Topoésie, conférence de Claude Landman
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Topoésie
Claude Landman
Mathinées lacaniennes, 8 mars 2014
Lorsque Virginia mâa invitĂ© Ă venir parler dans le cadre du cycle de confĂ©rences-dĂ©bats prĂ©paratoire au sĂ©minaire dâĂ©tĂ©, cette annĂ©e Le Sinthome, un titre sâest imposĂ© Ă moi, TopoĂ©sie. Je remercie les responsables des MathinĂ©es lacaniennes dâavoir pensĂ© que ma contribution pourrait constituer, au titre de ce quâils organisent, un apport. Ils en jugeront, vous en jugerez vous-mĂȘmes tout Ă lâheure.
Je vous disais que pour cette confĂ©rence, le mot-valise, le nĂ©ologisme TopoĂ©sie, sâĂ©tait littĂ©ralement imposĂ© Ă moi, au sens oĂč Lacan, dans ce sĂ©minaire, Ă©voque le phĂ©nomĂšne des paroles imposĂ©es, aussi bien pour le cas dâun sujet quâil avait examinĂ© dans le cadre de sa prĂ©sentation de malades et qui se qualifiait de tĂ©lĂ©pathe Ă©metteur, que pour Joyce, quâil sâagisse de la relation  tĂ©lĂ©pathique quâil entretenait avec sa fille Lucia, ou de lâensemble de son Ćuvre :
Il est difficile dans son cas de ne pas Ă©voquer, de ne pas Ă©voquer mon propre patient tel que chez lui ça avait commencĂ©, câest Ă savoir quâĂ lâendroit de la parole, on ne peut pas dire que quelque chose nâĂ©tait pas Ă Joyce imposĂ©. Je veux dire que dans le progrĂšs en quelque sorte continu quâa constituĂ© son art, Ă savoir cette parole, parole qui vient Ă ĂȘtre Ă©crite, de la briser, de la dĂ©mantibuler, de faire quâĂ la fin ce qui, Ă le lire, paraĂźt un progrĂšs continu ; depuis lâeffort quâil faisait dans ses premiers Ă©crits critiques, puis ensuite, dans le Portrait de lâArtiste, et enfin dans Ulysses pour terminer par Finnegans wake ; il est difficile de ne pas voir quâun certain rapport Ă la parole lui est de plus en plus imposĂ©, imposĂ© au point quâil finit par dissoudre le langage mĂȘme , comme lâa fort bien notĂ© Philippe Sollers, je vous ai dit ça au dĂ©but de lâannĂ©e, imposer au langage mĂȘme une sorte de brisure, de dĂ©composition qui fait que il nây a plus dâidentitĂ© phonatoire.
Sans doute y a-t-il lĂ une rĂ©flexion au niveau de lâĂ©criture. Je veux dire que câest par lâintermĂ©diaire de lâĂ©criture que la parole se dĂ©compose en sâimposant.
Et Lacan ajoute tout de suite ceci qui me paraĂźt trĂšs important en vue de ce que je souhaite essayer de vous dire aujourdâhui concernant le statut de lâinterprĂ©tation psychanalytique :
En sâimposant comme telle, Ă savoir dans une dĂ©formation dont reste ambigu de savoir si câest de se libĂ©rer du parasite, du parasite parolier dont je parlais tout Ă lâheure, quâil sâagit, ou au contraire de quelque chose qui se laisse envahir par les propriĂ©tĂ©s essentiellement phonĂ©miques de la parole, par la polyphonie de la parole.
Pour ce qui concerne le nĂ©ologisme TopoĂ©sie, tel quâil sâest imposĂ© Ă moi, il me semble quâil relĂšve, pour ce que jâai pu en repĂ©rer, dâune triple dĂ©termination.
La premiĂšre, par identification ou en hommage Ă Joyce et à la lecture plus que lacunaire, au point oĂč jâen suis, que jâai faite de ses Ă©crits. Mais la lecture de Finnegans Wake, avec la pullulation des nĂ©ologismes et mots-valises aux interprĂ©tations multiples et emboĂźtĂ©es quâil contient, ne reste-t-elle pas toujours lacunaire ? Une autre question mĂ©rite dâĂȘtre posĂ©e Ă propos de Finnegans Wake : celle de savoir si ce texte possĂšde ou pas, une dimension poĂ©tique ? Si lâon sâen tient avec Lacan, Ă poser que la poĂ©sie se fonde, comme le Witz et lâinterprĂ©tation psychanalytique, sur le sens double du signifiant, supportĂ© par lâĂ©criture du S2, S indice 2, il paraĂźt possible de rĂ©pondre par lâaffirmative, dâautant que les allitĂ©rations et les assonances parsĂšment lâensemble du texte. Il suffit pour sâen convaincre de sâen tenir par exemple Ă la derniĂšre phrase du livre qui comme vous le savez, se continue avec la premiĂšre :
A way a lone a last a loved a long the (fin du livre)
riverrun, past Eve and Adamâs, from swerve of shore to bend of bay, brings us by a commodius vicus of recirculation back to Howth Castle and Environs. (dĂ©but du livre)
Je nâessaierai pas de vous traduire cette phrase, mais vous entendez facilement les double sens, les allitĂ©rations et les assonances. Ainsi riverrun sâentend-il comme la riviĂšre qui court, qui coule, qui coule Ă Dublin, la Liffey, et qui passe devant lâĂ©glise Adam et Ăve, mais Ă©galement comme la riviĂšre des runes, en rĂ©fĂ©rence Ă lâalphabet celtique, câest-Ă -dire la riviĂšre de lâĂ©criture. Riverrun assone aussi avec reverend en anglais, rĂ©vĂ©rend. La difficultĂ© quâil y a nĂ©anmoins Ă accorder au texte joycien une dimension poĂ©tique est que les effets de sens quâil produit ne nous affectent pas, ils ne consonnent pas, ils ne rĂ©sonnent pas, le corps nây est pas sensible. Alors que câest le cas lorsque vous entendez par exemple le dĂ©but du poĂšme dâApollinaire qui se trouve dans Alcools, Le pont Mirabeau :
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il quâil mâen souvienne
La joie venait toujours aprĂšs la peine
Je vous renvoie sur ce point Ă un article que vous trouverez sur le site de lâA.L.I, intitulĂ© Lâacte poĂ©tique et le nĆud borromĂ©en, dĂ» Ă notre regrettĂ©e collĂšgue et amie JosĂ©e LapeyrĂšre, que certains ici ont connu et qui a publiĂ© plusieurs recueils de poĂ©sie. Elle y montre notamment comment il suffit dâune simple inversion de la position des trois segments signifiants que sont le sujet, le verbe et le complĂ©ment, pour passer de la phrase, La Seine coule sous le pont Mirabeau, ayant seulement une signification, phrase informative, emploi Ă©lĂ©mentaire du discours qui dessert lâuniversel reportage, ainsi que le souligne MallarmĂ© dans Crise de vers pour dĂ©signer ce quâil appelle le premier Ă©tat de la parole, brut, immĂ©diat, comparable Ă une monnaie usĂ©e qui se passe de main en main ; passage donc de la phrase La Seine coule sous le pont Mirabeau, Ă la phrase Sous le pont Mirabeau coule la Seine, qui produit un effet de sens, appelle la suite du poĂšme et constitue le second Ă©tat de la parole que MallarmĂ© dĂ©signe comme essentiel.
Il serait Ă cet Ă©gard intĂ©ressant et instructif de comparer la thĂ©orie esthĂ©tique de MallarmĂ© avec celle de Joyce, qui sâopposent nettement, en particulier sur la place accordĂ©e au rĂ©fĂ©rent dans le mĂ©canisme de transposition poĂ©tique dâun fait de nature ou dâun objet quelconque. Je nâaurai pas le temps de dĂ©velopper ce point mais je vous fais juste remarquer que chez MallarmĂ©, dans lâacte de transposition poĂ©tique, le rĂ©fĂ©rent disparaĂźt :
Je dis : une fleur ! et, hors de lâoubli oĂč ma voix relĂšgue aucun contour, en tant que quelque chose dâautre que les calices sus, musicalement se lĂšve, idĂ©e mĂȘme et suave, lâabsente de tous bouquets.
Alors que Joyce prend appui sur Thomas dâAquin, pour dĂ©velopper dans Stephen le HĂ©ros et Portrait de lâArtiste en jeune homme, une toute autre conception du rĂ©fĂ©rent. En effet, le troisiĂšme Ă©tat de lâapprĂ©hension esthĂ©tique de lâobjet, sa Claritas, son rayonnement, son Ă©clat, et il prend en exemple, sur le versant du regard, des objets triviaux, lâhorloge dâun bĂątiment, un simple panier, mais cela peut ĂȘtre, du cĂŽtĂ© de la voix, une conversation banale entendue dans la rue. Ainsi, lâĂ©clat de lâobjet, loin dâĂȘtre rapportĂ© Ă une lumiĂšre venue dâun autre monde, Ă la marque du divin, constitue sa quidditĂ©, son essence, la chose quâil est. Ainsi, dans Stephen le HĂ©ros, je cite, câest Ă la page 513 et 514 dans La PlĂ«iade :
Passons Ă la troisiĂšme qualitĂ©. Jâai mis longtemps Ă comprendre ce que Thomas dâAquin voulait dire. Il emploie ici (chose rare de sa part), un mot au sens figurĂ©. Mais jâai dĂ©chiffrĂ© lâexpression Claritas, câest quidditas. AprĂšs lâanalyse qui dĂ©voile la deuxiĂšme qualitĂ©, lâesprit Ă©tablit la seule synthĂšse logiquement possible et dĂ©couvre la troisiĂšme qualitĂ©. Câest lâinstant que jâappelle Ă©piphanie. Nous reconnaissons dâabord que lâobjet est une chose intĂ©grale (Integritas, intĂ©gritĂ©) ; nous reconnaissons ensuite quâil prĂ©sente une structure composite et organisĂ©e (Consonantia, symĂ©trie), quâil est, effectivement, une chose : enfin, lorsque les rapports entre ses parties sont bien Ă©tablis, lorsque les dĂ©tails sont conformes Ă lâintention particuliĂšre, nous reconnaissons que cet objet est la chose quâil est. Son Ăąme, sa quidditĂ© se dĂ©gage dâun bond devant nous du vĂȘtement de son apparence. LâĂąme de lâobjet dont la structure est ainsi mise au point prend un rayonnement Ă nos yeux. Lâobjet accomplit son Ă©piphanie.
Mallarmé quant à lui, insisterait plutÎt sur la Consonantia, la consonance, sur ce qui consonne au sens du sonore, du signifiant, de la parole. Toujours dans Crise de vers :
Ă quoi bon la merveille de transposer un fait de nature en sa presque disparition vibratoire selon le jeu de la parole, cependant ; si ce nâest pour quâen Ă©mane, sans la gĂȘne dâun proche ou concret rappel, la notion pure.
Autrement dit, si nous nous rĂ©fĂ©rons Ă nos trois catĂ©gories, R,S,I, nous pourrions considĂ©rer que lâart de MallarmĂ© et de la poĂ©sie en gĂ©nĂ©ral consiste Ă imaginer le symbolique, alors que celui de Joyce viserait Ă rĂ©aliser le symbolique. Le symbolique inclus dans le rĂ©el, le rĂ©ellement symbolique, câest ce que Lacan appelle le mensonge, mais câest Ă©galement la place de la corne du symptĂŽme dans le nĆud borromĂ©en. Alors que ce qui imagine le symbolique, lâimaginairement symbolique est ce qui dĂ©finit pour Lacan, la poĂ©sie. PoĂ©sie qui serait alors homologue Ă lâinhibition. LâimpossibilitĂ© dâachever ce qui aurait Ă©tĂ© Le Livre chez MallarmĂ© et les accĂšs dâaboulie chez Baudelaire iraient plutĂŽt dans ce sens. Alors que Joyce, mĂȘme sâil lui a fallu 17 ans, a rĂ©ussi Ă publier Finnegans Wake. Tout ce que jâavance lĂ se prĂȘte Ă©videmment Ă la discussion.
La deuxiĂšme dĂ©termination Ă lâorigine du mot forgĂ© de topoĂ©sie, me semble pouvoir ĂȘtre mise en rapport avec la difficultĂ© que nous avons rencontrĂ©e, justement, pour situer de maniĂšre prĂ©cise, dans le cadre de mon sĂ©minaire de cette annĂ©e: Ătudes sur la fonction du signifiant et de la lettre en psychanalyse, la distinction entre la signification et le sens. DifficultĂ© qui nous a conduit, en nous appuyant notamment sur le recueil de textes de Jakobson intitulĂ© Questions de PoĂ©tique et sur le fameux texte de MallarmĂ© que je viens de citer, Crise de vers, Ă travailler certaines poĂ©sies, de Baudelaire, de Pouchkine et dâApollinaire en particulier. Cette orientation du travail du sĂ©minaire, la rĂ©fĂ©rence au tour de force que constitue la violence faite Ă lâusage de la langue par le poĂšte, qui comme le souligne Lacan aprĂšs Freud, prĂ©cĂšde toujours le psychanalyste qui a Ă en apprendre, cette orientation donc du travail est Ă mettre en rapport avec la question suivante : quelles sont les consĂ©quences sur la fonction du signifiant et de la lettre en psychanalyse, de leur relation, si lâon sâen tient Ă ce que Lacan avance dans la leçon du 11 mai 1976 ? Je cite :
Une Ă©criture, donc, est un faire qui donne support Ă la pensĂ©e. Ă vrai dire, le nĆud bo en question change complĂštement le sens de lâĂ©criture.
Ăa donne â Ă la dite Ă©criture â ça donne une autonomie.
Et câest une autonomie dâautant plus remarquable quâil y a une autre Ă©criture qui est celle sur laquelle Derrida a insistĂ©, câest Ă savoir celle qui rĂ©sulte de ce quâon pourrait appeler une prĂ©cipitation du signifiant ; Derrida a insistĂ©, mais il est tout Ă fait clair que je lui ai montrĂ© la voie, parce que le fait que je nâai pas trouvĂ© dâautre façon de supporter le signifiant que de lâĂ©crire grand S, est dĂ©jĂ une suffisante indication.
Mais ce qui reste, ajoute Lacan, câest que le signifiant, câest-Ă -dire ce qui se module dans la voix, nâa rien Ă faire avec lâĂ©criture.
Câest en tout cas ce que dĂ©montre parfaitement mon nĆud bo. Ăa change le sens de lâĂ©criture.
Comment entendre ce changement du sens de lâĂ©criture quâĂ©voque Lacan ? LĂ non plus, je nâaurai pas le temps de dĂ©velopper suffisamment mon propos, mais il me semble nĂ©cessaire, afin de tenter dâapprĂ©hender ce changement de sens de lâĂ©criture que produit le nĆud borromĂ©en, de prendre en compte une dimension qui est celle de la temporalitĂ©. Je distinguerai schĂ©matiquement trois Ă©tapes.
La premiĂšre Ă©tape est celle de la mise en circulation de la lettre alphabĂ©tique cursive et de son point dâaboutissement : lâalphabet latin. Sans la lettre alphabĂ©tique latine, aucune Ă©criture logico-mathĂ©matique nâaurait pu voir le jour.
La deuxiĂšme Ă©tape consisterait dans la subversion de la fonction de la lettre et de son usage mathĂ©matique, lorsquâelle opĂšre, grĂące Ă Lacan, dans le registre du discours analytique, sous la forme de lâĂ©criture de mathĂšmes qui lui sont propres. Cette Ă©criture met en effet en Ă©vidence un rĂ©el qui Ă©tait jusque lĂ mĂ©connu et mĂȘme forclos par lâĂ©criture logico- mathĂ©matique : lâimpossibilitĂ© dâĂ©crire le rapport sexuel. ImpossibilitĂ© dâĂ©crire le rapport sexuel qui rend compte, entre autres, des fameux paradoxes de Russell et de la vĂ©ritĂ© qui sous-tend le thĂ©orĂšme de Gödel. Freud a bien entendu Ă©tĂ© le premier Ă approcher cette impossibilitĂ©, mais Ă sâen tenir Ă la seule dimension du concept, il nâa pas Ă©tĂ© en mesure de la formuler rigoureusement. Ainsi, pour ne prendre quâun seul exemple, qui se trouve dans le sĂ©minaire Encore, Lacan nous dit que son Ă©criture de la lettre Ï se distingue, je cite :
de la fonction seulement signifiante qui se promeut dans la théorie analytique, du terme de phallus.
Jâai avancĂ© Ï comme constituant quelque chose dâoriginal, quelque chose que je spĂ©cifie, ici aujourdâhui, dâĂȘtre prĂ©cisĂ© dans son relief par lâĂ©crit mĂȘme.
La troisiĂšme Ă©tape, lâĂ©criture du nĆud borromĂ©en, serait peut-ĂȘtre ce qui permettrait de faire un pas de plus par rapport Ă lâĂ©criture des mathĂšmes. Cette derniĂšre montre bien en effet que lâinconsistance de toute suite logico-mathĂ©matique tient Ă lâimpossibilitĂ© dâĂ©crire le rapport sexuel, alors que le nĆud borromĂ©en donnerait sa place, dans son Ă©criture mĂȘme, Ă ce rĂ©el du non-rapport sexuel et permettrait ainsi de dĂ©placer lâagencement du symptĂŽme qui est Ă©minemment liĂ© au Nom-du-PĂšre, voire mĂȘme de lâĂ©teindre.
Enfin, la troisiĂšme dĂ©termination qui me paraĂźt avoir produit le nĂ©ologisme imposĂ©, TopoĂ©sie, est intimement liĂ©e aux deux prĂ©cĂ©dentes, puisquâelle se rapporte Ă la tentative de prendre en compte les consĂ©quences de la topologie du nĆud borromĂ©en, sur le statut de lâinterprĂ©tation psychanalytique. Je ferai rapidement Ă©tat de la façon dont Lacan aborde le statut topologique de lâinterprĂ©tation dans Le Sinthome, me contentant dâĂ©voquer lâinsistance qui est la sienne, dans le sĂ©minaire qui suit : Lâinsu que sait de lâune-bĂ©vue sâaile Ă mourre, Ă considĂ©rer, Ă considĂ©rer quâil nây a que la poĂ©sie qui permette lâinterprĂ©tation. Mais ce, Ă condition, nous dit-il, que la dimension poĂ©tique de lâinterprĂ©tation ait non seulement un effet de sens, mais Ă©galement un effet de trou. Double effet dont il rend compte par une dĂ©monstration topologique difficile fondĂ©e sur le trouage dâun tore et de son complĂ©mentaire. Nous aurons certainement lâoccasion de dĂ©velopper cette dĂ©monstration si nous mettons ce sĂ©minaire Ă lâĂ©tude pour lâĂ©tĂ© 2015.
Jâen viens donc maintenant au sĂ©minaire Le Sinthome, dans lequel jâisolerai le passage oĂč Lacan tente de rendre compte des effets possibles sur le symptĂŽme, Ă partir dâune double Ă©pissure, dâune double mise en continuitĂ© sur le nĆud Ă trois, produite par la coupure de lâinterprĂ©tation. La premiĂšre Ă©pissure met en continuitĂ© lâimaginaire et le symbolique. La coupure de lâinterprĂ©tation interviendrait sur le champ de recouvrement de lâimaginaire par le symbolique, sur le champ du sens. La seconde Ă©pissure, consĂ©quence de la coupure interprĂ©tative, produirait la mise en continuitĂ© du rĂ©el et du symbolique, au niveau donc de la jouissance phallique. Câest Ă la page 83 de notre Ă©dition, oĂč Lacan nous dit ceci :
Il faut bien que nous fassions quelque part le nĆud, le nĆud de lâImaginaire et du savoir inconscient, que nous fassions ici quelque part, une Ă©pissure. Tout ça pour obtenir un sens, ce qui est lâobjet de la rĂ©ponse de lâanalyste Ă lâexposĂ©, par lâanalysant, tout au long de son symptĂŽme.
Quand nous faisons cette Ă©pissure, nous en faisons du mĂȘme coup une autre, celle ici, entre prĂ©cisĂ©ment ce qui est symptĂŽme et le RĂ©el, câest-Ă -dire que par quelque cĂŽtĂ©, nous lui apprenons Ă Ă©pisser, avec deux s, Ă faire Ă©pissure entre son sinthome et le RĂ©el parasite de la jouissance ; et ce qui est caractĂ©ristique de notre opĂ©ration, rendre cette jouissance possible, câest la mĂȘme chose que ce que jâĂ©crirai jâouĂŻs-sens. Câest la mĂȘme chose que dâouĂŻr un sens.
Câest de suture et dâĂ©pissure quâil sâagit dans lâanalyse. Mais il faut dire que les instances, nous devons les considĂ©rer comme sĂ©parĂ©s rĂ©ellement : Imaginaire, Symbolique et RĂ©el ne se confondent pas.
Trouver un sens implique de savoir quel est le nĆud, et de bien le rabouter grĂące Ă un artifice.
Dans la transcription officielle du sĂ©minaire, ainsi que dans une autre transcription de bonne qualitĂ©, les deux Ă©pissures sont indiquĂ©es sur le nĆud borromĂ©en Ă trois lĂ©vogyre, câest-Ă -dire habituel, par deux cercles, comme vous pouvez le constater sur le schĂ©ma 1. Ces Ă©pissures interviendraient chacune, selon la terminologie que Jean Brini utilise dans 12 façons de mettre en continuitĂ© 2 consistances, Ă la pĂ©riphĂ©rie du nĆud. Il existe dĂšs lors, selon que lâĂ©pissure sâopĂšre de façon tangentielle ou radiale, deux possibilitĂ©s dâĂ©crire le rĂ©sultat obtenu. Toujours selon la terminologie utilisĂ©e par Jean, elles peuvent ĂȘtre notĂ©es respectivement :
SI â P â T + RS â P â T, schĂ©ma 2
SI â P â R + RS â P â R, schĂ©ma 3
Nous pouvons vĂ©rifier que seul le schĂ©ma 2 donne Ă la fois du sens et permettrait que le symptĂŽme se dissolve dans la grande aire figurĂ©e sur le schĂ©ma 4 et constituĂ©e par la mise en continuitĂ© du RĂ©el avec le Symbolique et du Symbolique avec lâImaginaire. Dans le schĂ©ma 3 en effet, le sens et la jouissance phallique se vident et disparaissent du nĆud.
Dans le sĂ©minaire LâinsuâŠ, Lacan reviendra sur les effets de lâinterprĂ©tation, en dĂ©plorant quâil nâarrive plus Ă la faire tenir dans sa pratique. Et il avance que câest parce quâil nâest pas assez poĂšte pour cela, pas pouĂąte assez.
Heidegger, en 1947, dans un texte intitulĂ© LâexpĂ©rience de la pensĂ©e, qui sâappuie sur la poĂ©sie de Hölderlin, Ă©crit ceci qui nâest pas trĂšs Ă©loignĂ© du nĂ©ologisme TopoĂ©sie :
Mais la poĂ©sie qui pense est en vĂ©ritĂ© la topologie de lâĂtre
Ă celui-ci elle dit le lieu oĂč elle se dĂ©ploie
Mais avec son pas pouĂąte assez, Lacan se rĂ©fĂšrera plutĂŽt Ă LĂ©on-Paul Fargue,au poĂšme intitulĂ© Lâair du poĂšte, paru en 1943 et qui sera mis en musique par Erik Satie et chantĂ©e par plusieurs sopranes :
Au pays de Papouasie
Jâai caressĂ© la PouasieâŠ
La grĂące que je vous souhaite
Câest de nâĂȘtre pas PapouĂšte
Ăcoutez voilĂ , je ne suis pas sĂ»r du tout de ce que jâai avancĂ© ce matin, jâai peut-ĂȘtre commis des erreurs et je vous donne la parole pour des questions des remarques ou des corrections topologiques qui permettront, je lâespĂšre, dâengager la discussion.
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