler de R.S.I. comme Noms-du-PĂšre, au pluriel.
Il donne donc une distinction au niveau du sens. Il a supposĂ© trois sens distincts. Trois sens distincts ? Est-ce que nous faisons appel Ă quelque chose d'extĂ©rieur au nĆud ? Quand on parle de trois sens distincts, ces sens distincts sont effectivement le sens du RĂ©el, du Symbolique, de l'Imaginaire mais est-ce quâon ne fait pas appel Ă quelque chose dâextĂ©rieur au nĆud ? C'est lĂ qu'on peut dire quâintervient une premiĂšre remarque sur l'autosuffisance du nĆud, puisque le sens est dans le nĆud. Il est situĂ© Ă l'endroit oĂč le cercle du symbolique et le cercle imaginaire viennent se recouvrir. Donc on ne fait pas appel Ă quelque chose d'extĂ©rieur au nĆud - il n'y a rien d'extĂ©rieur au nĆud mais Ă quelque chose qui est inscrit par le nĆud, pas dans le nĆud, mais par le nĆud : cette plage oĂč les champs, les ronds de l'imaginaire et du symbolique viennent se recouvrir. R, S, I se distinguent parce que S et I se recouvrent partiellement et S et I produisent le sens parce que R, S, I se distinguent. Ah oui mais, diriez-vous, ça pose un problĂšme puisque ce champ n'existe (le recouvrement du symbolique et de lâimaginaire) que parce qu'il y a une mise Ă plat. Le nĆud qui se baladerait comme ça dans l'espace, adoptant telle ou telle configuration, ne mettrait pas en Ă©vidence un champ de recouvrement entre le symbolique et lâimaginaire.
Qu'est-ce que c'est que cette mise Ă plat ? Eh bien, dit Lacan, le nĆud nĂ©cessite cette mise Ă plat, qui est la rĂ©duction de lâimaginaire. On pourrait dire que le nĆud mis Ă plat, c'est une façon minimale de faire avec l'imaginaire, parce que cet imaginaire, c'est notre dĂ©bilitĂ© mentale. Cet imaginaire, c'est Ă la fois quelque chose de fort utile, on vient de le voir, par exemple c'est ce qui nous permet un accĂšs au nĆud, et c'est notre dĂ©bilitĂ© mentale dans la mesure oĂč cet imaginaire peut nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Il y a une rĂ©duction nĂ©cessaire de cet imaginaire, ne serait-ce que pour mettre en Ă©vidence le nĆud. Si lâon devait partir d'un nĆud embrouillĂ© dans l'espace, il serait trĂšs difficile de mettre en Ă©vidence les propriĂ©tĂ©s du nĆud borromĂ©en. Il faut donc rĂ©duire l'imaginaire et le rĂ©duire au maximum, ou au minimum plutĂŽt. C'est cette mise Ă plat oĂč le nĆud adopte un nombre minimal de croisements. C'est le mĂȘme nĆud. C'est le nĆud rĂ©el, mais prĂ©sentĂ© de telle sorte que notre imaginaire ne nous rende pas trop dĂ©biles. Donc, la mise Ă plat n'est pas un artifice, c'est une façon d'aborder le nĆud, de traiter le nĆud, conforme Ă une de ses dimensions, la dimension imaginaire. Si bien que le champ du sens, que Lacan va situer dans cette intersection entre symbolique et imaginaire, ne rĂ©sulte pas d'un artifice. Ăa rĂ©sulte de quelque chose qui dĂ©coule du nĆud lui-mĂȘme et des trois dimensions qu'il vient nouer.
Alors, ceci dit, ceci posĂ©, Lacan prend en considĂ©ration qu'il s'agit quand mĂȘme d'un nĆud rĂ©el. C'est-Ă -dire que, bien que situĂ© Ă l'intersection de l'imaginaire et du symbolique, dans la mise Ă plat, le champ du rĂ©el paraĂźt extĂ©rieur au champ du sens. En quelque sorte, le sens ex-sisterait au rĂ©el. C'est lĂ que Lacan va faire jouer la propriĂ©tĂ© du nĆud rĂ©el, en nous disant : bien que ce champ du sens paraisse extĂ©rieur au rĂ©el, c'est un effet de la mise Ă plat. Et il faut plutĂŽt concevoir le serrage de ce sens, qui va ĂȘtre un serrage Ă trois, oĂč les trois consistances vont intervenir - oĂč le rĂ©el (va intervenir)-, si bien que le nĆud permet Ă Lacan de distinguer un effet de sens imaginaire d'un effet de sens rĂ©el, celui qui est visĂ© dans l'analyse. Vous voyez comment nous passons par la nĂ©cessitĂ© de cette mise Ă plat pour Ă©crire et situer les Ă©lĂ©ments dĂ©jĂ produits par le nĆud dans ses points de serrage en dehors de toute mise Ă plat.
Vous voyez comment Lacan fait jouer Ă la fois la mise Ă plat, puis le passage du nĆud dans le rĂ©el, la considĂ©ration que ce nĆud existe en dehors de la mise Ă plat. Et presque naturellement comme cela, cette mise Ă plat du nĆud va situer les diffĂ©rentes formules, les diffĂ©rentes Ă©critures dĂ©jĂ avancĂ©es par Lacan. Par exemple et principalement l'objet petit a, c'est-Ă -dire l'objet petit a comme rĂ©sultant du coinçage des trois consistances, et non plus d'un dĂ©coupage.
Donc autre consĂ©quence. On avait une premiĂšre consĂ©quence du nĆud : Ă cĂŽtĂ© de lâeffet de sens imaginaire, lâeffet de sens rĂ©el. Ici un objet a qui sâobtient par coinçage, par serrage des trois consistances et qui n'est plus du dĂ©coupage. C'est-Ă -dire que, jusqu'Ă prĂ©sent, dans les surfaces topologiques de Lacan, ce petit a Ă©tait un dĂ©coupage sur le cross-cap, cross-cap dont la consistance est essentiellement celle du symbolique. La topologie du cross-cap est de lâordre du rĂ©el mais sa consistance est de l'ordre du symbolique. Donc c'est un objet petit a essentiellement de nature symbolique, pourrait-on dire. LĂ , on a un objet petit a qui se dĂ©ploie dans les trois dimensions, qui relĂšve du coincement entre ces trois dimensions. Autre consĂ©quence : la place du phallus. On pourrait dire que Lacan, avec le nĆud borromĂ©en, ne sait plus oĂč le mettre, le phallus. Il le met, dans La TroisiĂšme, je crois, au point d'intersection entre le symbolique et le rĂ©el. Effectivement le phallus symbolique, c'est ce qui vient ancrer le symbolique dans le rĂ©el. Mais c'est une rĂ©volution. Jusqu'Ă prĂ©sent dans la topologie lacanienne, le phallus Ă©tait ce qui venait centrer l'objet petit a. CâĂ©tait le point central qui venait donner Ă l'objet petit a son caractĂšre sexuel. Ici l'objet petit a et le phallus sont dĂ©centrĂ©s. Ce qui nous donne une anticipation, peut-on dire, de ce que Melman appelle la nouvelle Ă©conomie psychique, puisqu'on pourrait avoir affaire Ă des objets petit a libĂ©rĂ©s du sexuel.
Ensuite toujours sur ce nĆud borromĂ©en mis Ă plat, Lacan situe, de façon analogue Ă l'inscription du sens, l'inscription de la jouissance phallique et de la jouissance de l'Autre. Jouissance phallique, avec le recouvrement du symbolique et du rĂ©el, extĂ©rieure Ă l'imaginaire. Et si c'est le corps qui fait support Ă l'imaginaire, jouissance phallique extĂ©rieure au corps. On retrouve ce que Lacan a dĂ©jĂ avancĂ© sur cette jouissance phallique, on pourrait dire parasite du corps chez le petit Hans. Jouissance de l'Autre, qui s'Ă©prouve dans le corps, et dont on ne peut rien dire, hors langage, hors symbolique, pur trou. Jouissance de l'Autre Ă entendre comme le dit Lacan au sens du gĂ©nitif objectif.
Et puis inhibition, symptĂŽme, angoisse. Inhibition, symptĂŽme, angoisse qui viennent s'inscrire tout naturellement. C'est extraordinaire que cette triade freudienne vienne s'inscrire tout naturellement sur le nĆud mis Ă plat, avec ce symptĂŽme⊠Lacan varie sur le symptĂŽme. Au tout dĂ©but du sĂ©minaire, dans le prĂ©ambule de ce sĂ©minaire, il dit que c'est de l'ordre du rĂ©el. Ăa apparaĂźt dans le rĂ©el mais câest fabriquĂ© par le symbolique. C'est quelque chose qui se figure d'une intrusion du symbolique dans le rĂ©el, la corne de l'intrusion du symbolique dans le rĂ©el. L'inhibition : Lacan suit lĂ les indications de Freud. L'inhibition, ça a toujours affaire avec le corps, comme un arrĂȘt, une limite d'une fonction, du fait du symbolique. Par exemple, pour prendre des exemples de Freud, lâinhibition Ă l'Ă©criture. L'inhibition Ă l'Ă©criture est une sorte de paralysie, de limitation d'une fonction corporelle, du fait du sens inconscient de cette Ă©criture. Pour Freud, l'encre qui s'Ă©coule du stylo, c'est le sperme. Donc Ă©crire, c'est l'Ă©quivalent d'un coĂŻt. Quand ce coĂŻt prend un sens incestueux, hop, inhibition Ă l'Ă©criture! De mĂȘme lâinhibition Ă la marche : s'il s'agit de piĂ©tiner la terre mĂšre, mĂȘme chose, mĂȘme punition. Donc inhibition, comme l'arrĂȘt qui rĂ©sulte de cette pĂ©nĂ©tration de l'imaginaire dans le symbolique. Angoisse : quelque chose qui s'Ă©prouve dans le corps et de l'ordre du rĂ©el. Alors c'est un vĂ©ritable miracle que les concepts dĂ©finis, soutenus et situĂ©s par Freud dans un tout autre champ viennent s'inscrire tout Ă fait naturellement dans le nĆud.
VoilĂ , on pourrait dire, l'axiomatique posĂ©e, le point de dĂ©part, j'ai dit, athĂ©ologique. Pourquoi athĂ©ologique ? Parce que c'est un nĆud Ă trois, c'est un nĆud athĂ©e, et non pas ratĂ©. Et vous voyez le dĂ©faut de ce nĆud, c'est la pente Ă l'homogĂ©nĂ©isation : il n'y a rien dans la topologie du nĆud qui distingue vĂ©ritablement les trois consistances. Non seulement il n'y a rien mais ces trois consistances, il faut bien leur supposer une mesure commune pour qu'elles puissent se nouer. Le fait qu'elles se nouent implique cette commune mesure, c'est le fait d'ĂȘtre des consistances, consistances imaginaires. Alors si rien ne distingue de la topologie mĂȘme du nĆud les trois consistances, on conçoit certes la fragilitĂ© du nĆud Ă trois, par rapport Ă la pente de l'homogĂ©nĂ©isation.
Et c'est ainsi que Lacan est amenĂ© Ă Ă©voquer le nĆud Ă quatre. Le nĆud Ă quatre oĂč au moins une des trois consistances va ĂȘtre nommĂ©e. Et le nĆud Ă quatre n'a pas la mĂȘme topologie que le nĆud Ă trois, dans la mesure oĂč les quatre consistances font faux-trous, deux Ă deux. Donc il y a quelque chose d'un certain ordre qui s'instaure dans le nĆud Ă quatre. Et on pourrait dire que le lien privilĂ©giĂ© entre le quatriĂšme et l'un des trois persiste. C'est la raison pour laquelle Ă la fin du sĂ©minaire Lacan dit qu'il va parler peut-ĂȘtre du cinq, du six mais pas au-delĂ . Pourquoi dit-il cela ? Miller a son explication qui est fausse. Lacan dit cela parce quâon peut concevoir un nĆud oĂč un quatriĂšme vienne nommer un des ronds, un cinquiĂšme vienne nommer un autre rond et un sixiĂšme vienne nommer le troisiĂšme rond. C'est une voie qui se poursuit jusqu'Ă six. Mais cette nĂ©cessitĂ© du quatriĂšme, que Lacan va identifier comme RĂ©alitĂ© psychique, comme Oedipe, comme Nom-du-PĂšre, cette nĂ©cessitĂ© du quatriĂšme est mise en question. Il y a plusieurs formules de Lacan Ă ce sujet, posant la question de la nĂ©cessitĂ© de ce quatriĂšme, posant la question de la possibilitĂ© de s'en passer, posant la question du progrĂšs: est-ce que ce sera un progrĂšs de s'en passer ? Ou est-ce qu'il ne faudrait pas s'en servir pour pouvoir s'en passer ? Ăa ouvre des questions tout Ă fait actuelles.
VoilĂ . C'Ă©tait la partie introduction au nĆud athĂ©ologique, ou introduction athĂ©ologique au nĆud.
Ensuite je souhaiterais aborder la question : le nĆud et l'infini. Alors les derniĂšres journĂ©es dâhiver, ont abordĂ©, ont repris la question de Freud sur l'analyse finie, l'analyse infinie. Il y a un brillant exposĂ© de Christian Fierens, qui expliquait en quelque sorte que l'analyse finie, c'Ă©tait la premiĂšre topologie de Lacan. C'est-Ă -dire celle qui sur le tore nĂ©vrotique va soit perpĂ©tuer le tore, va l'entretenir comme tore, soit va dĂ©couper l'objet petit a du tore, dĂ©couper l'objet a dans la transformation de ce tore en plan projectif, avec diffĂ©rents destins : soit une fin par l'amour, une sorte de maintenance de cet objet petit a, soit une fin par la haine c'est-Ă -dire vers cet objet petit a, objet d'expulsion, abject. Et le nĆud, lui, introduirait autre chose selon Christian Fierens dans la mesure oĂč le nĆud implique un cycle infini de ruptures, donc une analyse qui dĂ©boucherait sur une tĂąche infinie, comme dit Freud, s'adressant aux analystes.
Câest ce qui mâa fait revenir Ă cette question du fini et de lâinfini dans le nĆud.
Il y a deux prĂ©sentations du nĆud chez Lacan, un nĆud fait de ronds de ficelle, câest-Ă -dire de cercles nouĂ©s ; on pourrait dire par exemple, si on prend le rond du symbolique, câest un symbolique qui se mord la queue, qui revient Ă une sorte de rĂ©pĂ©tition, un symbolique fermĂ©. Bien sĂ»r câest un rond ; donc câest aussi le trou qui est soulignĂ© dans ce symbolique sous forme de cercle. Mais câest un symbolique qui revient sur lui-mĂȘme, donc qui est fini en quelque sorte. Un dĂ©but, une fin. Et puis aprĂšs, si on continue, on recommence. Dâaccord ?
Ce nâest pas la mĂȘme chose quâun symbolique qui serait une droite infinie. Quâest-ce que ce serait la rĂ©pĂ©tition dans un symbolique qui serait une droite infinie ?
Pourtant Lacan nous dit: il y a Ă©quivalence entre le nĆud fait de ronds et le nĆud fait avec une ou deux droites Ă lâinfini et un rond ou deux ronds.
Il sâappuie sur Desargues qui a montrĂ© que les droites infinies, parallĂšles, se rejoignaient en un point Ă lâinfini. Ce point constituant avec tous les autres points Ă lâinfini, le plan projectif. Mais, nous dit Lacan, Desargues ne sâest pas intĂ©ressĂ© Ă la question de savoir ce quâil advenait de ces droites Ă lâinfini. Est-ce quâelles passaient devant, est-ce quâelles passaient derriĂšre ?
VoilĂ un nĆud borromĂ©en fait de droites et dâun rond ; alors on va imaginer que ces droites⊠on va faire un cercle grĂące au point Ă lâinfini. Mais que va-t-il se passer Ă lâinfini ? Est-ce quâelles vont se fermer comme ça ou comme ça ?
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Ou alors, si on prend le cas de deux droites parallĂšles, est-ce quâelles vont se fermer de façon concentrique, nous dit Lacan dans Le Sinthome, ou de façon Ă faire chaĂźne ?
On voit que les conséquences sont considérables.
Un intervenant: Il y a la mise en continuitĂ© aussi lĂ qui peut ĂȘtre possible. Deux droites Ă lâinfini qui se rejoignent. On peut considĂ©rer aussi que câest les deux droites diffĂ©rentes qui se rejoignent Ă lâinfini. Auquel cas il y a une mise en continuitĂ© du huit⊠Oui qui se rejoignent Ă lâinfiniâŠ
Marc Darmon : Câest ce que disait Desargues. Mais Lacan dit en quelque sorte, que Desargues, câest insuffisant, parce quâil faut rĂ©flĂ©chir Ă ce que deviennent les droites. Est-ce quâelles vont se croiser ou pas ? Or si elles se rejoignent, on nâest plus dans le cas du nĆud borromĂ©en, mais si elles se croisent devant ou derriĂšre Ă lâinfini, cela a des consĂ©quences considĂ©rables. Pourquoi ?
Parce que si elles se croisent devant, si cette droite prend ce chemin, on se retrouve avec un nĆud borromĂ©en. On a les trois ronds dâun nĆud borromĂ©en classique, donc il y aurait Ă©quivalence entre la chaĂźne faite de ronds et la chaĂźne faite de deux droites et dâun rond. Lacan y tient beaucoup, il le dit plusieurs fois, quâil est absolument nĂ©cessaire pour cela quâen se refermant Ă lâinfini, les droites ne fassent pas chaĂźne olympique. Câest nĂ©cessaire pour que se maintienne le nĆud borromĂ©en.
Parce que si ça passe derriĂšre, on voit que non seulement les deux droites vont se trouver enchaĂźnĂ©es de façon olympiqueâŠ
Jean Brini : Je crois, si je peux me permettre, que, en traçant la figure de cette maniĂšre-lĂ , vous avez dĂ©jĂ rĂ©pondu Ă la question parce que la droite horizontale, vous lâavez dĂ©jĂ fait passer derriĂšre la droite verticale, et donc le sixiĂšme point vous avez dĂ©jĂ dĂ©cidĂ©, et je crois que pour ĂȘtre plus conforme Ă ce que vous dites, il aurait fallu faire passer le retour de la droite horizontale en basâŠle grand retour. LĂ , la dĂ©cision est prise.
Marc Darmon : La dĂ©cision est prise, mais câest la solution envisagĂ©e par Lacan. C'est-Ă -dire que les deux droites sont concentriques. Lâautre cas, ce serait que les deux droites en se refermant Ă lâinfini fassent chaĂźne. Câest le cas oĂč on se trouverait dans cette situation.
Non seulement ce ne serait plus un nĆud borromĂ©en, dans la mesure oĂč deux des consistances feraient chaĂźne olympique, mais le troisiĂšme se trouverait libĂ©rĂ©.
Cela va ĂȘtre plus visible en faisant ça.
Voyez comment le troisiÚme va se trouver libéré.
Câest visible ? Quelquâun ne voit pas ?
Si vous réduisez ce cercle, vous allez avoir :
(dessin)
Voyez, jâaurai dĂ» prendre des couleurs...
VoilĂ je vais mettre des couleurs. Le rond, il est rouge au dĂ©part, vous le retrouvez ici ; voyez quâil peut se libĂ©rer puisque, si vous prenez le rond vert, il va se rapetisser et va venir ici, donc le rouge peut sâen aller.
Donc consĂ©quence considĂ©rable. Alors quelle est la vĂ©rité ? Quâest-ce que vous en pensez ?
Un intervenant: Le lapsus du nĆud est toujours possible
Marc Darmon : Ce nâest pas le lapsus de nĆud. Est-ce que les droites Ă lâinfini vont se fermer en faisant chaĂźne ou pas ?
Elsa Quilin : Le fait que ce soit Ă lâinfini, est-ce que ça ne permet pas de rĂ©pondre Ă la question justement, ou ça, ou lâun ou lâautre, je ne sais pas comment on tranche ?
M.D : La question est tranchée
E.Q : VoilĂ . Alors que la question de lâinfini permet de la suspendre.
M.D : La question de lâinfini est tranchĂ©e, parce que câest un infini actuel. Le point Ă lâinfini est actualisĂ©, donc il va vraiment fermer la droite.
E.Q : Il va falloir la fermer
M.D : Non, si vous nây arrivez jamais, vous ĂȘtes dans lâinfini potentiel. Le pas fait par Desargues et par Cantor, câest de dire : ce point Ă lâinfini, on le nomme, il existe.
E.Q : Oui mais ça ne pose pas problÚme de le dessiner ?
M.D : Et on le dessine.
E.Q : on peut le dessiner, pas seulement lâĂ©crire,
M.D : Oui
Virginia Hasenbalg : Tu répÚtes la question ?
Marc Darmon : Est-ce que quand ces droites se ferment en rond au niveau du point Ă lâinfini, est-ce que ça fait chaĂźne ou pas ?
V.H : ...ça peut ĂȘtre lâun ou lâautre, il faut choisir?
M.D : Non, il y a deux hypothĂšses, il faut choisir. Lacan choisit que ça ne fait pas chaĂźne Ă lâinfini. Est-ce quâil a raison ?
V.H : Eh bien tu nous diras ! / I : On ne peut pas savoir / M.D : Si, on peut savoir.
J.B : Est-ce quâon ne pourrait pas dire que le simple fait dâĂ©crire une mise Ă plat avec lâindĂ©termination du sixiĂšme point, ou sans indĂ©termination du sixiĂšme point, câest quelque chose qui se fait dans le cadre dâun transfert et que, sans lâexistence de ce transfert, il nây a pas dâĂ©criture, quâil faut un engagement dâun sujet pour que lâĂ©criture se fasse dâune certaine maniĂšre.
M.D : Oui, mais tu anticipes par rapport Ă la question topologique.
V.H : Est-ce que Lacan a raison ?
M.D : VoilĂ , parce que pour Lacan, Ă moins de dire : si on transfĂšre sur Lacan, on va dire quâil a raison, toujours. Ce nâest pas...
Une intervenante : Ce que dit Lacan, câest que ce qui est important, câest dâoĂč on voit les choses, le point de vue.
M.D : Non, non, il dit que ce qui est important câest que ça ne fasse pas chaĂźne.
La mĂȘme intervenante: Mais il y a le point de vueâŠ
M.D : Non, câest autre chose.
Un intervenant: Il y a des dires qui nouent et des dires qui ne nouent pasâŠ
Un intervenant: Il compte avec le réel
M.D : oui mais quand ça ferme la droite Ă lâinfini, est ce que les deux droites font chaĂźne ou pas ? A lâinverse, quand on ouvre le rond du symbolique par exemple, quand on lâouvre Ă lâinfini, est-ce que câest Ă©quivalent, au niveau borromĂ©en ?
Bon alors je vous donne la solution, les deux droites Ă lâinfini se ferment en faisant une chaĂźne olympique. VoilĂ .
V.H : Et alors ça veut dire ?...
M.D : ça veut dire quâil y a une diffĂ©rence fondamentale entre le nĆud fait de droites Ă lâinfini et de cercles et le nĆud fait de ronds.
Alors pourquoi je vous lâaffirme ? Il y a deux raisons. Il y a un Monsieur qui sâappelle Clifford, mathĂ©maticien, fin du XIXĂšme.

Il y a le phĂ©nomĂšne du parallĂ©lisme de Clifford; câest Ă dire quâĂ deux droites parallĂšles de lâespace euclidien Ă trois dimensions, R3, lorsque lâon transforme cet espace Ă trois dimensions R3 en sphĂšre S3, c'est-Ă -dire en hypersphĂšre, lâĂ©quivalent dans la quatriĂšme dimension de la sphĂšre, câest un espace Ă trois dimensions qui est sphĂ©rique, c'est-Ă -dire oĂč toutes les droites se transforment en de grands cercles. Bien, lâĂ©quivalent des parallĂšles de lâespace euclidien dans lâespace sphĂ©rique, ce sont des grands cercles enchaĂźnĂ©s de telle sorte que la distance entre les grands cercles reste la mĂȘme. Vous voyez, comme lâĂ©quivalent dâune sorte de bande avec une torsion, ça câest le parallĂ©lisme de Clifford ; donc la dĂ©finition des grands cercles parallĂšles, câest que la distance entre les grands cercles reste la mĂȘme tout le long de ce parcours. Alors ça câĂ©tait le parallĂ©lisme de Clifford.
DĂ©but XXĂšme siĂšcle, il y a un Monsieur qui sâappelle Hopf, mathĂ©maticien topologue trĂšs important.
La fibration. Lâespace S3, lâhypersphĂšre S3, est un espace, je vous le rappelle, Ă trois dimensions, sphĂ©rique. La fibration de Hopf, câest que cet espace admet une partition qui est constituĂ©e par des grands cercles, cette fois non seulement par des cercles parallĂšles comme dans le travail de Clifford, mais constituĂ©e par de grands cercles qui sont tous enchaĂźnĂ©s de façon olympique. Vous avez un grand cercle, un autre grand cercle est enchaĂźnĂ© et si on considĂšre un troisiĂšme grand cercle, il sera enchaĂźnĂ© au premier et au deuxiĂšme, c'est-Ă -dire chaque grand cercle est enchaĂźnĂ© Ă tous les cercles.
VoilĂ . Ce nâest pas sans consĂ©quences cliniques. Il nây a pas dâĂ©quivalence ; pourtant, il y a un nĆud borromĂ©en fait de droites, si on reste dans lâespace R3, lâespace euclidien Ă trois dimensions, il y a un nĆud borromĂ©en fait de deux droites et dâun rond, il y a un nĆud borromĂ©en fait dâune droite et de deux ronds. Le problĂšme, câest quand ça passe dâun espace Ă lâautre.
V.H : Pour que ça tienne dans lâautre dimension ?
M.D : Quand on ferme, quâest-ce qui se passe ? Quand on ferme, si on a affaire Ă ce type de nĆud borromĂ©en, ce nâest plus un nĆud borromĂ©en. Ou inversement si on a affaire Ă quelque chose qui nâest pas un nĆud borromĂ©en au dĂ©part, quand on ouvre, ça peut devenir un nĆud borromĂ©en.
Ici, on nâa pas de nĆud borromĂ©en, alors comment ça tient ? Je ne sais pas, peut-ĂȘtre avec un sinthome ou quelque chose, mais quand on passe Ă lâinfini, ça devient un nĆud borromĂ©en.
Question : Quâest ce qui fait que vous alliez si loin de Lacan en passant dans tous ces espaces, dans toutes ces dimensionsâŠCe nâest pas Lacan, Lacan reste en R2âŠ
M.D : Non, pas du tout, il ne reste pas dans R2, on a affaire Ă lâespace Ă trois dimensions. Et il se pose la question de ce que deviennent les droites Ă lâinfini quand elles se ferment.
Le mĂȘme intervenant: Mais dans R2.
M.D : Non pas dans R2 dans R3.
Le mĂȘme intervenant: Oui justement, ça tient de la mise Ă plat, câest une question de point de vue.
M.D : Non, ça ne tient pas de la mise Ă platâŠ.
Le mĂȘme intervenant: Page 172, il explique bien ça, le R2 câest la dimension de lâimaginaire, câest essentiellement lĂ oĂč il se place, et puis R3 ensuite, il explique bien, câest une question de point de vue, il explique bien au moment oĂč il parle de Desargues âŠ
M.D : Eh bien lisez nous...
Le mĂȘme intervenant: Et vous vous allez dans S3, câest lâespace des complexes. Mais quâest-ce qui justifie dâaller passer dans lâespace des complexes ?
M.D : Mais ça se justifie parce que câest la question que Lacan se pose, alors quelle page vous nous dites ?
Le mĂȘme intervenant: Je vais vous donner la rĂ©fĂ©rence, parce que moi, je ne vois pas pourquoi vous partez de dimension en dimension.
M.D : Parce que ça sâimpose. Quelle page, Madame ?
Le mĂȘme intervenant: p. 172, il parle de Desargues..
M.D : Bien sûr, il parle de Desargues.
« Un nommĂ© Desargues, lâArguĂ©sien, comme on dit, sâest avisĂ© depuis longtemps que la droite infinie est en tout homologue au cercle, en quoi il a devancĂ© le nommĂ© Riemann, il lâa devancĂ©. NĂ©anmoins une question reste ouverte Ă quoi je donne, par lâattention que jâapporte au nĆud borromĂ©en, dĂ©jĂ rĂ©ponse. Ce qui ne vous empĂȘchera pas, du moins je lâespĂšre, dâen maintenir prĂ©sente dans votre esprit la forme question » je continue ?
« Comme vous le voyez dans cette figure du nĆud borromĂ©en constituĂ© par lâĂ©quivalent de ce cercle sous la forme dâune droite nouĂ©e Ă un cercle du couple supposĂ© de ce quâil a pour le supporter pour votre esprit, pourrait ĂȘtre du symbolique. Les deux autres, sans quâon sache de quelle droite figurer spĂ©cialement le RĂ©el, par exemple celle-ci, ou lâImaginaire pour celle-ci, que faut-il pour que cela fasse nĆud ? Il faut que le point Ă lâinfini soit tel que les deux droites ne fassent pas chaĂźne. Câest lĂ la condition que les deux droites, quelles quâelles soient, dâoĂč quâon les voit - je vous le fais remarquer en passant que ce dâoĂč quâon les voie supporte cette rĂ©alitĂ© que jâĂ©nonce du regard, le regard nâest dĂ©finissable que dâun dâoĂč quâon les voit - dâoĂč quâon les voit est Ă vrai dire, si nous pensons une droite comme faisant rond dâun point, dâun point, dâun point unique Ă lâinfini, comment ne pas voir que ceci a un sens quâelles ne se nouent pas. Non seulement que ceci a un sens quâelles ne se nouent pas, mais que câest de ne pas se nouer quâelles se noueront effectivement Ă lâinfini, point quâĂ ma connaissance, Desargues, Desargues dont jâai usĂ© au temps oĂč ailleurs quâici, Ă Normale supĂ©rieure, pour lâĂ©voquer par son nom, je faisais mon sĂ©minaire sur les MĂ©nines de Velasquez oĂč jâen profitais pour me targuer de situer oĂč il Ă©tait ce fameux regard dont bien Ă©videmment câest le sujet du tableau, je le situais quelque part, dans le mĂȘme intervalle - peut-ĂȘtre quâun jour vous verrez paraĂźtre ce sĂ©minaire - dans le mĂȘme intervalle que jâĂ©tablis ici au tableau, sous une autre forme, Ă savoir dans celui que je dĂ©finis de ce que les droites infinies en leur point supposĂ© dâ infini, ne se nouent pas en chaĂźne » .
Je ne vois pas en quoi câest contradictoire.
Le mĂȘme intervenant: Rien ne nous dit lĂ -dedans que lâon sort de R2 ? On est dans le plan, espace plat, on est dans lâimaginaire, dans le plat... Les MĂ©nines câest du plat,
M.D : Non, non, ça nâa rien Ă voir.
Un intervenant: Sauf que si on dĂ©finit le nĆud comme une coupure, comme un bord de surface, lâintĂ©rĂȘt câest : quâest-ce que coupe le nĆud, et donc sur quelle surface on lâapplique ? LĂ vous appliquez le nĆud sur un bout de sphĂšre, sur un plan.
M.D : Non, il est dans lâespace, le nĆud. Le nĆud, ce sont des cercles plongĂ©s dans lâespace.
Le mĂȘme intervenant: Mais Lacan va appliquer ces nĆuds sur des surfaces, il va dĂ©couper le tore avec le huit intĂ©rieur, il va le dĂ©couper avec le nĆud de trĂšfle, il va appliquer le nĆud borromĂ©en sur un tritore ? LâintĂ©rĂȘt, câest les surfaces pulsionnelles, comment elles sont dĂ©coupĂ©es par le dire.
M.D : Mais ça ne change rien à la question que je pose, Monsieur...
Le mĂȘme intervenant : Si, parce que on ne va pas dans les R4 et les R5
M.D : Lacan pose une question dans le passage que nous venons de lire et quâon pensait mâopposer: quâest-ce qui se passe Ă lâinfini lorsque les droites se ferment Ă lâinfini et cette question, il faut y rĂ©pondre et il y a une rĂ©ponse je suis dĂ©solĂ©.
Un intervenant: Câest une question de dimensions,
Un intervenant: Il y a des dires qui ne disent rien, et il y a des dires qui forment nĆud, qui arrivent Ă apprĂ©hender le vide de lâobjet a, donc il y a des paroles vides et des paroles pleines, je mâexcuse, mais le nĆud borromĂ©en câest quand mĂȘme un dire, un nouage.
M.D : Mais câest une topologie.
V.H : Il y a une pertinence mathématique dans ce que dit Lacan,
M.D : Lacan traite le problÚme mathématiquement,
V.H : Câest une question typiquement mathĂ©matique qui fait appel Ă des chosesâŠ
E.Q : Mais Ă quoi ça correspondrait une ouverture ? Lâouverture du cercle ?
M.D : Câest de sortir de la rĂ©pĂ©tition, voilĂ câest ça, lâouverture,
V.H : Sortir de la répétition ?
M.DÂ : Lâouverture du cercle en droite,
Un intervenant: Le champ de lâex-sistence
M.D : pardon ?
Le mĂȘme intervenant: On est toujours dans le plat avec LacanâŠ
M.D : Pas toujours.
Un intervenant: Moi jâinterprĂšte lâouverture comme le passage du nĆud en rond fermĂ© Ă la tresse, c'est-Ă -dire la partie fĂ©minine du nĆud, c'est-Ă -dire comment les droites infinies se tressent. Et donc il y a un passage Ă la fĂ©minitĂ©, de la masculinitĂ© Ă la fĂ©minitĂ© et rĂ©ciproquement, câest ça lâouverture du rond ; c'est-Ă -dire que le mĂąle fait toujours des ronds, il est toujours fermĂ© sur lui-mĂȘme, phalliquement idiotâŠ.
M.D : Mais ce nâest pas contradictoire. Le fait de sortir de la rĂ©pĂ©tition pour un homme, câest peut-ĂȘtre de rencontrer une femme.
V.H : Mais alors lĂ câest une ouverture !
M.D : Il y a comme une ouvertureâŠ
V.H : Oh ! Ecoute, ça décoiffe ce Clifford...
M.D : Parce quâon touche au transfert ? Il y a les deuxâŠ
Pascale Bellot Fourcade : Jâai une question complĂ©mentaire, Marc, incidente, qui est difficile dans la clinique, la question de lâinhibition, parce que rien que dans la maniĂšre dont tu la dĂ©cris, lâinhibition par exemple, si piĂ©tiner la terre mĂšre, il y a une punition, lĂ on ne peut pas sortir du symptĂŽme en quelque sorte, une punition intervient lĂ comme une signification..
M.D : Oui, oui, câest freudien ça,
P.B.F : Oui, comme tu as dit, la dĂ©finition est freudienne, et câest vrai que câest extrĂȘmement compliquĂ© dâenvisager une inhibition de façon pureâŠ
M.D : Dâune façon sans symbolique.
P.B.F : VoilĂ Â !
M.D : Oui, dâailleurs il faut voir dans le texte de Freud. Il parle assez peu de lâinhibition ; câest toujours articulĂ© au symbolique. Il y a lâangoisse. Câest articulĂ© au symptĂŽme et Ă lâangoisse quand il parle de lâinhibition,
P.B.F : Oui, oui, mais la pĂ©nĂ©tration de lâimaginaire dans le symbolique, effectivement, la conduite quâon en a par rapport Ă lâinhibition, et par rapport au symptĂŽme, ce nâest pas la mĂȘme tout Ă fait, ce nâest pas la mĂȘme façon de lâenvisager, en quelque sorte, etâŠ. câest difficile Ă apprĂ©hender.
M.D : Et on est bien embĂȘtĂ© avec lâinhibition.
P.B.F : Oui, câest ce que je veux dire ; on a du mal Ă la formuler,
M.D : On est embĂȘtĂ© avec lâangoisse et avec lâinhibition ; avec le symptĂŽme, ça va, enfinâŠ
V.H : Marc, jâaimerais te poser une question. Câest par rapport Ă la rĂ©duction de lâimaginaire dans la mise Ă plat et les dessins au tableau du nĆud comme relevant de lâimaginaire. Tu vois dâun cĂŽtĂ©, câest : lâimaginaire a lieu et, de lâautre cĂŽtĂ©, câest rĂ©duction de lâimaginaire. Et je me pose la question par rapport Ă ce que tu avais dit une autre fois oĂč tu es venu, dâune Ă©criture primaire du nĆud, oĂč je me suis imaginĂ© que lâĂ©criture du nĆud pourrait correspondre Ă quelque chose de lâordre de la lettre, tu vois ? Et si câest une lettre on nâest pas seulement dans une lecture de lâimaginaire. Câest une question.
M.D : Le nĆud comme Ă©criture relĂšve du rĂ©el,⊠alors Lacan Ă©voque le trait unaire, un moment, au sujet de lâĂ©criture du nĆud, des droites justement infinies. Donc le nĆud comme Ă©criture, ça relĂšverait du rĂ©el,
V.H : Et comment tu distingues la mise Ă plat du nĆud, tu me dis rĂ©duction imaginaire, dessinĂ© au tableau comme pur imaginaire, de lâĂ©criture qui relĂšverait du rĂ©el, quand on voit le nĆud au tableau, on se dit : câest un dessin, ou câest une Ă©criture ?
M.D : On est obligĂ© dâen passer par lâimaginaire, que ce soit pour le dessin ou pour lâĂ©criture mais le nĆud comme Ă©criture, câest le versant rĂ©el, c'est-Ă -dire que bien que nous soyons obligĂ©s dâen passer par lâimaginaire, on nâen reste pas Ă lâimaginaire, alors que dans lâĂ©criture alphabĂ©tique, dans lâĂ©criture au sens courant, on reste dans la reprĂ©sentation. Câest indirectement quâon a affaire au rĂ©el dans lâĂ©criture, alors que dans lâĂ©criture du nĆud, câest directement quâelle vise le rĂ©el, mais câest un peu difficile çaâŠ
V.H : C'est Ă reprendre...
Henri Cesbron Lavau : Merci, Marc, de nous avoir ouvert Ă ton travail.
M.D : Je suis ravi que ces questions suscitent de la passionâŠ
Transcription : Maryvonne Lemaire et Brigitte Le Pivert
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