L'infini dans la clinique des psychoses, conférence de Jean-Jacques Tyzsler

 

Virginia Hasenbalg : 
Jean-Jacques Tyszler est un membre actif de l’ALI. Il concentre ses travaux autour de l’école de Sainte Anne, mais il transmet, il fait partie du groupe des missionnaires, si l’on peut dire, de l’ALI, en allant en province et dans les Ă©coles rĂ©gionales ainsi que Ă  l’étranger, il travaille entre autres avec les collĂšgues du BrĂ©sil. Il va nous parler de « L'infini dans la clinique des psychoses ». Je lui passe tout de suite la parole.

Jean-Jacques Tyszler :
Je vous remercie de me faire participer au fonds Ă  un travail qui est en cours et qui me paraĂźt lĂ©gitime et extraordinairement intĂ©ressant puisque c’est un peu effectivement un paradoxe, mais je crois que vous avez dĂ» en parler depuis le dĂ©but de votre sĂ©minaire. C’est un paradoxe de parler d’infini dans la clinique analytique, puisqu’il faudra attendre Lacan quand mĂȘme probablement pour faire valoir dans une clinique que Freud n’avait pas vraiment enfin travaillĂ©e : la prĂ©sence comme telle de l’infini - en particulier Ă  mon sens - et c’est pour ça que moi je m’appuie plus souvent sur la clinique des psychoses, la question de l’infini dans le corps 
, lĂ  oĂč d’habitude la psychanalyse, il faut le rappeler tranquillement, travaille avec une extrĂȘme finitude au contraire. 
Je veux dire quand nous pensons Ă  ce qu’est l’analyse dans sa praxis, les choses se rĂšglent quasiment – vous le savez trĂšs bien – sĂ©ance par sĂ©ance, c’est-Ă -dire c’est vraiment hic et nunc, au moment mĂȘme 
que les questions de scansion, de coupure, de dĂ©coupe se font valoir, hein, et donc Ă  mon sens il y a lĂ  un paradoxe qui est intĂ©ressant et que la psychanalyse Ă  la fois est une question Ă©minemment locale, totalement localisĂ©e, c’est-Ă -dire que c’est le coup de ciseaux tout de suite maintenant. S’il est loupĂ© ou si nous ne le faisons pas, ben, parfois il faudra attendre effectivement infiniment, voire c’est fichu. 
Donc voyez une praxis sur laquelle Freud a insisté et qui est bien chez Freud, ce cÎté localisé, fini, de 
l’expĂ©rience de la psychanalyse et nĂ©anmoins lĂ  – pour des raisons que vous essayez d’explorer avec Lacan – l’introduction du fait probablement des outils de la science mathĂ©matique et de la logique moderne deux questions qui n’étaient pas visibles Ă  l’époque de Freud et donc l’appui au-delĂ  de Desargues bien entendu sur des choses beaucoup plus modernes Ă  partir de Cantor qui n’étaient pas de l’horizon de Freud. 

VoilĂ  donc, premier paradoxe qui m’avait intĂ©ressĂ© et ce qu’il y a nĂ©anmoins 
 
Il y a nĂ©anmoins, Ă  mon sens, mĂȘme chez Freud en quelque sorte, si on veut le lire comme ça, la prĂ©sence de la question de l’infini et - comme vous le savez, moi je fais un sĂ©minaire sur le fantasme depuis deux ans - Ă  mon sens, la notion de fantasme comme telle est, dans la structure de la nĂ©vrose, une droite infinie en quelque sorte. 
C’est-Ă -dire le fantasme qui est donc ce point projetĂ© infiniment derriĂšre nous. Il n’a mĂȘme pas d’histoire dit Freud. C’est un point qui est une construction, hein. Elle n’est pas dans le souvenir, elle n’est pas dans la rĂ©alitĂ©, elle est oĂč ? Ben, elle est dans l’espace derriĂšre et en mĂȘme temps elle va nous guider infiniment devant. C’est-Ă -dire que lĂ  il y a Ă©videmment une finitude qui est liĂ©e Ă  la mort, mais le nĂ©vrosĂ© n’y croit pas ; donc il a le sentiment  d’ĂȘtre dans un destin totalement Ă©ternel et le fantasme d’un certain point de vue est la droite Ă  l’infini Ă  l’intĂ©rieur du nouage borromĂ©en, on peut dire ça. D’ailleurs Lacan le dira Ă  sa façon dans des sĂ©minaires un peu tardifs. 
Egalement, alors on peut dire ça, je crois que ça se soutient, mais je ne vais pas en parler aujourd’hui, Ă©galement la question du trait unaire lui-mĂȘme. Assez bizarrement, le trait unaire, donc la question d’identification au trait se supporte dans la clinique analytique ordinaire d’une question qui touche Ă  l’infini. C’est pas le mĂȘme genre d’infini, c’est l’infini qu’on pourrait relier Ă  la phrase biblique « de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration ». C’est-Ă -dire quelque chose, le trait qui transcende de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration, infiniment le support d’un des bords de l’identitĂ©, hein. D’ailleurs Freud, j’en ai parlĂ© autrefois dans le groupe de Cordoue, Freud lui-mĂȘme quand on lui demande : mais enfin, aprĂšs tout, Freud, qu’est-ce qui est juif en vous ? bien, il dit ça, il dit : « ce n’est que ce trait qui me relie infiniment. Je ne vois pas autre chose ».
Donc vous voyez, pour vous dire, qu’il faut ĂȘtre assez tranquille sur ces questions et essayer de les reprendre avec simplicitĂ©. Il y a dans l’utilisation que nous faisons des mots aussi importants que le fantasme, la question du trait, mĂȘme dans la clinique hĂ©ritiĂšre de Freud, Ă©videmment trace d’un type de structure qui touche Ă  une forme de l’infini. 
Alors le dĂ©faut c’est quoi ? C’est qu’évidemment, vous allez me dire : mais ça c’est l’infini imaginaire en quelque sorte, c’est le bord imaginaire, comment on appelle ça en mathĂ©matique l’infini qui n’est pas actuel ? mais 
..potentiel. Oui et non ceci dit, parce que le fantasme Ă©videmment c’est de l’imaginaire, mais nĂ©anmoins c’est ce qui nous meut totalement. Donc ce n’est pas parce que le scĂ©nario comme tel se supporte en quelque sorte de la narration d’une jouissance imaginaire que ça ne touche pas pour nous Ă  la fois Ă  notre rĂ©el, Ă  notre jouissance, et Ă  la fois Ă  la façon dont nous parlons. Je veux dire quand je vous parle immĂ©diatement lĂ , je suis supportĂ© par ma position fantasmatique vis-Ă -vis de la sexualitĂ© par exemple et mĂȘme si ça ne vous apparaĂźt pas immĂ©diatement, c’est repĂ©rable en quelque sorte dans une cure. Donc imaginaire, mais imaginaire nouĂ© comme toujours au symbolique d’un cĂŽtĂ© Ă  la façon dont nous parlons, nous utilisons les signifiants et au rĂ©el tout Ă  fait  indexĂ© de la jouissance de l’Autre. 
Alors ma thĂšse aujourd’hui,  entre guillemets, c’est de vous montrer qu’effectivement l’infini, non pas imaginaire, mais l’infini actuel, c’est-Ă -dire l’actualitĂ© de l’infini est Ă  l’Ɠuvre, je le crois effectivement dans la clinique des psychoses. 
Elle est Ă  l’Ɠuvre quasiment sans arrĂȘt, si je puis dire dans la clinique des psychoses, mĂȘme si les appuis que vous allez trouver, je vous les citerai tout Ă  l’heure, il y a des appuis denses, faciles Ă  Ă©voquer, qui me permettent de vous renvoyer Ă  des articles de travail. D’un cĂŽtĂ© bien entendu vous pouvez – et je vous le rappellerai tout Ă  l’heure – vous rĂ©fĂ©rer Ă  l’articulation de ce qu’on appelle entre guillemets « le fantasme schrĂ©bĂ©rien » qui n’en est pas un prĂ©cisĂ©ment : le fantasme de fĂ©minisation de Schreber n’est pas un fantasme au sens propre parce que au moment oĂč Schreber identifie cette jouissance dite fĂ©minine, eh bien s’introduit en lui, par l’intermĂ©diaire de la beautĂ©, du beau, le concept du beau, un point dans l’infini dans son corps. Il va produire de ce jour un processus totalement continu de transformation de son rapport au corps Ă  la fois dans le domaine non seulement du corps au sens imaginaire lui-mĂȘme, c’est-Ă -dire comment je me vois dans le miroir, mais qui concerne Ă©galement sa peau, sa cutanĂ©itĂ©, comme son rapport Ă  la voix, 
 Ă  ce qui lui vient comme voix de l’Autre. Donc ça j’y reviendrai tout Ă  l’heure, ça c’est facile Ă  retrouver comme rĂ©fĂ©rence et ça vous permettra d’aller chercher lĂ  par vous-mĂȘme, dans quoi ? Mais dans ce que Schreber Ă©crit tout simplement, hein. Il y a mĂȘme pas besoin d’aller chercher dans les articles de commentaires, allez au texte et vous verrez que l’infini y est en permanence citĂ© par le biais du sans cesse, du continu, d’une jouissance infinie, etc. C’est-Ă -dire il utilise lui-mĂȘme les termes diffĂ©renciĂ©s de la notion d’infini dans le corps. 
Il y a un autre bord que je vous citerai trĂšs trĂšs vite, tout Ă  l’heure aussi et qui est intĂ©ressant, qui touche Ă  mon avis Ă  une autre dimension de l’infini, qui sont les travaux que nous avons fait – puisque tu citais Sainte Anne – autour Ă©videmment du syndrome de Cottard, de la question des dĂ©lires  des nĂ©gations, puisque la question introduite par des tableaux cliniques comme ça fait valoir au titre de l’immortalitĂ© et de l’énormitĂ© Ă©videmment des niveaux en quelque sorte hiĂ©rarchisĂ©s bizarrement de l’infini, successifs, des infinis successifs qui lĂ  vont ĂȘtre rĂ©flĂ©chis nĂ©cessitent son appui par exemple dans Cantor. Il n’y a que Cantor qui nous propose des hiĂ©rarchies de l’infini si je puis dire. 
Et donc, vous voyez, c’est proche, mais c’est un autre bord, c’est-Ă -dire c’est pas exactement la mĂȘme clinique des psychoses d’ailleurs. On peut passer – comme toujours – d’une typologie Ă  l’autre et Schreber lui-mĂȘme a traversĂ© des Ă©pisodes lĂ  cotardiens, mĂ©lancolisĂ©s, mais nĂ©anmoins, notre façon de l’apprĂ©hender dans la clinique n’est pas exactement la mĂȘme quand mĂȘme quand nous traitons des grands tableaux de mĂ©lancolie chronicisĂ©e ou sous d’autres bords. (
)

Alors, oui, je voulais vous dire aussi une chose que je n’aurai pas le temps de dĂ©velopper, mais ça fait rien, peut-ĂȘtre on reprendra ça ultĂ©rieurement si vous le souhaitez (mais je n’aurai pas le temps), c’est une difficultĂ© qui touche lĂ  au 
 je crois qu’il y a Ă©galement une façon dans la clinique des psychoses, mais pas simplement, de traiter de la question de l’infini, qui touche Ă  la 
 aux mĂ©tamorphoses en quelque sorte de l’objet de ce que nous appelons l’objet lui-mĂȘme. C’est-Ă -dire comment la voix, le regard ou tout autre objet en particulier par exemple dans la clinique des psychoses la peau, le cĂŽtĂ©-lĂ  cutanĂ© devient par les mĂ©tamorphoses de la clinique en quelque sorte l’enveloppe, l’agalma de tout objet. Vous voyez donc cette mĂ©tamorphose continue des objets, cette mĂ©tamorphose indĂ©finie et continue des objets qui est extraordinairement intĂ©ressante dans la clinique des psychoses, mais qu’à mon sens qu’il faudrait tirer Ă  une gĂ©nĂ©ralitĂ© plus importante. 
Pourquoi je dis ça ? Parce que ça recoupe l’intuition qu’avait eu Desargues lui-mĂȘme lorsqu’il anticipait vous savez dans ses dĂ©coupes des coniques lĂ , c’est-Ă -dire sa façon qu’il avait de ramener en quelque sorte les dĂ©coupes Ă  une dĂ©coupe et une dĂ©coupe aux dĂ©coupes. Ce lien du pluriel au singulier et inversement, c’est extraordinairement intĂ©ressant, je ne sais pas si vous ne connaissez pas mais Henri (Cesbron-Lavau) le fera sĂ»rement, il peut aller chercher des questions comme ça, et donc les mathĂ©maticiens comme ça anticipent dans leur façon en quelque sorte, la maniĂšre dont – lĂ  je vous le propose comme ça, comme une petite dĂ©finition – dont la voix comme objet, le regard ou tout autre objet devient en quelque sorte le mĂȘme, c’est-Ă -dire devient agalma de tout objet. 
Alors ça c’est un bord, je n’aurai pas le temps de dĂ©velopper, mais c’est pour vous indiquer combien on peut attraper ça par des bords assez diffĂ©renciĂ©s toujours plus solides partant de la clinique des psychoses mais qui nous font rĂ©flĂ©chir bien entendu Ă  des processus qui sont Ă  l’Ɠuvre en chacun de nous, qui ne sont pas propre Ă  la folie psychotique.

PremiĂšre proposition de dĂ©part, aprĂšs tout quand nous Ă©coutons un patient pourquoi peut-on dire qu’effectivement il y a ce que nous n’arrivons pas Ă  saisir, c’est probablement le point qui dĂ©jĂ  dans son corps, dans sa « reprĂ©sentation » (entre guillemets), parce que nous ne savons pas si c’est une reprĂ©sentation du corps, est dĂ©jĂ  le point qui infiniment le ronge en quelque sorte. 

Donc j’ouvre les guillemets, je veux juste vous lire d’une prĂ©sentation rĂ©cente Ă  Ville Evrard, quatre lignes, quatre, cinq lignes d’un patient. Vous voyez, j’ai pris le matĂ©riel le plus rĂ©cent, hein, c’est pas pour prendre Schreber justement. On va Ă  l’hĂŽpital les uns, et les autres, on fait des prĂ©sentations de malades, on suit des patients. Donc prenons ce qui nous vient couramment, c’est pas une clinique extraordinaire. 
Et donc c’est un patient qui apparemment au dĂ©part je dis bien, parle d’un des objets classiques qui sont donc ses matiĂšres fĂ©cales, je dis bien apparemment. Il dit ceci : 
« J’avais honte de vous en parler jusqu’à prĂ©sent, parce que ça me gĂšne. Enfin quand mĂȘme. Il faut que je vous dise. Je suis contrariĂ©, j’ai des angoisses quand je vais voir lĂ  mes parents. Je perds des choses par derriĂšre », dit-il. 
Une formulation, vous voyez déjà-là souvent des psychotiques un peu spéciale. Il faut toujours bien écouter à la lettre, parce que les psychotiques ont une façon de parler, ensuite on y donne du sens mais comme nous on le dirait exactement.
« Je perds des choses par derriĂšre, c’est comme du beurre. Je veux m’essuyer mais je n’y arrive pas. Et puis il y a du sang »
Bon, mais il ajoute immédiatement :
« C’est comme si j’avais Ă©tĂ© chiĂ© par ma mĂšre »
HĂ©, voyez le passage immĂ©diat, on ne sait pas dans quel espace, on peut passer si vite de quelque chose qui   apparemment  un objet dĂ©tachĂ© comme ça, bon il se plaint d’avoir des hĂ©morroĂŻdes, je ne sais pas au fond, on imagine ce qu’on veut lĂ  au dĂ©part, tout d’un coup la question de l’engendrement, le fantasme d’engendrement bizarre : 
«  C’est comme si j’avais Ă©tĂ© chiĂ© par ma mĂšre. Elle m’avait dit d’ailleurs : tu es nĂ© dans un sac. Je prenais ça Ă  la rigolade, mais maintenant je sais que c’est sĂ©rieux.»
Comme souvent les psychotiques, voyez, l’intrusion des Ă©lĂ©ments mathĂ©matiques dans le corps, eux ils prennent ça tout Ă  fait au sĂ©rieux, c’est pas comme nous.
« C’est comme ça que j’ai Ă©tĂ© fait, aux waters par ma mĂšre. Quand j’ai un malaise, du coup j’ai honte, je ne sais pas oĂč me mettre, je tourne, je tourne. »
Et lĂ , et lĂ , pareillement, Ă©coutez bien, il y a quelque chose qui sonne bizarrement, qui est probablement liĂ© au travail de la mĂ©galomanie, de la question du un au moment oĂč la question de l’objet se prĂ©sente, il ajoute quelque chose de difficile Ă  comprendre :
« C’est comme si j’étais gouverneur et que la honte me prenne. »
Vous voyez, intrigant, vous voyez  ces ruptures de signification, ainsi, si je puis dire, mais probablement parce qu’en lui au moment mĂȘme, au moment oĂč il parle de l’objet quelque chose Ă  une autre endroit se met Ă  travailler et qui est lĂ  probablement liĂ© Ă  ce que nous appelons dans la psychose la mĂ©galomanie ou le dĂ©lire mĂ©galomaniaque et qui est lĂ  
plutĂŽt les processus du un, la question du un lui-mĂȘme, l’unification Ă  l’Ɠuvre dans le champs des psychoses.
Et alors là l’adresse, c’est extraordinaire au praticien. Il dit :
« Mais qu’est-ce que ça veut dire quand on dit ‘ĂȘtre sorti de la cuisse de Jupiter’ ? »
Vous voyez. Et bien il poursuit sa question de l’engendrement, de la thĂ©orie sexuelle infantile, et alors il s’adresse Ă  l’autre et lui dit : mais aprĂšs tout ‘ĂȘtre sorti de la cuisse de Jupiter’, comment vous vous l’entendez, qu’est-ce que ça veut dire ?
« C’est possible ? dit-il, ça existe ? »
Question Ă  la science.
« Pour moi, ajoute-t-il, ça doit ĂȘtre un peu comme ça que je suis sorti de la cuisse de ma mĂšre »
et il ajoute : «d’une seule cuisse. » 

Ensuite, aprĂšs je vais vous passer les dĂ©tails parce que toute la suite de l’entretien est comme ça. Concernant le corps il nous dit : « mais regardez mes ongles, ils sont diffĂ©rents » dit-il. 
« Celui de gauche, c’est celui de ma mĂšre » il faut l’entendre au sens propre. 
« Celui de gauche c’est celui de ma mĂšre ; celui de droite c’est celui de mon pĂšre. 
Pour les pieds, c’est l’inverse. »

Vous voyez donc, le type, si je puis dire, de reprĂ©sentations qui est lĂ  Ă  l’Ɠuvre dans le schĂ©ma optique lĂ  qui est trĂšs particulier, c'est-Ă -dire lui il entend le trait effectivement comme le trait rĂ©el, ainsi de suite, ainsi de suite, ainsi de suite. 
Qu’est-ce qu’on peut ...bon. Je vous passe lĂ  mais qu’est-ce qu’on peut dire, vous voyez face à
quand vous entrez dans un tableau clinique lĂ  comme celui-lĂ  qui au fond n’est pas si extra-ordinaire. C’est quelque chose qui parait lĂ  un peu gigantesque mais qui n’est pas Ă  proprement parler particulier. Il faut bien voir que, au sens propre du terme, quand nous nous retournons lĂ  vers nous-mĂȘmes on peut dire « mais nous ne savons pas ce qu’est un corps là  ».
D’abord d’habitude, nous ne savons dĂ©jĂ  pas ce qu’est un corps, mais face Ă  des dires comme cela, on est tout Ă  fait infichu de dĂ©signer ce qui s’appellerait lĂ  en quelque sorte un corps. Et ce qui est certain c’est qu’on pourrait appeler lĂ , le point de dĂ©clenchement Ă  l’infini, vous voyez, lĂ  vous l’avez entendu, c’est qu’à la fois, il s’interroge en quelque sorte sur les thĂ©ories sexuelles infantiles, les thĂ©ories de l’engendrement; c'est-Ă -dire qu’il est en train de produire une thĂ©orie qui touche en arriĂšre. Et au moment oĂč il produit cette thĂ©orie qui touche Ă  ce qui se passe derriĂšre, lĂ  comme il le dit, le mĂȘme mot, l’objet anal, que l’on peut figurer sur un mode anal, en mĂȘme temps devient en quelque sorte l’objet qui est en train d’ĂȘtre travaillĂ© par une expansion lui. C'est-Ă -dire, Ă©vacuĂ© il s’épand sur un mode mĂ©galomaniaque Ă  la surface entour elle-mĂȘme. D’oĂč l’histoire du gouverneur qu’il reprendra plus tard en jouant sur son prĂ©nom puisque son prĂ©nom c’est Salomon. Et donc il dĂ©veloppera un dĂ©lire en quelque sorte lĂ  mĂ©galomaniaque et de filiation sur sa position dans l’histoire elle-mĂȘme.
Vous voyez donc quelques mots d’un patient, un petit Ă©change comme ça, fait valoir en quelque sorte, tout d’un coup, non pas simplement que la reprĂ©sentation du corps est en abĂźme parce qu’on le sait que dans la psychose nous ne savons mĂȘme pas comment lĂ  nous aurions Ă  Ă©crire ou Ă  reprĂ©senter la façon dont un patient nous parle. C’est impossible. Ce n’est pas imaginarisable. Ce n’est pas symbolisable. Ca met en carence nos outils de reprĂ©sentation ordinaires. Ca, c’est une gĂ©nĂ©ralitĂ© et je crois qu’on peut ajouter, que c’est
, nous ne le pouvons pas parce que, est Ă  l’oeuvre bizarrement, un point qui est incorporĂ© Ă  la surface qui va en quelque sorte infiniment et de maniĂšre plus hyperbolique que moebienne habituellement, lĂ  dĂ©tacher des lignes de force des propositions du patient, suivant des axes que nous avons du mal Ă  tenir nous mĂȘme ensemble. Ca veut dire que d’un cotĂ©, son corps lĂ  se dĂ©plie suivant une topologie qui n’est pas ordinaire ; la question de l’objet le filtre, se mĂ©tamorphose et par ailleurs, il est dĂ©jĂ  entrain de construire un support lĂ  mĂ©galomaniaque qui l’aide Ă  faire en quelque sorte symptĂŽme au sens dĂ©lirant du terme. Voyez donc, il y a plusieurs lignes de force infiniment Ă©loignĂ©es, asymptotiques l’une de l’autre. Ca, si vous l’écoutez bien, je vous le rĂ©sume bien entendu abusivement et moi-mĂȘme j’ai dĂ» m’y reprendre Ă  plusieurs fois avec un patient comme ça pour Ă©couter. Parce que la difficultĂ© c’est que nous n’arrivons pas Ă  Ă©couter ce que disent des patients comme ça. Au bout de 10 minutes on est
on sait mĂȘme plus oĂč on est de l’espace en quelque sorte ; on y arrive pas, on peut pas
A un moment on dit, c’est de quoi qu’il est en train de parler, c’est de la matiĂšre fĂ©cale. Mais oui et non ; il est dĂ©jĂ  dans la mĂ©tamorphose de ce mĂȘme objet et puis il passe et puis les mots, les signifiants qu’il utilise ne sont pas Ă  hauteur de ce qui est attendu, donc il est dĂ©jĂ  dans un autre espace alors qu’on est comprimĂ© sur un. Donc vous n’y arrivez pas. Ce qui fait que quand nous narrons es cas, Ă©videmment ça reste assez imaginaire. On les synthĂ©tise, on les rĂ©sume, on les compacte. Mais c’est parce que il y a un processus effectivement Ă  l’Ɠuvre qui n’est pas de notre apprĂ©hension visuelle, qui touche probablement Ă  l’infini dans le corps. Mais l’infini au moment mĂȘme, actuel. Ce n’est pas l’infini simplement comme ça, en l’air.

Alors, pour euh
.vous savez Schreber; lĂ  j’en reviens
 quand on Ă©coute un patient comme ça, effectivement on a envie de revenir sur un terrain  sĂ»r ; on se dit, nous allons revisiter nos classiques pour ĂȘtre quand mĂȘme un  peu en terrain de connaissance. Ca m’a toujours intriguĂ© que les collĂšgues, comment dire, ne s’arrĂȘtent pas plus Ă  la façon dont le « fantasme » entre guillemets de Schreber est mis en abĂźme. Parce que le « fantasme schreberien », entre guillemets bien sĂ»r, au tout dĂ©part il s’entend en quelque sorte assez bien ; je veux dire par là
je vais vous le relire. C’est quelque chose que vous connaissez, mais essayez de l’écouter avec fraĂźcheur, voyez, sans
.en laissant de cotĂ© tout ce que vous savez de Schreber. Schreber dit simplement ceci.
Il dit : « un jour cependant, un matin, encore au lit, je ne sais plus si je dormais encore Ă  moitiĂ© ou si j’étais dĂ©jĂ  rĂ©veillĂ©, j’eus une sensation qui, Ă  y repenser une fois tout Ă  fait Ă©veillĂ© me trouble de la façon la plus Ă©trange. C’était l’idĂ©e que tout de mĂȘme, ce doit ĂȘtre une chose singuliĂšrement belle que d’ĂȘtre une femme en train de subir l’accouplement. » 
Voyez, j’ai mis un peu le ton poĂ©tique lĂ , mais aprĂšs tout, quand vous Ă©coutez que ça, non ! Vous relisez que ça, bon. Quand vous entendez ça, qui parmi nous trouve ça complĂštement dingo ? Personne. Vous allez dire bon, d’accord, on dit comme Freud, il y a sĂ»rement quelque chose ou une tentation homosexuelle, au mieux, Freud disait 
c’est la question de l’homosexualitĂ©. Ce qui n’est pas extraordinairement clair là
.peut-ĂȘtre que l’on peut prendre ça comme ça.
Ou bien, on va dire ben, comme ça, assez bizarrement de façon un peu idĂ©ale en quelque sorte, il se loge cotĂ© jouissance fĂ©minine et il a une façon d’idĂ©aliser comme ça ce qui est la position d’une femme vis-Ă -vis de la sexualitĂ©, sa jouissance. Donc il fait un peu ce que Lacan faisait quelque temps plus tard dans le sĂ©minaire Encore. Mais qu’est ce qui ne va pas ? Mais ce qui ne va pas, vous ne pouvez pas le savoir au moment mĂȘme ce qui ne va pas. Ce qui ne va pas, nous le saurons en quelque sorte par effet d’aprĂšs coup. Ce qui ne va pas, c’est que, probablement, le signifiant-lĂ , c’est un travail sur le signifiant ‘belle’ ; au moment oĂč le signifiant
il dit « chose singuliĂšrement belle ». 
Au moment oĂč il essaie de qualifier son intrigue du rapport Ă  la jouissance, tout d’un coup le signifiant ‘belle’ tombe et c’est ce qu’on sait dans l’aprĂšs-coup, que c’est Ă  l’endroit de ce signifiant que va s’ouvrir, prĂ©cisĂ©ment, sur quelque chose qui du coup ne fera pas fantasme, mais fera une Ă©criture qui ouvre un point Ă  l’infini, rejetĂ© Ă  l’infini qui est tout le procĂšs de sa mĂ©tamorphose, pour coller Ă  la lettre Ă  ce signifiant lui-mĂȘme ; c'est-Ă -dire lui-mĂȘme ĂȘtre la belle de Dieu. C’est bien ce que Lacan appelle la fĂ©minisation, la trans-sexualisation, qui n’a rien Ă  voir d’ailleurs avec l’homosexualitĂ© freudienne qui est un tout autre procĂšs. Voyez, alors ça c’est trĂšs intriguant et trĂšs intĂ©ressant ; alors l’énoncĂ© lui-mĂȘme, ah quand mĂȘme faut ĂȘtre honnĂȘte, l’énoncĂ© lui-mĂȘme, si vous aviez Schreber comme ça comme patient, au moment mĂȘme oĂč il vous raconte ça, vous vous dites tiens c’est un vrai poĂšte ; c’est curieux qu’il idĂ©alise comme ça les femmes, mais enfin Ă  part ça
 Mais c’est pas ça qui s’est produit, ce n’est pas un fantasme parce que ça ne se ferme pas sur la finitude du fantasme. Ca ne poinçonne pas cette finitude. Bizarrement, le signifiant va s’ouvrir de maniĂšre Ă©nigmatique, infiniment, dans son corps propre. C’est par son corps propre que va s’interprĂ©ter ce signifiant mis en abĂźme; ce qu’il appellera lui mĂȘme le miracle d’éviration. Et alors lĂ , Henri (Cesbron-Lavau) qui travaille beaucoup sur les coupures, il pourra reprendre ça Ă  sa façon ultĂ©rieurement, c'est-Ă -dire la rĂȘverie, c’est pour ça, on dit fantasme, ce n’est pas un fantasme, il n’y a pas de mot pour, comment dire, on manque d’un mot. Il faudrait demander Ă  Marcel (Czermak) qu’il authentifie dĂ©finitivement le mot pour dire le fantasme schreberien, parce que quand on dit fantasme, Ă©videmment on se piĂšge, enfin bon. La rĂȘverie si vous voulez,  la fantasmagorie de Schreber, n’est pas l’effet d’une coupure, c’est  qui est intĂ©ressant, ce n’est pas l’effet d’une coupure l’identifiant comme objet pour un autre. C’est ça qui nous trompe, au moment oĂč il nous parle ce n’est pas une coupure simple, fantasmatique, l’identifiant comme objet pour la jouissance d’un autre. Il se met en place Ă  ce moment lĂ , toute une sĂ©rie, alors, c’est lĂ  qu’il faut ouvrir les guillemets « toute une sĂ©rie de transformations continues, continues, de son corps »
Voyez, pas de coupure, pas de coupure au sens oĂč Lacan en parle concernant la coupure fantasmatique. Tout d’un coup, Ă  la place, au dĂ©faut de cette coupure se met en place des transformations continues. Touchant, alors je vous l’ai dit tout Ă  l’heure en prĂ©ambule, alors lĂ , ce qui touche un large spectre chez Schreber, alors c’est ça qui fait la passion de ce texte puisque ça va se produire aussi bien dans tout l’horizon de la voix, la dĂ©coupe en spectre de tout l’univers sonore qui ne va pas cesser continĂ»ment dit-il, continĂ»ment de le tourmenter. Vous savez, il faut d’abord prĂ©senter ce que c’est
Je ne sais pas si vous avez dĂ©jĂ  eu des patients affublĂ©s d’automatisme mental. Mais c’est une tyrannie inouie; c'est-Ă -dire quand un patient, ça arrive et malheureusement ce sont souvent ceux la qui se suicident, pour faire coupure. Quand un patient est parlĂ© continĂ»ment, nuit et jour. Ça parle en Ă©cho ça le commente ; mais il faut bien vous reprĂ©senter ce que c’est, une tyrannie continue : Ă©coute !, Ă©coute !, Ă©coute !, Ă©coute !. Donc lui dĂ©crit cela Schreber, des annĂ©es durant le travail continu de la voix. Bon lĂ , je vous passe les dĂ©tails cliniques parce que ce sont des voix diffĂ©renciĂ©es trĂšs intĂ©ressantes qu’il catalogue lui-mĂȘme entre la voix de l’automatisme et la grande voix, bon bref. Tous les Ă©lĂ©ments dissociĂ©s composants du langage, Ă©galement, alors donc Ă©galement le procĂšs, donc la voix d’un cotĂ©, Ă©videmment le regard, puisque face au miroir il y a le processus continu de fĂ©minisation. LĂ  vous savez  combien Schreber se dĂ©couvre dans le miroir donc dans l’image tout d’un coup transformĂ©. Alors, il faut ĂȘtre honnĂȘte, lĂ  c’est un point de thĂ©orie, comme ça entre guillemets, c’est un procĂšs bien sĂ»r qui est asymptotique, assez bizarrement, en quelque sorte, c’est abouti mais on ne sait jamais Ă  quel moment c’est abouti lĂ  totalement. C’est un processus qui va vers, donc il se mĂ©tamorphose face au miroir, il se fĂ©minise, mais quand vous relisez le texte de maniĂšre trĂšs stricte, c’est un processus qui a des entraves nĂ©anmoins qui est asymptotique. Donc, la voix, le regard ; il y a comme je l’ai souvent dit dans la clinique des psychoses l’importance extraordinaire des phĂ©nomĂšnes de cutanĂ©itĂ©, la peau. Et lĂ  je vous renvoie Ă  ce que Schreber en dit lui-mĂȘme, c'est-Ă -dire la peau comme support de l’unification de la surface. Il le dit lui-mĂȘme, il suffit de se reporter Ă  la façon dont il parle de sa peau. Moi j’avais appelĂ© ça Ă  la suite de Marcel la jouissance d’enveloppe parce que ça touche Ă  de phĂ©nomĂšnes qui sont chez Schreber, qu’on a retrouvĂ© dans trans-sexualisme, qu’on retrouve dans toute une sĂ©rie de choses qui touchent aux psychoses, qui est donc ces processus continus de cutanéïtĂ©. Et donc concernant tous les, toutes les mĂ©tamorphoses des objets en quelque sorte, l’indice de ce que la coupure, donc je le rĂ©pĂšte, produit Ă  l’endroit oĂč elle Ă©choue, qui est donc cette infinitĂ© mouvante, cette infinitĂ© de lignes que vous pouvez appeler lĂ  dĂ©lirante bien sĂ»r  si vous souhaitez, mais qui sont pas que, je veux dire c’est un dĂ©faut de dire-lĂ  dĂ©lirante. Ce sont des lignes en quelque sorte qui touchent au remaniement enfin rĂ©el de la
qui sont des reprĂ©sentants, ce ne sont pas que des reprĂ©sentations et que donc par exemple Darmon dans ses travaux de topologie appelle des lignes hyperboliques hein vous savez
. la topologie-lĂ  il faudrait faire appel Ă  des, Ă  un travail mathĂ©maticien plus poussĂ©, qui sont
, qui au mieux ferait appel Ă  des lignes hyperboliques, un rĂ©el qui emprunterait des lignes hyperboliques.

Donc allez chercher chez Schreber, je vais pas le faire Ă  votre place, ça ne sert Ă  rien et c’est trĂšs frais de reprendre le texte lui-mĂȘme. Tous les indices, tous les index qui ne sont pas des mĂ©taphores, tout ce qui touche Ă  la marche d’une globalisation, d’un enveloppement, tout le processus oĂč Schreber parle du continu, c'est-Ă -dire la façon dont le procĂšs du continu vient Ă  dominer la texture du corps. Et ça vous allez ĂȘtre surpris, si vous relisez ça. C’est comme toujours, il faut des lunettes pour rentrer dans un texte, et si vous rentrez dans le texte de Schreber avec ces lunettes lĂ , en disant tiens, je vais regarder tout ce qui touche au sans cesse et au continu, vous allez ĂȘtre Ă©tonnĂ©. Schreber est sous le poids du continu concernant la plupart des mĂ©tamorphoses dites de l’objet qui chez lui sont Ă©videmment des objets un peu particuliers. 
Donc voyez, premiÚre en quelque sorte, premier appui. 

Alors, autre appui que je vous ai promis tout Ă  l’heure; je vais aller un peu vite aussi, qui est donc, lĂ  qui serait l’appui, entre guillemets, "versant Cantor" qui touche donc d’avantage aux travaux que nous avions faits, qui est une clinique trĂšs particuliĂšre mais trĂšs intĂ©ressante au titre de l’infini, au titre de l’actualitĂ© de l’infini en clinique. Qui est donc tout ce qui touche au processus trĂšs complexe qu’on appelle les dĂ©lires des nĂ©gations. C’est mieux de vous le dire d’ailleurs sous cette forme qui est moins imagin
enfin je veux dire, je veux dire syndrome de Cottard, mais lĂ  c’est plus un effet de nomination qui est un peu imaginaire. Mais si vous appelez ça tout ce qui touche au dĂ©lire des nĂ©gations, ça devient intĂ©ressant parce que ça touche pour nous Ă  une catĂ©gorie qui est trĂšs complexe qui est la façon dont les nĂ©gations sont Ă  l’oeuvre, comment, comment on dit non, comment la structure dit non. Et lĂ , on est pas au bout de nos peines, vous savez que l’on n’a pas, on ne s’est pas beaucoup fatiguĂ© pour nommer les diffĂ©rentes formes de la nĂ©gation en clinique. On en a donnĂ© quatre, cinq, mais
 Enfin Lacan semblait considĂ©rer qu’il y a beaucoup de formes de la nĂ©gation possibles. Dans les tableaux des nĂ©gations comme ça, la question de l’infini trouve son actualitĂ© sur un mode intĂ©ressant que vous retrouverez Ă©galement dans les diffĂ©rents travaux, dans ce que les classiques appelaient le dĂ©lire d’immortalitĂ© ainsi que, alors ça paraĂźt ĂȘtre temporel, vous voyez ; ce sont des structures temporo-spatiales;  on dit dĂ©lire d’immortalitĂ© et en mĂȘme temps, les mĂȘmes collĂšgues classiques disent dĂ©lire d’énormitĂ©. Vous savez, c’est les deux mots. A leur façon ils sont Einsteiniens en quelque sorte : on ne sait pas sĂ©parer, mais pour des raisons de travail il faut bien nommer sĂ©parĂ©ment tel ou tel pan, mĂȘme si c’est covariant. Et alors, ce qui est intĂ©ressant c’est que les idĂ©es, alors immortalitĂ©, bon pour les jeunes collĂšgues, il faut quand mĂȘme bien vous reprĂ©senter ce que c’est, un patient qui se dit immortel, c’est pas rien vous vous rendez compte un peu. Moi je me rappelle trĂšs bien la patiente sur laquelle on avait travaillĂ© avec Marcel Ă  Sainte Anne en 1981, ça remonte pas Ă  bon
,  et cette patiente un jour nous dit :
«  Mais, il faut me tuer, vous devez me tuer » 
Vous devez me tuer  pourquoi ? Non pas parce qu’elle Ă©tait honteuse si vous voulez ou mĂȘme coupable bien que c’était un trajet mĂ©lancolique, mais on devait la tuer parce que effectivement elle Ă©tait devenue dĂ©jĂ  une morte vivante, elle Ă©tait immortelle, c'est-Ă -dire le processus continu lĂ  assez curieusement de l’infini s’était mis Ă  travailler en elle de telle maniĂšre qu’elle se vivait comme Ă©ternelle. Donc que sa plainte essentielle, c’était : « mais, abrĂ©gez, abrĂ©gez moi ; je ne veux pas ĂȘtre une morte vivante, c’est pas possible »; donc lĂ  « tuez-moi » . Donc lĂ , vous savez, on en parle tranquillement, mais il faut bien vous reprĂ©senter ce que c’est que le mode d’adresse pour un service, pour les collĂšgues d’un service, de ce genre de patient et de patiente aussi bien pour le praticien que pour les infirmiers, bien entendu. Et alors ça met un service dans un drame extraordinaire, cette demande vigoureuse d’abrĂ©ger la vie parce que cette vie est devenue immortelle. Et donc c’est intĂ©ressant : c’est que dans la marche classique de cette clinique, les idĂ©es, ce qu’on appelle les idĂ©es d’immortalitĂ© et d’énormitĂ© viennent en quelque sorte comme aboutissement, comme aboutissement hiĂ©rarchisĂ© du remaniement dĂ©lirant. C'est-Ă -dire au moment oĂč l’imaginaire dĂ©lirant de ces patients ne parvient plus Ă  assurer, ni la distance au corps, ni l’adresse, ni la distance Ă  l’autre ; je veux dire au moment oĂč il y a une pulvĂ©risation complĂšte de l’axe aa’, pour dire comme Lacan, Ă  ce moment lĂ , de maniĂšre assez intrigante, vous allez rentrer dans des infinis hiĂ©rarchisĂ©s. C'est-Ă -dire que tout d’un coup, les idĂ©es d’immortalitĂ©, les idĂ©es d’énormitĂ©, voyez c’est intĂ©ressant cet engendrement lĂ  hiĂ©rarchique en quelque sorte de la clinique. Ce n’est jamais dans l’autre sens que vous allez le trouver. C’est donc un infini ordonnĂ©. C’est donc l’intuition assez particuliĂšre de Cantor qui a Ă©tĂ© quand mĂȘme en quelque sorte un truc qui paraĂźt bizarre. Sinon, qu’est ce que ce principe de construction des infinis. Parce que nous, dĂ©jĂ  l’infini on sait pas ce que c’est, mais en plus les construire sur un mode hiĂ©rarchique, ça nous paraĂźt complĂštement aberrant. Mais bizarrement, ces patients Ă  leur façon font de mĂȘme effectivement. C’est Ă  dire que les thĂšmes ne sont pas au hasard, ils viennent Ă  partir d’un certain moment de pulvĂ©risation du rapport Ă  l’autre et Ă  ce moment lĂ  s’ordonnent, ils sont ordonnĂ©s. D’oĂč le fait que les grands tableaux que dĂ©crivent Cottard, SĂ©glas, eh bien ils tiennent, je veux dire c’est les mĂȘmes aujourd’hui qu’il y a deux siĂšcles et ils restent ordonnĂ©s. Ce qui a Ă©tĂ© ordonnĂ© reste ordonnĂ©s. Donc il y a lĂ  la force effectivement de la marche continue de l’infini dans ces questions. Et donc Ă  l’infinitude dans le temps, fait classiquement suite l’infinitude dans l’espace. Comment mieux vous dire ça ? Et bien il vous suffit que vous lisiez le trĂšs bel ouvrage par exemple de Jorge Cacho. Nous avons publiĂ© de maniĂšre-lĂ  collective des questions sur le dĂ©lire des nĂ©gations, donc ça vous en trouverez Ă  l’ALI, mais il y a un ouvrage que j’adore, qui est trĂšs beau qui est celui de Jorge Cacho, qui s’appelle donc « le dĂ©lire des nĂ©gations « et qui est donc Ă  L’AFI, Ă  l’ALI et lĂ  vous trouverez de maniĂšre plus documentĂ©e, plus historique ce que je suis en train de vous dire avec beaucoup de rĂ©fĂ©rences de lecture. Hein, en particulier pour comprendre comment le nĂ©gateur, Ă  partir de son corps, un peu comme le patient de tout Ă  l’heure, voyez  parce que au dĂ©part, il semble nommer un objet partiel, coupĂ©, sĂ©parĂ©, - voyez, les fĂšces. Comment Ă  partir de ça, le nĂ©gateur atteint Ă  l’univers entier, c'est-Ă -dire comment fait-il Ă  partir d’un objet apparemment sĂ©parĂ©, ensuite, faire de cet objet, l’enveloppe en quelque sorte de l’univers lui-mĂȘme, c'est-Ă -dire ce qu’on appelle le dĂ©lire d’énormitĂ©. Et alors, petite phrase que Jorge lĂ  rappelait dans son ouvrage. 
Il dit ceci : « D’autres fois, il s’agit de ces matiĂšres mĂȘme », - vous voyez, il parle de ces questions d’hypocondrie qui touchent aux matiĂšres fĂ©cales -, « que dans la phase micro-maniaque le malade reconnaĂźt ». Le malade se plaint souvent de n’arriver pas Ă  expulser, Ă  se sĂ©parer, Ă  couper de  « ne pouvant pas les expulser, les objets, dit-il, devenus Ă©normes, sont comme dans la forme hypocondriaque du dĂ©lire des nĂ©gations, sont projetĂ©s sur le monde extĂ©rieur avec lequel ils se fondent ». Voyez, ce mouvement trĂšs particulier, donc au dĂ©part : objet qui est retenu par le corps, non sĂ©parable, qui tout d’un coup est expulsĂ©, mais qui n’est pas expulsĂ© comme sĂ©parateur, comme sĂ©paration, mais qui va du coup devenir l’enveloppe formelle du monde, de l’espace lui-mĂȘme. Ça c’est prodigieux comme clinique du continu et de l’infini et c’est trĂšs bien dĂ©crit Ă  la fois par les patients parce qu’au fond les collĂšgues de l’époque, les grands aliĂ©nistes ne faisaient que rapporter comme vous le savez trĂšs littĂ©ralement ce que racontaient les patients. Ils n’inventaient rien. Les commentaires souvent ne sont qu’une façon de mettre en sĂ©rie un certain nombre d’élĂ©ments, des dires, des dires du patient. Voyez, donc Ă  nouveau, Henri, problĂšme d’une coupure qui n’est pas une coupure. C’est-Ă -dire on a l’impression que le patient parle d’une expulsion qui peut faire coupure, mais qui ne va pas se traduire comme un coupure, mais qui sera ce qu’on peut appeler une Ă©jection infinie, sans limite. Il y a un passage, une mĂ©tamorphose, quelque chose, qui au dĂ©faut d’une coupure fait Ă©jection et surface illimitĂ©e. Donc les classiques appelaient ça, d’ailleurs on a gardĂ© ça en psychiatrie, dĂ©lire d’énormitĂ©. Parce que on a l’impression que la surface propre du sujet c’est le monde lui
On ne sait mĂȘme pas oĂč ça s’arrĂȘte. Chez Schreber, assez curieusement les limites de son corps, nous ne savons pas les nommer. Par exemple Schreber Ă  un moment parle du piano, qu’il aimait
on a l’impression que tel qu’il en parle, le piano dont il parle  c’est son corps propre. On ne sait pas oĂč s’arrĂȘte en quelque sorte ; ça c’est trĂšs particulier comment dont un psychotique parle de ce qui pour nous paraĂźt fini. 

Alors, peut-ĂȘtre pour qu’on laisse un petit temps de discussion, je voulais vous proposer. Je peux prendre encore  lĂ  10 minutes, juste pour proposer un paradoxe, pour vous proposer un paradoxe. Si on veut, ce que je viens de vous prĂ©senter lĂ , c’est de la clinique Ă  mon sens qui est, si je peux me permettre, pour moi en tout cas tout Ă  fait consistante.  Je veux dire que je n’ai pas besoin de vĂ©rifier, et qui me paraĂźt d’un certain point de vue, pour mon propre travail assurĂ©, c'est-Ă -dire la question du procĂšs de l’infini lĂ  dans cette limite classique des psychoses, moi je considĂšre que c’est dĂ©montrĂ©, si je peux me permettre. Ce qui ne veut pas dire que pour vous ce soit Ă©videmment Ă  accueillir comme une dĂ©finition simple, mais dans mon procĂšs, c’est clair que c’est Ă©tabli. 
Il y a un paradoxe maintenant. Une fois qu’on a parlĂ© des grands tableaux classiques, ce qui est intĂ©ressant, c’est de se dire bon, alors, au fond qu’est ce qui fait difficultĂ© dans ces problĂšmes une fois qu’on les met justement dans le cotĂ© immortel de la clinique elle-mĂȘme, bon avec ces grands invariants. Il y a, alors je voulais quand mĂȘme terminer sur un type de paradoxe que je vous propose et  je vous donnerai un petit exemple, une petite vignette terminale pour vous faire entendre ce paradoxe.
Le paradoxe est le suivant : c’est que, en quelque sorte Lacan est obligĂ© de s’appuyer sur les notions d’infini parce que la marche de la science continuait ; il ne pouvait pas lĂ  faire semblant que des questions n’avaient pas Ă©tĂ© lĂ  poursuivies par la dĂ©marche scientifique, hein.
Le fantasme scientifique concernant  l’infini et comme vous le savez, pas simplement au niveau fantasmatique, mais les forçages de la technique elle-mĂȘme, c'est-Ă -dire le fantasme traversĂ©, le fantasme Ă  l’Ɠuvre en quelque sorte va redistribuer pour tout le monde le regard que nous portons sur la dimension du corps. C’est vrai pour nous, c’est vrai de notre psychotique, bien entendu. 
Pourquoi je dis ça ? Mais, on ne va pas lĂ  faire un cours ; mais moi j’avais beaucoup travaillĂ© sur une dimension que j’aime beaucoup, c’est par exemple la coupure introduite par la question de l’intelligence artificielle, c'est-Ă -dire la mĂ©moire infinie. Turing, Alan Turing, j’avais Ă©crit un article ou deux sur Alan Turing . Alan Turing, c’est majeur; d’abord, il Ă©tait fou, faut le savoir, mais c’est pas si grave parce que la plupart des grands matheux sont un peu dingo. Mais quand Alan Turing dit, moi, tout ce que raconte Hilbert, Gödel tout ça c’est bien gentil, mais c’est pas le problĂšme. Moi je vais vous montrer qu’on peut faire une machine, elle, qui va toucher Ă  l’infini: l’intelligence artificielle, la mĂ©moire infinie. C'est-Ă -dire une machine qui auto-engendre elle-mĂȘme et c’est vrai, il l’a pensĂ© dans sa tĂȘte et il l’a mis Ă  l’Ɠuvre; c’est quand-mĂȘme un coup de force extraordinaire et qui d’ailleurs, Ă  mon sens, a mis l’homme imaginairement totalement en dĂ©faut le jour oĂč le meilleur joueur d’échecs au monde s’est fait battre par Deep Blue, d’IBM ! LĂ , on a bien saisi qu’effectivement une page Ă©tait tournĂ©e, c'est-Ă -dire que l’homme avait Ă  faire Ă  la puissance du continu. Donc, il y a ça, il y a la modernitĂ© de l’infini Ă©videmment dans la question du cerveau. Il y a pas que ça, il y a des questions dont on entend beaucoup parler ; il y a la question du clonage, c'est-Ă -dire l’infini du cotĂ© de la fĂ©condation hors sexe, si je puis dire, qui Ă©tait aussi un fantasme de Turing, c'est-Ă -dire l’idĂ©e que l’espĂšce pouvait passer infiniment en dehors de la finitude sexuelle etc., etc. 
Alors, c’est ça donc : la question est celle-ci, c'est-Ă -dire, il faut bien voir que notre bain de culture d’aujourd’hui, les signifiants qui nous viennent de l’Autre, aujourd’hui, Ă  leur façon colportent ces forçages sur l’infini dans nos vies en quelque sorte, mĂȘme si effectivement dans la vie de chacun au moment mĂȘme on ne s’en rend pas toujours compte, mais ça  a une influence, bien entendu.

Exemple, alors je rencontre toujours, voyez je vous prends des exemples tout Ă  fait contemporains, bon lĂ  ça datait de un mois, Ă  Ville Evrard. Les collĂšgues m’appellent et me disent : tiens tu sais, on est embĂȘtĂ©, tu veux pas voir une jeune patiente qui nous paraĂźt pas dingue mais elle est bizarre, elle s’est dĂ©jĂ  fait opĂ©rer 16 fois de la figure. Chirurgie plastique, seiziĂšme opĂ©ration. Elle avait 20 ans. DĂ©jĂ , dans leur façon de me le prĂ©senter, je trouvais cela intĂ©ressant parce qu’ils ne voyaient pas pourquoi c’était fou. Et je vous dis ça latĂ©ralement ; on peut comprendre leur hĂ©sitation, le fait qu’une jeune femme
.tu  parlais lĂ  du BrĂ©sil tout Ă  l’heure. Quand je suis arrivĂ© au BrĂ©sil, je leur parle de chirurgie trans
ils me disent : mais arrĂȘte de dire n’importe quoi Jean-Jacques. Au BrĂ©sil les filles Ă  seize, dix-sept ans, elles sont toutes refaites. Quel est ton problĂšme ? m’ont-ils dit. Bon, c’est vrai, c’est mon problĂšme. C’était une banalitĂ© absolue ; alors c’était pas seize opĂ©rations, bon, mais qu’une fille se soit dĂ©jĂ  fait les fesses, les joues, les cuisses, etc, le nez, bon, c’était d’une banalitĂ© totale lĂ  bas. Bon, donc j’étais en retard d’une modernitĂ©. 
Et donc je vois cette fille, gentille, jolie ; heureusement pour l’instant pas trop abĂźmĂ©e en quelque sorte par la suite des interventions. Elle Ă©tait lĂ  pourquoi ? Elle Ă©tait lĂ , parce que le chirurgien, le dernier qu’elle avait Ă©puisĂ© lui avait dit non. Ça l’avait mis dans une crise clastique ; elle avait Ă©tĂ© hospitalisĂ©e. Et alors, j’essaie de reconstituer avec elle l’itinĂ©raire de cette chirurgie plastique et lĂ , je vous le rĂ©sume abusivement, mais c’est pour ça que je vous ai proposĂ© la question du trait tout Ă  l’heure, la question du trait unaire. Cette jeune femme Ă©tait le produit - si on peut dire, d’ailleurs c’est comme ça qu’elle prĂ©sentait les choses -, de deux ordres de filiation, comme chacun de nous, d’un cotĂ© par sa mĂšre, d’origine noire congolaise, de l’autre par son pĂšre qui Ă©tait donc un mĂ©decin qui avait rencontrĂ© sa mĂšre alors qu’il Ă©tait en mission en Afrique, un mĂ©decin juif. 
Et donc elle avait, si je puis dire, dĂ©terminĂ© ces deux axes d’engendrement imaginairement : ce qui dans le corps fixe les traits  de judaĂŻtĂ©, donc, on va pas rentrer lĂ  dedans, le nez que sais je ?, tout ce que l’imaginaire lĂ  colporte et du cotĂ© noir Ă©videmment les  questions dites de type nĂ©groĂŻde de la forme. 
Et donc cette jeune fille depuis l’enfance, en quelque sorte, avait fait le projet d’effacer systĂ©matiquement des deux cĂŽtĂ©s, c’est quand mĂȘme une gagure, les traits d’identification imaginaire de la filiation Et donc elle passait d’une opĂ©ration Ă  l’autre suivant une topologie qui Ă©tait assez complexe Ă , si vous voulez, Ă  bien suivre, parce que des fois c’était quand elle se regardait de face ; d’autres fois fallait se regarder de profil pour voir apparaĂźtre ce qui n’allait pas. Elle faisait varier si tu veux les angles du regard, qui lui permettaient, oui, de faire jouer les diffĂ©rents traits qui devaient Ă  tout prix au fond ĂȘtre abrasĂ©s. Donc moi j’ai trouvĂ© ça assez extraordinaire, je veux dire enfin, comme tableau clinique, qui effectivement, la formation infinie, tu vois, le gommage infini du trait d’identification par la plastique, par la chirurgie plastique, avec, avec ce drame, moi c’est ça qui m’a angoissĂ©. J’ai dit aux collĂšgues, vous vous rendez compte quand mĂȘme l’hypocondrie que ça reprĂ©sente pour cette fille. Elle ne pense qu’à ça. A peine le menton Ă©tait-il fini qu’il fallait reprendre les yeux, aprĂšs les
c'est-Ă -dire le sans cesse et le continu, touchant Ă  l’unitĂ© du trait, elle le faisait passer du cotĂ© de l’infini du mĂȘme trait, et donc il n’y avait pas de cesse Ă  son drame en quelque sorte. Et donc je termine lĂ -dessus. Donc le cas Ă©tait gĂ©nial, limpide, c’était vraiment un cas d’école. C’est une psychose moderne Ă  mon sens, mais les collĂšgues ont  rĂ©sisté .. 
( Interruption sonore, peut-ĂȘtre sonnerie de tĂ©lĂ©phone bruyante qui provoque un commentaire amusĂ© de J.-J. Tyszler : 
"Ah, l’appel, l’appel du
. (rires).  Ça fait partie de l’infini ça, ça fait partie du continu, ça !".)

Pour vous dire comme ça, pour moi c’est une psychose moderne ; d’ailleurs j’ai eu du mal  Ă  la caractĂ©riser ; parce que j’ai dit aux collĂšgues : hypocondrie  ; ils n’ont plus la culture de ce que
 vous savez l’hypocondrie, il faudrait faire des cours et des cours pour restituer
.
Ils m’ont dit : bien t’es gentil Jean-Jacques mais Ă©coute enfin, elle dĂ©lire pas, elle est pas
 et c’est vrai, au sens propre elle ne dĂ©lirait pas. C’est-Ă -dire on s’entretenait et elle avait toujours un argument approximatif qui tenait la route ; il n’y avait pas de grandes conceptions imaginaires, enfin dĂ©lirantes. Dans l’interlocution elle Ă©tait mignonnette, gentille ; enfin je lui dis, mais vous ĂȘtes trĂšs jolie. Elle me rĂ©pond gentiment, mais oui, c’est vrai, je le prends comme un compliment, mais
enfin bon. Donc les choses se passaient dans un axe assez, a priori assez comme ça, et je voyais que je n’arrivais pas Ă  les convaincre ; c’est ça qu’il m’intĂ©resse de vous dire. 
Mes collĂšgues lĂ  rĂ©sistaient Ă  l’idĂ©e qu’on puisse nommer psychose pour finir, simplement le fait qu’une jeune femme moderne, mĂȘme sur un mode un peu passionnel s’occupe comme ça de son corps sur un mode systĂ©matique ; et donc j’ai retenu leur propos, si vous voulez, comme un paradoxe moderne. Je me suis dis : mais bon, moi qui suis un peu classique de conception, il est vrai ; les collĂšgues lĂ  brĂ©siliens m’ont renvoyĂ© dans les cordes trĂšs vite. Il se peut que, pour finir, vous voyez, la marche de l’infini puisque c’est votre thĂšme, la marche du continu, la marche du continu dans notre culture mĂȘme en quelque sorte, son actualitĂ©, fait que certaines configurations nous apparaissent maintenant au bord, au bord des difficultĂ©s mais, moins fou que ce qu’on aurait pensĂ© habituellement. Je dis bien pour moi je, c’est un paradoxe. C'est-Ă -dire qu’est-ce que ça peut faire au fond, le problĂšme est là : ils m’ont dit mais pourquoi tu veux dire  psychose ? En quoi ça t’arrange ? C’est vrai ! Encore que lĂ  Ă  mon avis
Ce qui m’embĂȘte, c’est que lĂ , je crois que sa vie est en jeu Ă  cette fille, donc je ne suis pas arrivĂ© Ă  leur faire passer l’angoisse ; parce que seize interventions, je crois qu’un jour elle va ĂȘtre dĂ©figurĂ©e ; c’est inĂ©vitable.  Ce jour lĂ  elle va se balancer. Parce que quand elle aura une marque de l’impossibilitĂ© de l’infini dans le corps, mais bon ils n’étaient pas sensibles Ă  mes
 Ă  ça. Enfin ça fait rien. 
A l’inverse, et c’est vrai pourquoi pas dire qu’aprĂšs tout, paradoxalement, notre monde est tellement bancroche que certaines configurations de la psychose se norment en quelque sorte dans le discours ambiant, mieux que ça na Ă©tĂ© par le passĂ©. Qu’est ce que ça peut nous faire ? C’est vrai, c’est une question. C’est une question. Faut-il  de force garder cette jeune femme Ă  l’hĂŽpital alors que, dans le discours ambiant elle tient Ă  peu prĂšs la route, et que c’est les chirurgiens qui s’en occuperont pour essayer de la limiter ? Question ! Moi
 j’ai pas de rĂ©ponse totalement Ă  ces zones. Il est vrai que certaines zones de la psychose disparaissent
 au regard clinique si vous voulez, parce que les nommant, nous rencontrons une rĂ©sistance du social Ă  accepter cette nomination ; c’est comme ça. Est ce que c’est Ă  l’avantage des ces patients ? Faut voir, faut voir j’ai pas de rĂ©ponse dĂ©finitive, je vous le propose comme un paradoxe au sens oĂč la marche, voilĂ  pour finir lĂ -dessus, la marche si vous voulez de votre thĂšme qui n’est pas qu’un thĂšme, qui est que la marche du rĂ©el de l’infini dans nos vies, effectivement, n’est pas exactement la mĂȘme que celle qui s’était dĂ©pliĂ©e
.qui Ă©taient des mondes trĂšs finis au moment oĂč les aliĂ©nistes Ă©crivaient. Bien entendu, ils n’avaient pas la mĂȘme conception des possibilitĂ©s de la science par rapport Ă  toute une sĂ©rie de choses. Et donc il faut bien voir que ça modifie, non pas la typologie de la clinique mais notre propre regard sur des zones de la clinique ; c’est ça que je voulais
 
Donc voilĂ , vous voyez, dans un cas on dit enfin
il est Ă©vident. 
Dans le premier dont je vous ai parlé ; je vous ai parlĂ© en cinq minutes j’aurai pu vous parler une heure. Au bout d’une heure vous auriez dit mais  enfin il est complĂštement dingue c’est Ă©vident, il est tellement dingue, c’est un psychose classique, il est dingue quoi. 
L’autre jeune fille, j’aurais pu vous lire Ă©galement un autre interview vous auriez dit : ben Ă©coute , je sais pas, parait sympa ce qu’elle est. 
VoilĂ , je m’en arrĂȘte.

V. Hasenbalg  : Oui, merci
Applaudissements

_ _ _ _ _ _ _ _ _

Discussion :

V. Hasenbalg  : On a envie de dire pour la derniĂšre patiente qu’elle dit : Encore, encore, encore une opĂ©ration ?

J.-J. Tyszler  : Elle dit ça.

V. Hasenbalg  : Est-ce que donc on peut dire, si j’ai bien entendu ton riche topo, que c’est le sexuel qui introduit une finitude possible. Est-ce que tu serais
 je crois que c’est un peu ce que tu dis.

J.-J. Tyszler  : Oui

V. Hasenbalg  : Quand tu dĂ©finis le fantasme dans le sens propre du terme ; il y a la sexualitĂ© qui introduirait
.

J.-J. Tyszler : Tout à fait.

V. Hasenbalg  : Et puis j’ai beaucoup aimé . E c’est ça exactement, En fait, je crois que ton topo a tournĂ© autour des effets de la coupure qui Ă©choue. 

J.-J. Tyszler  : C’est ça exactement

V. Hasenbalg  : Et j’ai Ă©tĂ© trĂšs saisie si tu veux par la premiĂšre vignette clinique, quand ce patient ; je te dis ce que j’entends, parce que nous on est lĂ , on profite que tu es lĂ  pour
causer

J.-J. Tyszler  : Oui, bien sûr

V. Hasenbalg  : Je perds par derriĂšre dis le patient et au moment oĂč il peut formuler quelque chose d’un
 Je perds, ça bascule, c’est-Ă -dire c’est comme si ce « je perds » fait appel Ă  une inscription prĂ©alable qui n’est pas là ; alors ça Ă©choue. Alors il devient cet objet ; il devient donc l’excrĂ©ment produit par la mĂšre, c’est cette bascule qui me

J.-J. Tyszler  : Il devient, oui, il devient c’est vrai, il faut faire attention tu vois, il devient l’objet, mais pas au sens oĂč on l’entendrait immĂ©diatement, il devient l’objet qui lui-mĂȘme se mĂ©tamorphose tout de suite, dans tous les objets ; tu vois, c’est ça qui est particulier


V. Hasenbalg  : Je perds par ĂȘtre chiĂ© par la mĂšre

J.-J. Tyszler  : Mais il faut que vous rĂ©flĂ©chissiez, Ă  mon sens, si vous pouviez m’aider, ce serait de reprendre
 À mon sens, l’intuition que j’ai, mais que j’ai pas pu pousser parce que ça me demandait tout seul des choses que je ne pouvais pas faire. C’est la mĂȘme intuition, c’est pour ça que je revenais Ă  Desargues. C’est le mĂȘme travail, tu sais, assez bizarrement lĂ  Desargues travaille sur le point Ă  l’infini ; c'est-Ă -dire qu’Aristote lĂ  est remis Ă  l’envers si je puis dire, Ă  propos de sa droite Ă  l’infini ; mais en mĂȘme temps, il y a ces travaux que vous connaissez sur les coniques, c'est-Ă -dire une question de coupure. C’est marrant que le mĂȘme bonhomme soit travaillĂ© sur les transformations, mais bon. Il y a dans l’intuition de Desargues quelque chose qui m’a plu ; mais je ne pourrai pas faire le passage moi, tout de suite, moi comme ça. C’est comment on indique que les objets
, l’objet lĂ  dont tu parles devient en quelque sorte l’enveloppe ensuite de tout objet ; tu vois, c’est ça que ce patient dit. Et ça, j’ai trouvĂ© ça trĂšs intĂ©ressant pour notre propre conception des mĂ©tamorphoses, des questions de la mĂ©tamorphose de l’objet. 

V. Hasenbalg  : Pourquoi tu parles d’enveloppe. ?

J.-J. Tyszler  : Ben pourquoi je dis ça, c’est parce que c’est l’inverse. Bon je vais pousser ma question pour vous, exceptionnellement plus loin, c’est parce que on a dans la psychose lĂ , la mĂ©tamorphose enveloppe de tout objet ; or c’est le processus totalement inversĂ© de ce qu’on attendrait d’une cure analytique, si je puis dire, qui est en quelque sorte la dĂ©matĂ©rialisation de tout objet vers la question du trou ; tu vois. Non pas du rien de l’anorexie, mais du trou. Donc d’un cotĂ© le travail d’une cure qui est assez complexe, c’est-Ă -dire, parce que c’est un travail qui n’est pas quantitatif. Ce n’est pas de passer et de pouvoir dĂ©signer simplement plusieurs objets qui seraient lĂ  pulsionnels, le regard qui est convoquĂ© tout le temps etc.
 C’est comment faire pour que cet objet qui a sa concrĂ©tude, sa concrĂ©tion, nĂ©anmoins se supporte de sa dĂ©matĂ©rialisation. C'est-Ă -dire pour finir, n’est plus que ce trou dans l’Autre comme disait Melman aux derniĂšres journĂ©es. Donc travail trĂšs particulier qui est un travail qualitatif assez complexe, je veux dire, c’est un travail sur ce que nous appelons mĂȘme objet. Tu vois, et d’un cotĂ© il y a ça qui est le travail de l’analyse comme tel ; et pour le penser, nous avons l’inverse, l’envers si je puis dire, qui est quand mĂȘme assez intĂ©ressant puisque c’est le tissu inversĂ©, et qui est lĂ , le fait que cet objet, apparemment, la merde dĂ©tachĂ©e devient elle au contraire la forme dĂ©tachĂ©e, l’enveloppe de tous les objets possibles. Tu vois, donc c’est presque Ă  contrario que ça fait rĂ©flĂ©chir Ă  la question du trou, tu vois. 
Il faut pas oublier que Lacan, moi ça m’a toujours Ă©tonnĂ© , mais je le comprends mieux par la clinique des psychoses, il ne parle pas de l’étendue pour dĂ©finir ce qui est un trou, tu le sais bien ; il parle du trou, de la coupure pour dĂ©finir ce qu’est la surface; ce qui est donc une opĂ©ration 
.et moi je le comprends, parce que dans un cas, tu as le processus de la psychose si tu fais la 
..et dans l’autre tu as ce qui est attendu d’une cure analytique comme telle. Ce qui n’est pas simple d’ailleurs, puisque nous mĂȘme nous ne sommes jamais quitte de bien savoir ce que dans notre propre cure nous finissons par dĂ©signer comme objet. Souvent nous sommes arrĂȘtĂ©s, d’ailleurs on le voit bien dans les journĂ©es d’étude ; moi c’est toujours ça que je dis au collĂšgues, mais enfin bon, vous truquez puisque lĂ  vous passez trĂšs vite de l’objet du fantasme Ă  la lettre, Ă  l’objet de la pulsion comme si ces mĂ©tamorphoses vous suffisaient. Mais qu’est ce que vous attendez dans une cure de la dĂ©matĂ©rialisation de cet objet ? Ou bien on ne peut rien en dire, ça reste ineffable ? Enfin voilĂ , mais lĂ  c’est me pousser un peu au-delĂ , mais en tout cas, pour la psychose c’est gĂ©nial parce que c’est quasiment le processus Ă  contrario; ça se matĂ©rialise tellement que ça se matĂ©rialise Ă  la surface temporelle et spatiale du monde lui-mĂȘme tellement ça a besoin de la totalitĂ© de la surface. C’est quand mĂȘme, ça fait rĂ©flĂ©chir si on accepte que comme toujours le processus lĂ  psychotique dĂ©signe l’envers. C’est pour ça que les fous nous parlent tant, c’est parce que leur question est juste ; ils parlent, tu entends bien que dans la folie, la question qu’ils posent
.c’est comme si il te dit : mais enfin moi je fais comme ça avec l’infini, et vous ? Bien oui, c’est ça qu’il est en train de te dire le mec. Moi, voila comment je vois mon corps, mais vous ? Quelle idĂ©e vous vous faites du corps ? Enfin etc. Ou bien cette jeune fille qui me dit : « moi voila comment je vois la science et la technique ; elle est a ma disposition, mais vous, qu’est ce que vous allez me dire ? Et Ă  quel titre ? D’oĂč vous prenez vos signifiants et votre appui ? »
Donc moi je l’entends toujours,
. enfin j’essaie toujours avec mes collĂšgues de leur dire : Ecoutez bien ce qui vous est dit, pas pour dire c’est fou, mais pour voir dans la question, la vĂŽtre, ça vous intĂ©ressera.

Q. : Nous avons l’habitude de penser l’objet quand on parle de psychotique en parlant de l’objet (comme) quand on parle de nĂ©vrosĂ©. Par exemple, par rapport Ă  l’enveloppe de l’objet, si on se limitait peut-ĂȘtre, en parlant de limite aussi, nous, Ă  dire que ce psychotique lĂ , il devient l’Objet, mais avec un O majuscule, comme Lacan parlait de La Femme. C’est L’Objet ; et on oublie l’objet anal
.

J.-J. Tyszler  : Tout à fait

Q. : (poursuit) Et on travaillerait sur ce concept là, ce qui nous aiderait à penser cette infinitude : l’Objet

J.-J. Tyszler  : Oui, avec un grand L alors tu veux dire ?

Q. : Poursuit, oui avec un grand L.
Par rapport Ă  ce que ferait un psychanalyste au BrĂ©sil, pour le deuxiĂšme cas, il se pencherait peut-ĂȘtre du cotĂ© du pĂšre en tentant de voir un nĂ©vrosé ; lĂ  il a tort, dans l’angoisse de la psychose ; Ă  allez voir ce qu’a fait le mĂ©decin sur le corps et le visage de la femme qu’est sa mĂšre, est en train de voir une nĂ©vrose puisque, c’est banal Ă  l’adolescence de faire faire une telle opĂ©ration. Et qu’est ce qu’il trouverait ? Peut-ĂȘtre une notion d’infini chez le nĂ©vrosĂ©.

J.-J. Tyszler  : Mais tu sais, au BrĂ©sil, ils aiment pas tellement qu’on les chatouille euh
.Ce qui est drĂŽle, c’est qu’au BrĂ©sil
..En plus, alors, tu me fais penser Ă  une chose. Faut faire attention, souvent il n’est pas facile de, comment dire ? Si vous ĂȘtes sur un bord de la clinique isolĂ©, il est souvent trĂšs difficile de conclure. Il faut faire attention Ă  cet aspect ; Comment dire ça ? ça je l’avais travaillĂ© un peu dans des articles 
 euh 
par exemple celui que j’avais intitulé : quelle dĂ©cohĂ©rence, en me servant d’un terme qui est de la physique moderne, c'est-Ă -dire : le problĂšme de la psychose, c’est qu’encore plus que la nĂ©vrose, aucun de nous n’en a la visibilité .vous ne pouvez pas, sauf en forçant la carte de maniĂšre exagĂ©rĂ©e, donner le tableau clinique. Ce qu’on appelle le tableau clinique, c’est un truc. C'est-Ă -dire, vous ne pouvez pas en mĂȘme temps travailler sur un bord et faire valoir l’autre et vice et versa. Donc souvent, quand vous privilĂ©giez un bord de la clinique, tout un autre bord disparaĂźt, c’est ça qui fait Ă  mon avis l’intĂ©rĂȘt aussi de la clinique des psychoses, ce qui rend le praticien un peu humble quand Ă  son intervention. Ce qui est trĂšs prĂ©cieux pour tout le reste de ses interventions.

Concernant le corps, et la chirurgie transformatrice
.. Par exemple, au BrĂ©sil, on ne peut pas conclure Ă  partir uniquement de ce trait lĂ , tu vois, il faut mettre en sĂ©rie d’autres choses qui sont Ă©galement trĂšs complexes, qui est le retour dans le phĂ©nomĂšne lĂ  religieux, des phĂ©nomĂšnes du corps, tu sais, de la transe, de la magie. C’est-Ă -dire le BrĂ©sil est un des pays qui se dĂ©christianise, d’un certain point de vue, parce que fait retour, assez curieusement beaucoup de phĂ©nomĂšnes qui touchent au corps.
I (pour intervention) : il se décatholicise
J.-J. Tyszler  : Il se dĂ©catholicise, merci. Merci, merci il faut faire attention aux termes
il se dĂ©catholicise exactement.
Parce que dans les phĂ©nomĂšnes qui touchent au corps envahi, envahi
. Alors ce qui est intĂ©ressant, c’est que toi, pour penser ce qu’est le corps, entre guillemets, au BrĂ©sil, tu es obligĂ© de faire appel Ă  plusieurs zones en quelque sorte, qui varient ensemble, de covariance comme disait Lacan, plusieurs types de phĂ©nomĂšnes dont le nouage complet est assez difficile. C'est-Ă -dire nous, en plus quand on arrive de France, on a notre façon d’entrer Ă©videmment. Les BrĂ©siliens ne le reçoivent pas facilement ; ils aiment pas facilement qu’on les chatouille sur des 
 Non mais, il faut comprendre aussi, c’est parce que, Ă©tant immergĂ©s, pour eux c’est leur espace de plongement, tu vois, nous on arrive avec notre thĂ©orie de l’immersion. Ils disent bon ben d’accord, toi tu vois ça comme ça parce que tu es un classique, t’es un cartĂ©sien. Et les BrĂ©siliens acceptent mal qu’on discute comme ça facilement de la façon dont eux-mĂȘmes sont immergĂ©s, donc il faut l’entendre Ă©galement. Enfin voilĂ , tu vois, c’est juste pour revenir sur cet aspect, ce qui fait qu’un psychanalyste au BrĂ©sil, Ă  mon sens, que ses propres enfants aillent se proposer Ă  la chirurgie, ça lui paraĂźtra pas extraordinaire, en pratique. Moi ça m’affolerait ici, tu vois.

Q. : Oui, j’étais tout Ă  fait intĂ©ressĂ©e sur cette question de psychose moderne, c’est comme ça que vous l’appelez, parce qu’elle prend en compte les effets de la science, aujourd’hui dans la clinique, et la façon dont les repĂšres psychiatriques classiques, comment ils peuvent s’articuler ? Est-ce que c’est un bricolage ? Ou est ce que ça permet vraiment d’accrocher quelque chose ? Ou est ce que il y a dans cette modernitĂ© une clinique qui ben
 ne serait pas nommĂ©e ? Alors, il y a ce point lĂ .
Il y a un deuxiĂšme point qui me
. ben
 me  tient en chantier comme ça. C’est cette question justement de 
: C’est pas la mĂȘme chose que de se faire refaire, une fois les fesses, une fois les joues, une fois le nez et de se faire refaire, enfin 
d’essayer d’effacer un signe d’identitĂ©. MĂȘme si la chirurgie est trĂšs active, c’est pas tout Ă  fait la mĂȘme. Alors justement je me demandais si dans ce travail lĂ , ça ne touchait pas, Ă  quelque chose quand mĂȘme qui relĂšve du transsexualisme, dĂ©jĂ  par l’intervention de la science sur le corps qui rĂ©pondrait, sur une question d’une identitĂ© sexuĂ©e. Puisqu’on venait de parler de Schreber, notamment justement, il y a cette diffĂ©rence entre devenir femme, ĂȘtre la femme de Dieu, se faire la femme de Dieu. La question du transsexuel qui demande Ă  devenir comme cela, dans le corps, pour (faire) une marque, comme ça, justement, il y aurait une coupure mais qui marche pas. 
Et puis, alors je me demandais justement est-ce que la distinction c’était pas la question de la beautĂ©. Que devient la question de la beautĂ© 
 ?

V. Hasenbalg : Puisque tu parlais de la question de la beautĂ©. Elle ne le fait pas pour ĂȘtre belle.

J.-J. Tyszler  : Bien sĂ»r. Mais j’ai fait exprĂšs de pas parler de la clinique, j’ai fais exprĂšs-lĂ , lĂ  vous l’avez
.non, non, j’ai fait exprĂšs, bien sĂ»r oui, j’ai fait exprĂšs de ne pas parler de la clinique du trans-sexualisme, parce que d’un certain point de vue, Ă  elle seule elle rĂ©alise presque tout le paradigme que j’ai dĂ©pliĂ© pour vous, jusqu’à l’interdiction moderne d’en parler, il faut pas oublier. Aucun de nous qui avions travaillĂ© dans le groupe de Marcel ne s’autorise aujourd’hui, d’ailleurs ce serait impossible. Aucun, parce que nous sommes totalement intimidĂ©s, et en plus hors la loi, si nous avions Ă  dĂ©cliner les mĂȘmes assertions que celles que nous tenions il y a vingt ans ; nĂ©anmoins ces assertions cliniques Ă©videmment n’ont pas changĂ©, mais nous ne le pouvons plus. Donc on voit bien que lĂ  le regard social a totalement forclos la possibilitĂ© mĂȘme de discriminer la finitude de ces questions ; c’est fichu, c‘est terminĂ© pour l’instant. Ça c’est intĂ©ressant, ça c’est moderne, vous voyez. C’est-Ă -dire, on ne dit mĂȘme plus que le trans-sexualisme est une maladie moderne puisque ce n’est mĂȘme plus une maladie. C’est juste un choix, un confort en quelque sorte du citoyen. 
Mais par contre ce qui est intĂ©ressant concernant la question de l’identitĂ© sexuĂ©e, c’est que ce qu’on voit pas bien, Ă  mon sens, ce qu’on avait dĂ©jĂ  essayĂ© de travailler Ă  l’époque, c’est que : le fait de dire, Ă  propos de coupure, je refuse 
..Si on lemet de maniĂšre simple, si on dit : je refuse la coupure du symbole homme-femme. Bon, si on prend ça Ă  un niveau de simplicité ; et bien bizarrement, ça introduit effectivement, Ă  ce moment lĂ , non seulement, enfin
..Ca va introduire une clinique de l’indĂ©termination au sens d’une des variantes du continu. C'est-Ă -dire que vous allez introduire une forme d’idĂ©ologie de la nuance; c'est-Ă -dire de ce qui du coup passe infiniment d’un bord Ă  l’autre des deux coupures que vous allez lĂ  refuser. Et c’est ce qu’on voit dans la clinique aujourd’hui ; c'est-Ă -dire que le tourment des jeunes qui prennent, au sĂ©rieux, parce que c’est ce que je disais dans mon article ; il n’y en a pas beaucoup qui prennent vraiment au sĂ©rieux cette clinique, pour eux-mĂȘmes, si je puis dire. Ca arrive, mais c’est rare ; la plupart du temps c’est des effets de salon, ça n’a aucun intĂ©rĂȘt : le gars il dit qu’il est pour sex and gender, il rentre chez lui, il va voir sa femme et ses mĂŽmes, ça n’a aucune occurrence dans sa vie propre ; ça c’est du pipo ; c’est de l’idĂ©ologie, c’est de l’imaginaire. 
Il y a par contre certains jeunes, moi j’en reçois, surtout des femmes qui s’identifient au combat qui est lĂ  dĂ©signĂ© et qui en font leur truc ; et ce qui m’apparaĂźt intrigant, ce qui m’a toujours intriguĂ© c’est que pour finir, ça les oblige Ă  un travail continu de l’indĂ©termination signifiante, c'est-Ă -dire que quel que soit le lieu oĂč elles se trouvent, d’adresse : au travail, Ă  la maison ou avec les amis, c’est sans arrĂȘt qu’il faut trouver la nuance la plus exacte qui rĂ©pondrait au refus de la dĂ©signation masculine ou fĂ©minine de la langue. Ce qui fait un boulot d’une folie
.et comme je le disais dans mon article qui bizarrement est plus une nĂ©vrose de contrainte
.., c’est-Ă -dire, ça en fait plus des obsĂ©dĂ©es en quelque sorte de la diffĂ©rence des sexes qu’aucun de nous qui ne pensons pas en permanence de savoir sur quel bord nos nous appuyons pour parler .C’est ça qui est intĂ©ressant. Donc curieusement le refus, vous voyez de la division du symbole, crĂ©e une clinique effectivement continuelle. Le souci devient continu. Et ça c’est trĂšs passionnant, en dehors, je dis bien, du cas des grandes psychoses ; on laisse de cotĂ© le cas du trans-sexualisme dur en quelque sorte. Et ce qui est intĂ©ressant aussi
..vous savez, il faudrait raconter un jour dans l’histoire de l’association, quand nous avions
., en fait c’est Marcel. Quand Marcel avait menĂ© le baroud avec Frignet, moi je me rappelle trĂšs bien ; parce que j’ai accompagnĂ© Marcel, enfin tu disais que je prenais souvent mon bĂąton de pĂšlerin.

V. Hasenbalg : Tout à fait

J.-J. Tyszler  : A l’époque on avait pris notre bĂąton de pĂšlerin, on avait circulĂ© beaucoup dans l’association, dans les groupes pĂ©riphĂ©riques, en Europe et les quatre cinquiĂšmes du temps, les collĂšgues nous demandaient : « Mais, de quoi vous vous occupez ? » Ca veut dire : « Pourquoi ça vous emmerde ? C’est la vie ; la vie change. A l’époque on savait ce que c’était hom
maintenant  » Et nos propres collĂšgues nous disaient : «  En quoi ça vous gĂȘne, oĂč est le souci ? » Donc on avait devinĂ© trĂšs tĂŽt que la partie Ă©tait fichue, c'est-Ă -dire que le regard sociĂ©tal sur des questions comme celle-lĂ  allait recouvrir
.et que bientĂŽt notre propos allait ĂȘtre pris totalement Ă  contre-pied, ce qui n’a pas manquĂ© et ce qui fait que Melman,d’ailleurs dans une des  ..je me rappelle, dans une des journĂ©es avait intitulĂ© son propos : Bataille d’arriĂšre garde . Je sais pas si
. C’était drĂŽle, c'est-Ă -dire que effectivement, c’était dĂ©jĂ  trop tard ; mais ça n’a pas empĂȘchĂ©, ceci dit, c’est trĂšs important vous savez, dans la vie de chacun, dans la nĂŽtre, dans la vie de chacun c’est trĂšs important de scander les choses, de prendre date, de dire ce qu’il y avait Ă  dire, de dire nos colĂšres, nos passions, nos amours
., de dire voilĂ , il y a eu Ă  tel moment telle configuration : je pensais qu’il Ă©tait de mon devoir de le dire. Ca plaĂźt, ça plaĂźt pas, « c’est recouvert », mais enfin c’est important pour la vie de chacun. Si vous ne le faites pas, Ă©videmment tout devient indĂ©terminĂ©, comme disait
.c’est une autre forme de l’infini l’indĂ©termination. Mais ça, il faudrait demander un jour Ă  Marcel de reconstituer, pas simplement les enjeux cliniques mais le baroud intellectuel, parce que ça les jeunes collĂšgues vous ne le savez plus, hein, ça a Ă©tĂ© un baroud, moi je me rappelle de Marcel dĂ©fait, aprĂšs une journĂ©e, mais dĂ©fait parce que l’hostilitĂ© des collĂšgues, des analystes ! Marcel me disait : « mais il n’y a que quand je vois quelques juristes que je rencontre un peu de sympathie ; le reste du temps c’est de l’hostilitĂ©, sans arrĂȘt. » Les collĂšgues lui disaient : mais la bienveill
. La neutralitĂ©, Marcel tu l’oublies, l’histoire de Freud, la neutralitĂ© bienveillante. Enfin voilĂ , il faudrait rappeler ça. C’est intĂ©ressant, et Ă  mon sens, c’était dĂ©jĂ  dans notre propre corps social, le nĂŽtre, le mouvement des analystes : le plaisir a des notions qui allaient devenir infinies, indĂ©finies. 

Q x. : Au fond, est-ce qu’il y a vraiment une diffĂ©rence de structure entre les opĂ©rations esthĂ©tiques Ă  rĂ©pĂ©tition et les scarifications, est-ce que ce n’est pas le mĂȘme comptage infini sur le corps de ce qui ne peut pas ĂȘtre tranchĂ© (X, V.H.., J-J.T.).   Iy (intervention) : des scarifications dans quel sens ? 
J.-J. T. : non il parle, 
Qx suite : Je parle lĂ  dĂ©jĂ  d’un autre champs culturel, les jeunes qu’on reçoit dans le champs culturel occidental europĂ©en.

J.-J. Tyszler  : Je vais te dire ça lĂ -dessus. Moi, je suis assez prudent sur ça par exemple j’avais Ă©crit un truc ou deux . LĂ -dessus il faut dire un truc simple : c’est que on ne sait pas nommer exactement le statut Ă©pistĂ©mologique de la scarification – non pas la scarification historique culturelle, mais les jeunes –, les jeunes de quinze ans, tu sais, qui arrivent lĂ , tu sais, bon. Alors il est certain qu’on ne peut pas dire aisĂ©ment c’est un symptĂŽme, en quelque sorte. Pourquoi est-ce que ce n’est pas un symptĂŽme ? Parce qu’on ne peut pas dire que c’est une Ă©quivalence d’une Ă©criture sur le corps portĂ©e par la patiente dont elle puisse effectivement parler. Donc nous allons appeler cela malheureusement - comme nous faisons toujours - un trouble en quelque sorte ou un agir. A mon sens il y a eu une bĂȘtise qui a Ă©tĂ© faite par la nosographie anglo-saxone qui Ă©tait tout de suite d’entifier cette catĂ©gorie, tu sais, ils en ont fait, Ă  peine cette difficultĂ© Ă©tait venue dans le champs social qu’ils l’ont en fait catĂ©goriĂ©e, et ça a Ă©tĂ© instrumentĂ© dans la suite des catĂ©gories cliniques et donc c’est devenu Ă  soi seul une catĂ©gorie comme tel, tu sais, dont il porte une sĂ©rie de noms en anglais trĂšs sophistiquĂ©s. Ce qui est dommage, c’est que de l’expĂ©rience clinique lĂ  que j’ai quand mĂȘme pu accumuler en quelques annĂ©es sur ces questions – parce qu’on voit des jeunes filles comme ça – la plupart du temps et presque la totalitĂ© des cas que j’ai eu au travail, en quelques mois d’inscription dans le transfert, ces agir ont disparu. Hein, donc ça c’est trĂšs important, c’est-Ă -dire nous n’avons donc lĂ  Ă  faire Ă  quelque chose qui a sa rĂ©manence, sa rĂ©currence, forme de durabilitĂ©, y compris parfois des formes Ă©pidĂ©miques, parce que des fois c’est des groupes, parfois pas, mais ce qui est certain, c’est que il semble que la restauration d’un certain rapport Ă  l’Autre , y compris l’Autre du corps, l’Autre du signifiant, fait que ces jeunes filles passent, passent Ă  autre chose, et donc ça je trouvais dommage que nous n’ayons pas dit plus fort qu’ on ne peut pas du coup faire d’une entitĂ© sĂ©parĂ©e, autonome comme une maladie en quelque sorte, quelque chose qui a quand mĂȘme sa plasticitĂ© aussi rapide, tu vois ? Et moi c’est tout –alors çà, il faudra un jour qu’on en parle, et moi c’est tous les cas qui ont Ă©tĂ© comme ça, tous ceux Ă  qui je me suis vraiment intĂ©ressĂ©, les jeunes filles-lĂ  sont restĂ©es assez longtemps, c’était sys
, etça n’a jamais repris, tu vois ?, c’est-Ă -dire je n’ai jamais eu ensuite la rĂ©pĂ©tition des mĂȘmes actes. Donc ça c’est trĂšs intĂ©ressant dans les effets modernes, c’est-Ă -dire
  - V.H. : Elles sont aptes au transfert - J.-J. T. : elles sont totalement aptes au transfert - V.H. : C’est leur aptitude au transfert. Mme x: mais c’est Ă  l’inverse, hors langue – J.-J. T. : alors hors langue, tu veux dire qui travaille sur son propre corps – Mme x: elle avait dit dans un article qu’elle avait commencĂ© ces pratiques corporelles
. Ă  un moment de son analyse dans le transfert oĂč son analyste
, il y a eu quelque chose oĂč son analyste – Mr y : encore faut-il voir quel transfert.
J.-J. Tyszler  : Ah oui
, voilĂ  cela laisse rĂȘveur
, ce qui 
, c’est effectivement intĂ©ressant ça

Q. Mme X :
Je voudrais poser la question de savoir si on peut avancer l’hypothĂšse que l’infini, l’infini hors limite dans cette femme qui se fait faire cette opĂ©ration, elle est dans le hors limite
  Finalement cela ne la soutient pas. Est-ce qu’il n’y a pas,
, est-ce qu’il n’y a pas Ă  se soutenir de « encore une, encore une, encore une », comme le cas par exemple d’un transsexuel qui aprĂšs sa derniĂšre opĂ©ration va se suicider ? Ce cĂŽté C’est une question : est ce que l’infini peut avoir une fonction de soutien, ou de supplĂ©ance ?

J.-J. Tyszler  : Moi, justement je ne soutiendrai pas cette hypothĂšse, vous voyez, bien que je comprenne qu’elle puisse ĂȘtre proposĂ©e, mais ça c’est parce que nous utilisons toujours sur un mode paradoxal simple , les questions    on peut les inverser, ce qui paraĂźtrait fou lĂ  peut ĂȘtre un soutien, on a parlĂ© de la mĂ©taphore dĂ©lirante, par exemple, Lacan en parle beaucoup, etc. C’est-Ă -dire on peut faire d’un dĂ©faut un abri, c’est comme toujours, effectivement. Mais je ne la soutiendrai quand mĂȘme pas cette hypothĂšse. Pourquoi je ne la soutiens pas ? Parce que je pense, Ă  cause de tout ce que je viens de vous amener que dans le monde oĂč nous sommes, nous avons plus d’effort Ă  faire pour retrouver la force des coupures, de nos coupures dans le travail, plutĂŽt que des questions symptomatiques. C’est Ă  cause de cela que je rĂ©pondrai comme ça. Les collĂšgues rĂ©pondent beaucoup au titre des inventions de consistance quand ce n’est pas les rappels Ă  l’ordre tout simplement, enfin on laisse les rappels Ă  l’ordre symbolique de cĂŽtĂ©, ça existe aussi. Mais sinon je m’aperçois que nos collĂšgues Ă  juste titre sĂ»rement essaient de faire comme vous. Ils disent : mais est-ce que nous n’avons pas avec toute chose Ă  faire symptĂŽme en quelque sorte ? , c’est-Ă -dire profiter
, non mais c’est une vraie discussion. 
Moi, je pense que lĂ  il y a lĂ  un dĂ©bat trĂšs important de praxis dans mon propre travail comme je l’ai souvent dit Ă  mes collĂšgues. Ce qui m’intĂ©resse beaucoup plus c’est de forer les questions de l’exigence des coupures. VoilĂ . Et c’est donc, c’est vrai je ne suis jamais enthousiaste sur cet abri
 
Vas-y Henri.

Q : Mme : Peut-ĂȘtre qu’on 
 fore d’une certaine façon quand on est psychanalyste dans nos sociĂ©tĂ©s comme celles d’aujourd’hui
 il me semble que
J.-J. Tyszler  : ça je serai prudent, mas non
 - Mme : tu vois.. - J.-J. Tyszler  : je sais bien, il faut rester local

Henri Cesbron-Laveau : Jean-Jacques merci, ça m’a passionnĂ© trĂšs Ă  propos ton invocation de DĂšsargues parce que prĂ©cisĂ©ment  avec DĂšsargues qui Ă©tait charpentier, partenaire compagnon charpentier, avec DĂšsargues on a un outil qui permet de  structurer l’infini non pas comme quelque chose d’évanescent, quelque chose qui est pris comme ça dans une rĂ©pĂ©tition, mais comme quelque chose qui est articulable sous forme d’un trou. Et de maniĂšre assez simple c’est quelque chose qu’on pourra  Ă  voir  on peut effectivement montrer que le point Ă  l’infini c’est dans la structure le point qui est Ă  la fois devant et derriĂšre, c’est le seul d’ailleurs. Ce sont les mĂȘmes caractĂ©ristiques.
Alors il y a une question que je voulais te poser pour que tu m’éclaires


J.-J. Tyszler  : C’est ça oui, c’est lĂ  trĂšs important, c’est la prĂ©sence de l’infini dans des structures finies.

Henri Cesbron-Laveau : Oui, absolument, c’est un Ă©lĂ©ment de structure. J.-J. Tyszler  : C’est ça.
Eh, oui, que tu m’éclaires sur le deuxiĂšme cas dont tu as parlĂ©, ou le troisiĂšme, cette femme, celle qui disait « tuez-moi » et Ă©videmment, on pourrait entendre le verbe ĂȘtre , hm, « tu es moi », c’est l’interprĂ©tation  classique. Est-ce que tu serais d’accord que lĂ  ce serait tout Ă  fait inappropriĂ© dans la mesure qu’il s’agit de psychose . En revanche, si on avait affaire Ă  un bon nĂ©vrosĂ©, lĂ  on aurait pu dĂ©ployer ce type de structure.

J.-J. Tyszler  : Tu as tout Ă  fait raison, et ce qui est drĂŽle, lĂ , Ă©coute, j’étais avant-hier Ă  Nice,    comme je prĂ©parais le topo pour aujourd’hui, je leur ai amenĂ© comme ça sur un bord un peu de clinique (rire) et Ă  la fin une collĂšgue de Nice que je ne connais pas mais qui me dit mais enfin, quand mĂȘme, vous prenez tout au raz des pĂąquerettes. Elle me dit ça mais enfin le patient   mais enfin pourquoi vous prenez tout sur ce mode aussi bĂ©bĂȘte Ă  la lettre effectivement. Elle me dit  pourquoi par exemple alors elle prend tel morceau Elle me dit vous entendez bien que elle faisait jouer le   . Elle me dit mais enfin Lacan l’a quand mĂȘme dit il fallait là  poĂ©tiser lĂ  tu sais, lĂ  elle me faisait un cours. Bon alors  j’étais un peu embarrassĂ©, je dis Ă©coutez oui, c’est vrai et en mĂȘme temps il est vrai que le malheur c’est que le plus difficile, c’est avec ces patients de l’entendre non pas malheureusement comme le jeu signifiant l’y autoriserait, mais Ă  la lettre.  Ce qui d’ailleurs est Ă©galement, une fois qu’on a dit ça, ça ne rĂ©sout pas le problĂšme, parce que Ă  la lettre, entendre quelqu’un Ă  la lettre, d’habitude aprĂšs dix minutes on renonce, hein, il faut faire attention Ă  cet aspect. C’est-Ă -dire le mĂȘme patient dont je vous parlais, le premier, cette dame lĂ  qui immortelle, qui se, tu sais quand tu Ă©coutes des patients comme ça au bout de dix minutes tu as envie de renoncer, c’est-Ă -dire un aspect libidinal ce n’est pas possible longtemps d’écouter Ă  la lettre parce que tu ne supportes pas l’intrusion de cette forme de l’objet, comme ça Ă  cru, tu vois, c’est pour ça donc, Marcel le dit souvent, techniquement qu’est-ce qui pare Ă  cette difficulté ? La seule chose qui peut parer Ă  cette difficultĂ© c’est de prendre le scripte des choses, tu sais ce qu’on appelait la prise de notes tout simplement. C’est-Ă -dire d’obliger quelqu’un autour Ă  prendre simplement in extenso ce qui se dit. C’est tout bĂȘte, tu vois, tu vois, mais c’est ce qui fait que l’observation
, et mĂȘme les observations que Marcel a utilisĂ©es pour ses grands congrĂšs sur le Cottard, tous ces trucs lĂ ,
. est le fruit d’observations, tu vois, prises Ă  la lettre, c’est-Ă -dire nous nous Ă©tions autour, nous notions in extenso, parce que aucun de nous, y compris Marcel, n’était capable dans l’aprĂšs-coup d’avoir restituĂ©. Et ça il faut le redire, le redire aux collĂšgues, c’est une dimension trĂšs complexe du transfert et de l’échange qui mĂšne aux catĂ©gories et qui les use immĂ©diatement, c’est presque impossible. Je sais plus qui,  c’est pareil, c’est Melman un jour qui avait commencĂ© Ă  lire un jour une page d’Artaud, vous vous rappelez   on Ă©tait Ă©coeurĂ© au bout de cinq minutes, c’est-Ă -dire ce n’est pas possible. Et les collĂšgues en font aprĂšs des (inaudible). En mĂȘme temps quand vous le faites vraiment hic et nunc, c’est insupportable. Donc c’est une, ça c’est intĂ©ressant, lĂ  ça toucherait presque Ă  l’inverse, Ă  notre propre finitude du transfert, c’est-Ă -dire combien nous sommes nous mĂȘmes trĂšs finis, trĂšs limitĂ©s sur les questions de capacitĂ© Ă  l’écoute transfĂ©rentielle, hein, lĂ  ce serait presque l’inverse du thĂšme de l’infini sur la finitude de nos propres possibilitĂ©s. Allez-y, oui.

Q: 
La question est difficilement audible, nous proposons la transcription suivante : 
Une question un peu
 ;  reprenons ce que vous avez dit  lorsque vous avez Ă©voquĂ© Ă  un certain moment de votre confĂ©rence
., le fait que, bon, chez  Schreber, il n’y a pas l’objet pour la jouissance de l’autre, et puis le fait que dans le miroir, cette beautĂ© qui se dĂ©voile, ...  mais qui le met en position vis-Ă -vis de l’infini ; on se demande si ce n’est pas le fait de faire miroir et puis il y a ce reflet toujours infini 
 et il n’y a pas cette adresse vers un objet, peut-ĂȘtre, vers un autre, pardon, qui peut ĂȘtre fini
On retrouve aussi dans le petit exemple des fùces qui deviennent enveloppe qui s‘adressent aussi à un infini en quelque sorte ;.  et la fille qui n’est ni d’Afrique, ni d’Europe qui se retrouve dans cette infinie coupure, c’est pas coupure dans le sens acte mais dans le sens inexistence, c’est un infini comparable à celui de Schreber.

J.-J. Tyszler  : C’est vrai. Mais mĂȘme Schreber en quelque sorte s’adressait Ă  ses mĂ©decins, vous vous rappelez. C’est intĂ©ressant, une fois qu’on a dĂ©fini les grands axes cardinaux des choses, aprĂšs il faut revenir avec une certaine mesure, c’est ce que je disais au dĂ©part, la psychanalyse c’est du tout de suite, c’est du maintenant, c’est une finitude, il faut revenir Ă  des questions humaines, tranquillement. MĂȘme Schreber une fois qu’il dĂ©veloppe en quelque sorte, cette extraordinaire mĂ©tamorphose, il ne faut pas oublier que nĂ©anmoins c’est pour ça que ça reste d’un certain point de vue asymptotique, c’est parce qu’il continue de s’adresser d’abord dans le transfert Ă  tel ou tel de ses mĂ©decins, il le dit trĂšs bien, et mĂȘme comme vous le savez, ses propres Ă©crits totalement fous sont nĂ©anmoins une façon de dialoguer avec sa propre femme par exemple, c’est-Ă -dire une femme, pas La femme, mais une femme, la sienne, ce qui est quand mĂȘme – il faut pas oublier – une forme de l’adresse circonstanciĂ©e, de la diffĂ©rence de l’autre. C’est-Ă -dire dans son tourment, malgrĂ© la folie infinie de ce tourment, Ă  certains moments et par chance pour sa propre
 il dit Ă  une telle qui est lĂ . Et donc le psychotique
, c’est pour ça que c’est important la clinique, la prĂ©sence de la psychanalyse dans la clinique de la psychose, c’est parce que parfois nous paraissons tellement structuralistes que c’est une façon de dire : donc il n’y a rien Ă  faire, en quelque sorte puisque vous avez affaire Ă  des catĂ©gories tellement gigantesques. Mais oui et non, parce que le mĂȘme patient s’adresse nĂ©anmoins comme vous le savez et c’est souvent les patients les plus fidĂšles, les psychotiques, il voudra s’adresser nĂ©anmoins Ă  vous, Ă  une telle, Ă  un tel, et ça c’est trĂšs important Ă  rappeler. Et donc mĂȘme, mĂȘme cette petite patiente   ce qui paraissait positif pour mes collĂšgues, avait quand mĂȘme un rapport assez attachant, attachĂ© Ă  ceux qui s’occupaient d’elle

Q Mme X : Et juste, c’est vraiment quelque chose de, d’une proposition, si cet autre est infini, si le patient peut dire, s’il est complĂštement Ă©clatĂ© si j’ose dire, s’ il y a plusieurs adresses, comme pour Schreber il a eu plusieurs mĂ©decins, 
J.-J. Tyszler  : qui ne sont pas Ă  la mĂȘme place, oui
Mme. : ça permet d’instaurer un transfert
, comment dire ?, un transfert


J.-J. Tyszler  : Non, c’est l’inverse. On peut terminer sur votre phrase, justement c’est l’inverse (
). C’est Ă©ventuellement dans des structures apparaissant totalement Ă©clatĂ©es ou comme dit Darmon hyperboliques, c’est-Ă -dire ils nous font voyager dans des espaces auxquels nous ne pouvons pas  conjoindre nous, le point de l’analyste, sa prĂ©sence, son rĂ©el vient faire converger nĂ©anmoins suffisamment une forme de trou qui permet Ă  ces espaces totalement dĂ©composĂ©s,
Q Mme’ : à lui seul ?
J.-J. Tyszler   bien Ă©videmment Ă  lui seul. Mais moi je suis des psychotiques maintenant depuis 25 ans, je peux vous garantir que, pas Ă  moi seul, parce qu’ils ont un certain nombre d’autres mais nĂ©anmoins  ça fait suture bien entendu de zones qui sinon
.
C’est trĂšs important, il faudrait le reprendre sur un mode inversĂ© votre propos
En tout cas merci beaucoup pour la question

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