Questions sur l'espace lacanien, texte de Bernard Vandermersch
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Conférence à Ste-Anne (1-12-2010) de Bernard Vandermersch
Questions sur lâespace lacanien
Que se passe-t-il quand on admet le rĂ©el au titre dâune dimension du sujet Ă©quivalente aux deux autres (S et I) ?
Introduction
Nous sommes, dit Lacan, des ĂȘtres Ă deux dimensions.
Tout ce quâa pu penser lâĂȘtre humain, qui fait sens pour lui, peut tenir sur des surfaces imprimĂ©es et le cinĂ©ma nâa apparemment pas besoin de la 3Ăšme dimension pour produire son effet de vĂ©ritĂ©.
Pourquoi alors une troisiÚme ?
On la suppose en raison du constat que quelque chose semble arrĂȘter la dĂ©rive du sens, soit du signifiĂ© sous le signifiant [Ă un son semble correspondre une idĂ©e, bien quâil nây ait aucun rapport entre les deux] quelque chose dâirrĂ©ductible au mot et Ă lâimage. Cette troisiĂšme dimension ne peut ĂȘtre que supposĂ©e.
Il nâest donc pas simple de prĂ©senter la dimension du rĂ©el : nous lâimaginons, nous en parlons mais en fait nous ne lâattrapons que par dâautres modes que le sien propre (lâimpossible) et du mĂȘme coup on le rate. Quelle est donc la structure de lâespace que nous habitons rĂ©ellement ? Il conviendrait de prĂ©ciser la topologie de ce lieudit RĂ©el.
Pour le prĂ©senter, Lacan invente une nouvelle gĂ©omĂ©trie qui confĂšre Ă ce rĂ©el une existence propre tout en lui laissant son Ă©quivoque de signifiant quâil est⊠aussi. Il lâintroduit dans la prĂ©sentation. DĂšs lors la figure produite nâest pas un modĂšle, lâimage, correspondant bi-univoque dâun objet rĂ©el, mais ce qui rĂ©sulte dâintroduire le rĂ©el lui-mĂȘme dans la prĂ©sentation. Ce qui est un forçage logique. Ma question est : quâest-ce qui va rĂ©sulter de ce forçage ?
Auparavant un point dâhistorique des prĂ©sentations successives du rĂ©el.
Historique.
On peut dire que Lacan sâest mis ici dans la consĂ©quence de son propre dire. Cela fait plus de 20 ans, quand il produit le nĆud borromĂ©en, quâil a donnĂ© une confĂ©rence intitulĂ©e Le symbolique, lâimaginaire et le rĂ©el, oĂč (les) trois dimensions de toute subjectivitĂ© semblent mises en Ă©quivalence (quoique liĂ©es deux Ă deux).
- Dans Les Ecrits techniques (sĂ©minaire I) il y a cette intuition : « Ce nâest sans doute pas pour rien quâelles sont trois [ces dimensions], il doit y avoir lĂ une loi minimale que la gĂ©omĂ©trie ne fait ici quâincarner, Ă savoir que, si vous dĂ©tachez dans le plan du rĂ©el quelque volet qui sâintroduit dans une troisiĂšme dimension, vous ne pouvez rien faire de solide quâavec deux autres volets au minimum » (citĂ© par M. Darmon) On pourrait faire des boĂźtes en carton avec trois volets. Cette note donne dĂ©jĂ la forme du coincement de trois consistances dans un espace 3D. La figure dessinĂ©e par le croisement de ces trois volets, câest la figure du triskel.
- Dans La Relation dâobjet, le tableau des trois manques du sujet: privation, frustration, castration, met cĂŽte Ă cĂŽte trois colonnes : agent, opĂ©ration, objet, combinĂ©es avec les trois dimensions RSI de telle façon que dans la privation lâagent est symbolique, lâopĂ©ration rĂ©elle et lâobjet imaginaire ; dans la frustration, lâagent sera symbolique, lâopĂ©ration imaginaire et lâobjet rĂ©el et enfin dans la castration, lâagent sera rĂ©el, lâopĂ©ration symbolique, lâobjet imaginaire. Si on considĂšre chacune des dimensions comme une corde et, Ă condition de les croiser correctement, ce tableau peut se lire comme une tresse, soit un nĆud borromĂ©en dont les ronds ont Ă©tĂ© remplacĂ©s par des cordes infinies.
Agent Opération Objet
Privation I R S
Frustration S I R
Castration R S I
I R S
Fig.2
- Pourtant dans le schĂ©ma R, plus tardif, celui du fantasme, R nâa pas la mĂȘme texture que S et I. R est une coupure dans le tissu que font S et I. Il est vrai que cette coupure est une bande möebienne, donc Ă©galement une surface, mais pas du mĂȘme type que le biface SI. Le combinĂ© S et I est en fait un disque, donc topologiquement ce nâest pas le mĂȘme objet. Pendant une longue pĂ©riode de son enseignement, la topologie retenue sera celle des surfaces, le rĂ©el Ă©tant dĂ©fini comme coupures dans ces surfaces ou plus exactement ce qui contraint ces coupures : leur variĂ©tĂ©, leur nombre possible, leur rĂ©sultat sur la surface etc.
- Câest dans le sĂ©minaire ⊠ou pire que Lacan fait part de sa rencontre, par hasard, comme il dit quâun homme rencontre une femme, du nĆud borromĂ©en. Rencontre assez dĂ©cisive en ce qui le concerne, puisque il va finir sans sâen sortir. Et bizarrement, il ne lâutilise pas dâemblĂ©e comme support de RSI mais comme le mode de relations des signifiants dans une phrase Ă vrai dire bien spĂ©ciale : Je te demande de refuser ce que je tâoffre parce que câest pas ça. Vous avez un article de Cyril Veken sur cette phrase, oĂč vous voyez dĂ©cliner en fait la demande etc., donc symbolique, imaginaire, rĂ©elle.
Quelques remarques sur la gĂ©omĂ©trie de lâespace lacanien.
Lâintuition du nĆud borromĂ©en RSI amĂšne Lacan Ă produire une nouvelle gĂ©omĂ©trie. Lacan critique le mos geometricum et en propose un autre. « Dans « ma » gĂ©omĂ©trie, dit-il, les points ne se dĂ©terminent pas par coupure mais par coincement. Ma gĂ©omĂ©trie part dâune autre façon dâopĂ©rer avec lâespace que nous habitons rĂ©ellement⊠si lâinconscient existe ». Vous comprenez pourquoi il dit « rĂ©ellement ». Câest parce que le sujet nâest pas le corps qui se promĂšne dans lâespace..., le sujet ek-siste Ă notre corps : « jâai un corps », habeas corpus, tu en as un aussi, enfin je te lâaccorde ! Le sujet ek-siste Ă son corps, il ek-siste aussi au langage, quoique le langage le dĂ©termine, parce que entre le signifiant et le sujet, il nây a aucune mĂ©diation : un signifiant reprĂ©sente un sujet pour un autre signifiant veut dire quâentre le signifiant et le sujet, il nây a strictement rien. Câest donc bien plus de lâespace du langage dont il est question, quand on dit ce que nous habitons rĂ©ellement en tant que sujet.
Cette nouvelle géométrie de Lacan repose sur quelques axiomes fondamentaux plus ou moins explicites :
- une nouvelle dĂ©finition du point. Dans la gĂ©omĂ©trie traditionnelle, un espace peut se dĂ©finir par coupure dâun espace de dimension supĂ©rieure. Si vous coupez une pomme en deux, vous avez une surface ; vous coupez cette demi pomme en deux, vous avez un tranchant ; vous coupez le quart de pomme encore en deux, vous avez une pointe. Ainsi le point est le rĂ©sultat de trois sections successives dans un objet volumineux : la premiĂšre engendre une surface ; la seconde, dans cette surface, engendre une ligne ; la troisiĂšme, sur cette ligne, engendre un point. Donc 3 opĂ©rations successives et ordonnĂ©es.
Dans la gĂ©omĂ©trie lacanienne, le point est le rĂ©sultat immĂ©diat dâun coincement de trois cordes, chacune consistante (i.e. qui ne se laisse pas faire) et supportant une dimension en tout point (si je puis dire) Ă©quivalente aux deux autres. Câest un point trĂšs particulier. Le point « lacanien » nâest pas dans lâespace puisquâil ex-siste (se tient en dehors) de chacune des dimensions, il est coincĂ© par les dimensions mais il nâest pas dedans, ce nâest pas un morceau dâune dimension, ni la coupure. Il nâest en effet situable ni sur une corde ni comme coupure dâune corde. Vous pouvez couper le sifflet Ă quelquâun ! au sens symbolique. Ce nâest pas ça le point du sujet. Par un point lacanien ne passe aucune dimension lacanienne (alors que dans la gĂ©omĂ©trie traditionnelle si un point se dĂ©finit de la dimension 0, par lui passent une infinitĂ© dâespaces de dimensions supĂ©rieures : lignes, surfaces, volumes).
Dans lâespace borromĂ©en (nĆud borromĂ©en) Ă trois cordes il nây a donc que quatre points diffĂ©rents. Enfin, dans le nĆud borromĂ©en Ă trois. MĂȘme si vous le tordez comme ça, vous avez quatre points minimum de tiraillements. Et pas plus que quatre dans le nĆud borromĂ©en Ă trois.
Fig. 3
- Les trois dimensions de « son » espace (de lâespace lacanien) ne se confondent pas, dit-il, avec les trois dimensions de lâespace dĂ©terminĂ© par les coordonnĂ©es cartĂ©siennes. Les coordonnĂ©es cartĂ©siennes sont « idĂ©ales », en ceci quâelles sont sans Ă©paisseur, sans consistance, mais les dimensions de Lacan, elles, sont « consistantes », i.e. ni traversables par elles-mĂȘmes, ni par une autre dimension (corde). Câest dire quâelles ne se distinguent pas par leur orientation, par lâangle respectif quâelles font entre elles, mais par leur ex-sistence, par le fait que lâune nâest pas lâautre. Elles sont prĂ©sentĂ©es comme des cordes fermĂ©es, des tores pleins â un tore plein, ce nâest pas un tore surface, câest un tore rempli de matiĂšre, i.e. qui est rĂ©ductible Ă un cercle, soit Ă une dimension ; si je sectionne un tore surface, jâobtiens une tranche qui est un cercle ; aussi mince que soit ce tore, jâobtiendrai toujours une tranche en forme de cercle. Un cercle est irrĂ©ductible Ă un point. Tandis que si câest un tore volume, un tore plein (B. V. dessine un tore plein au tableau), je peux rĂ©duire son Ă©paisseur, tout en ne dĂ©chirant rien, jusquâĂ ce que sa tranche se rĂ©duise Ă un point. Donc les cordes du nĆud borromĂ©en, ne sont pas des tores surfaces, ce sont des tores pleins. Il y a dâailleurs ici quelques difficultĂ©s que je soulĂšverai tout Ă lâheure. Enfin, elles sont rĂ©ductibles topologiquement Ă des cercles sans Ă©paisseur, ce qui ne veut pas dire quâelles se laissent traverser pour autant. Il nây a jamais deux points lâun sur lâautre dans la gĂ©omĂ©trie lacanienne. Les points ex-sistent aussi les uns aux autres, tandis que dans la gĂ©omĂ©trie traditionnelle, rien nâempĂȘche que deux points soient au mĂȘme endroit, se confondent.
- La chaĂźne formĂ©e par ces trois cordes fermĂ©es sur elles-mĂȘmes, constitue un espace qui est lui-mĂȘme plongĂ© ou immergĂ© dans un autre espace. Cet espace, dans Les non-dupes errent, par exemple, nâest pas toujours le mĂȘme :
- Quand Lacan opĂšre une lecture du nĆud mis Ă plat, câest-Ă -dire lui confĂšre un statut dâĂ©criture, cet espace dâimmersion est un plan, câest le plan du tableau. Lâimmersion se distingue du plongement en ceci que dans une immersion on tolĂšre que 2 points soient au mĂȘme endroit ; je suis en contradiction avec ce que je dis de la gĂ©omĂ©trie lacanienne, dans cette gĂ©omĂ©trie lacanienne 2 points ne peuvent pas ĂȘtre au mĂȘme endroit, mais quand mĂȘme Lacan sâen sert, il Ă©crit sur la feuille de papier, et pour marquer quâil y en a un au-dessus de lâautre, il interrompt le trait. Câest une Ă©criture. Pour figurer quâune corde passe sous une autre, il existe une convention dâĂ©criture comparable au dessin que lâon fait dâun cube sur une feuille de papier : on interrompt le trait.
INCLUDEPICTURE "http://www.latroika.com/mathoman/pix/cubes-2.jpg" \* MERGEFORMAT
Fig. 4
Peut-on dire alors quâil est immergĂ© dans le plan ou pas ? Nâest-ce pas plutĂŽt une projection sur un plan ?
Les cordes dessinent dans ce plan des champs qui peuvent se resserrer en points lacaniens. Sens, JΊ, JA et a sont les noms de ces points. Ce sont les sites du sujet.
- Quand Lacan exerce sur cette chaĂźne borromĂ©enne certaines manipulations (comme retourner un rond ou vĂ©rifier la tenue du nĆud), cela se passe dans lâespace physique naturel 3D. Câest une immersion dans R3 (lâespace 3D). En effet pour retourner un rond, il faut sortir du plan du tableau. En restant dans le plan du tableau, on peut Ă la limite faire ça( fig. 3) mais pas retourner un rond.
- On voit donc que selon lâespace dâimmersion le nĆud nâa pas les mĂȘmes propriĂ©tĂ©s. Câest ce qui explique quâĂ la leçon 1, Lacan dit quâil nây a rien de plus spĂ©culaire quâun nĆud borromĂ©en : il y a un nĆud borromĂ©en lĂ©vogyre et un nĆud borromĂ©en dextrogyre,
Fig. 5
alors que dans la leçon 3, il dit en somme le contraire : « il suffit de faire ça (basculer un rond sur lui-mĂȘme) Ă un quelconque dâentre les ronds pour transformer un lĂ©vo en dextro. » Dans le premier cas le nĆud borromĂ©en est immergĂ© dans le plan, il y a deux nĆuds borromĂ©ens diffĂ©rents, qui ne sont pas rĂ©ductibles lâun Ă lâautre ; dans le second il lâest dans lâespace 3 D, il nây a plus quâun seul nĆud borromĂ©en. Et si vous plongiez des nĆuds dans un tore surface, comme faisait Lacan avec les tours de la demande (dans son sĂ©minaire LâIdentification) vous obtenez des nĆuds qui peuvent ĂȘtre irrĂ©ductibles lâun Ă lâautre. Par ex. la double boucle, sur un tore, est irrĂ©ductible Ă une boucle simple, mais si vous plongez la double boucle dans lâespace 3D (R3), elle est immĂ©diatement rĂ©ductible Ă une boucle simple.
Dans un espace Ă 4 D (R4), il nây a plus de chaĂźnes qui tiennent et tous les nĆuds sont triviaux (= cercles). Lâespace lacanien reste inclus dans lâespace ambiant.
- La dĂ©finition dâun nĆud est dâailleurs celle dâun espace dans un espace : « Un nĆud, câest une sphĂšre plongĂ©e dans une sphĂšre de dimension supĂ©rieure ; plus rigoureusement, on appelle nĆud lâimage K dâune application continue injective, f : SnâSn+q , n et q Ă©tant des entiers. »
DĂšs lors, le coinçage de plusieurs S1 (cercles) ne se produit que dans un espace de dimension n < ou = 3. Dans S4, toutes les chaĂźnes (dont les nĆuds borromĂ©ens de Lacan) se dĂ©sunissent.
4. Autres propriétés de cette géométrie lacanienne:
- Il nây a plus dâordinal : Le rĂ©el en tant que trois arrive avant en premier. Un nĆud borromĂ©en ne tient quâĂ trois. Sâil se dĂ©fait, il apparaĂźt des uns sans deux. C'est-Ă -dire que, pour nouer ensemble les dimensions Symbolique et Imaginaire (qui ne le sont pas entre elles), il en faut une troisiĂšme et comme la condition de ce nouage est quâil ne soit que supposĂ©, il nây a de sujet que supposĂ©, il nây a aucun sujet transparent, il nây a pas de sujet dans lâĂ©vidence, ce qui aujourdâhui peut faire rĂ©flĂ©chir Ă propos de lâhistoire de WikiLeaks. Il nây a de sujet que supposĂ© est dâailleurs le drame du psychotique et câest quâil est exposĂ©. Nouage supposĂ©, câest-Ă -dire que cette troisiĂšme dimension ne se noue ni Ă la premiĂšre ni Ă la seconde. Alors la seule solution est le nouage borromĂ©en : si lâun quelconque des ronds est coupĂ©, les deux autres sont libres comme des Uns.
Mais cette façon constructiviste de faire le nĆud pose la question de savoir ce que peut soutenir une consistance prise sĂ©parĂ©ment. Est-ce que ça a le moindre sens ?
- Le sujet lui-mĂȘme nâhabite Ă proprement parler aucune dimension lacanienne mais seulement les modes divers de leurs tiraillements qui rĂšglent son existence. « Comment se fait-il quâon nâest pas parti du fait que le point est un point de tiraillement ? (Leçon 3, p. 34).
- De ce fait le temps du sujet est discontinu : Le temps nâest pas homogĂšne aux trois dimensions. « Vous ne sentez pas que votre temps se passe Ă ĂȘtre tiraillĂ©s ». « Le temps nâest peut-ĂȘtre rien dâautre quâune succession des instants de tiraillements. » (id.) Ce qui veut dire que vous ĂȘtes souvent lĂ dedans (sens), lĂ dedans (JΊ), lĂ dedans (JA), et le moins souvent possible identifiĂ© Ă lâobjet petit a.
5. Questions et inquiétudes :
- Comment rĂ©soudre le paradoxe dâune gĂ©omĂ©trie lacanienne qui se donnerait un espace avec une dĂ©finition du point par coinçage, coinçage qui dĂ©pendrait nĂ©anmoins du plongement de ce nouveau type dâespace dans un espace 3D, classique lui, dont la dĂ©finition semble solidaire de celle du point selon le mos geometricum (dimension 0 ou encore point comme coupure dâune ligne ou intersection de deux lignes). Lâespace lacanien ne fait pas fi de lâespace ordinaire dans lequel nous nous mouvons. Mais on nâa pas tellement rĂ©flĂ©chi Ă ce que signifie cette dĂ©pendance de cette gĂ©omĂ©trie du nĆud, Ă savoir quâil implique un espace dans lequel il est plongĂ©. Il nâa pas dâexistence en soi tout seul.
- Comment chacune des dimensions peut-elle contenir les deux autres plus elle-mĂȘme (parce quâil y a dĂ©jĂ une difficultĂ© dans la description que Lacan donne de chaque dimension): lâImaginaire relevant de la consistance de la corde; le symbolique, du trou quâelle cerne et le rĂ©el, de lâexistence de lâune Ă lâautre. Ceci Ă©voque une structure en abĂźme, quasi fractale : un espace 3D, contenant les 3 Dit-mansions RSI : R comme rĂ©el, S, symbolique, I, imaginaire, chacune faite des 3 dimensions RSI, R (comme existence), S (trou), I (consistance). Selon le niveau, la nomination change.
- Voici maintenant ma question principale : lâintroduction du rĂ©el mĂȘme,  comme Ă©lĂ©ment, dans le nĆud lui-mĂȘme comme rĂ©el, Ă deux places diffĂ©rentes donc, ne risque-t-il pas de rĂ©duire lâimpossible quâil est supposĂ© incarner ?
Pierre-Yves Gaudard : Ăa lâimaginarise.
Bernard Vandermersch : Ăa lui donne une part dâimaginaire.
Ne s'agit-il pas d'une opĂ©ration analogue Ă celle qui consiste Ă prendre comme argument dâune fonction cette fonction elle-mĂȘme? L'arrivĂ©e, dans les sĂ©minaires suivants, de cordes supplĂ©mentaires pour que ça tienne (ou pour que ça tienne pas trop comme dans la paranoĂŻa. Je fais allusion ici Ă la remarque de Lacan selon laquelle le nĆud borromĂ©en Ă 3 se rĂ©duirait pour le sujet Ă un nĆud de trĂšfle soit Ă une continuitĂ© des trois dimensions dĂšs lors impossibles Ă distinguer) ne serait-elle pas lâeffet de la levĂ©e de lâimpossible que produirait lâintroduction du rĂ©el dans le nĆud borromĂ©en ?
Y a-t-il lĂ une vĂ©ritĂ© plus profonde qui m'Ă©chappe et qui serait de toute façon la condition du parlĂȘtre qu'il ne pourrait "intĂ©grer" le rĂ©el sans qu'un supplĂ©ment lui soit nĂ©cessaire Ă retrouver un nouage, quâil ne devienne pas fou.
- Je décidais alors de confier mon problÚme à Jean Brini.
Perla Dupuis : Il vient faire un exposĂ© en mars : il rĂ©pondra peut-ĂȘtre Ă tes questions.
Bernard Vandermersch :
Des échanges qui ont suivi, je retiens ces quelques points :
a. Il ne trouve pas d'exemple d'une fonction qui se prendrait elle-mĂȘme pour argument. Et pour cause, câest interdit car, pour les logiciens, câest la source de tous les paradoxes logiques.
Ainsi « le barbier qui rase tous les barbiers qui ne se rasent pas eux-mĂȘmes, se rase-t-il lui-mĂȘme ?
Perla Dupuis : Oui, câest le paradoxe.
B.V. : Le barbier est Ă la fois Ă titre dâargument et Ă titre de fonction.
Perla Dupuis : Le catalogue des catalogues.
B. V. : Oui, câest voisin.
Prendre une fonction comme argument dâelle-mĂȘme, câest la mĂȘme « erreur » que confondre Ă©lĂ©ment et classe. Pour Lacan, tous les paradoxes se rĂ©duisent Ă la propriĂ©tĂ© du signifiant de ne pas se signifier lui-mĂȘme, et sâil se signifie lui-mĂȘme il est alors diffĂ©rent de lui-mĂȘme.
Il sâen dĂ©duit que pas plus que la classe nâest un Ă©lĂ©ment de cette classe (LâHomme nâest pas un homme), une fonction prise comme argument nâest la mĂȘme que quand elle est fonction.
LâĂ©criture f= f(f) apparaĂźt plutĂŽt comme une Ă©criture abusive car la lettre f nâest pas la mĂȘme quand elle apparaĂźt comme fonction que quand elle apparaĂźt comme argument. Or en math, une lettre doit toujours ĂȘtre identique Ă elle-mĂȘme. On interdit donc cette Ă©criture. En mathĂ©matiques, quand câest embĂȘtant, on interdit. Mais Lacan ne sâinterdit pas toujours tout ce que les mathĂ©maticiens sâinterdisent (Ex : a â a).
b. En revanche le problĂšme que je soulĂšve lui rappelle un passage dâ ... Ou pire, que je retrouve (p. 82-83 de notre Ă©dition) :
« Que j'Ă©crive ce S parenthĂšse du grand A barrĂ©, S(A), le A est barrĂ© (et ce qui est la mĂȘme chose que ce que je viens de formuler que, de l'Autre, on en jouit mentalement), ceci Ă©crit quelque chose sur l'Autre et comme je l'ai avancĂ©, en tant que terme de la relation qui, de s'Ă©vanouir, de ne pas exister, devient le lieu oĂč elle s'Ă©crit - oĂč elle s'Ă©crit, telle que ces quatre formules sont lĂ Ă©crites, pour transmettre un savoir.
Parce que, [...] le savoir peut-ĂȘtre s'enseigne, mais ce qui se transmet, c'est la formule. C'est justement parce qu'un des termes devient le lieu oĂč la relation s'Ă©crit qu'elle [ne] peut plus ĂȘtre relation puisque le terme change de fonction (qu'il devient le lieu oĂč elle s'Ă©crit), et que la relation n'est que d'ĂȘtre Ă©crite, justement au lieu de ce terme. Un des termes de la relation doit se vider pour lui permettre, Ă cette relation, de s'Ă©crire. »
Câest ce qui est symbolisĂ© par ce schĂ©ma en pelure dâoignon (Fig. 6) : un signifiant reprĂ©sente un sujet pour un autre signifiant, lâAutre signifiant.
LâAutre, en tant que rĂ©el, est un terme de la relation (de lâUn Ă lâAutre : SâA). Mais dâĂ©crire cette relation fait disparaĂźtre lâAutre comme terme de la relation. LâAutre se vide comme terme pour devenir un lieu, le lieu oĂč la relation sâĂ©crit. Ceci me semble dĂ©crire le refoulement originaire.
DĂšs lors le nĆud borromĂ©en serait le lieu oĂč sâĂ©crirait ce temps du refoulement originaire et le dĂ©faut de nouage terme Ă terme pourrait symboliser le vidage rĂ©pĂ©tĂ© du lieu de la relation.
Sâ(Sâ(Sâ(SâA))) avec A= (SâA)
Fig. 6
c. Ce problÚme évoque à Jean Brini les fonctions récursives.
Une fonction rĂ©cursive est du type : y = f(x,y). y est fonction de x mais aussi de lui-mĂȘme. En exemple il me donne cette dĂ©finition : « Le napalm, c'est 50% d'essence et 50% de napalm ». On voit vite que si, pour savoir ce quâest le napalm, on prend la solution malencontreuse de remplacer napalm par sa dĂ©finition, on nâest pas prĂšs dây arriver :
Le napalm câest 50% dâessence et 50% de (50% dâessence et 50% de (50% dâessence et de (50% de napalm))). On peut continuer Ă remplacer napalm dans la parenthĂšse par sa dĂ©finition et ainsi ad infinitum. NĂ©anmoins câest calculable. Quand le nombre de rĂ©pĂ©titions tend vers lâinfini, on trouve que le napalm, câest de lâessence. (Rires) Ce quâon aurait pu trouver tout de suite en prenant une voie plus directe.
Si N = 0,5 E+ 0,5 N
Alors : N- 0,5 N = 0,5E, d'oĂč N=E soit : le napalm, câest de lâessence.
Mais toutes les fonctions rĂ©cursives nâoffrent pas de solution directe.
On peut donc dire que la fonction rĂ©cursive est une procĂ©dure de procĂ©dure de procĂ©dure etc., mais pas une fonction qui se prendrait elle-mĂȘme comme argument. Ce nâest pas une erreur logique, câest simplement une procĂ©dure de procĂ©dure. Jean propose dâĂ©crire cette bilocalitĂ© du rĂ©el (je nâose dire ce « bi-lieu») dans le nouage, Ă la fois dans le nĆud et effet du nĆud, comme une fonction rĂ©cursive, quâil Ă©crit comme ceci :
R = FnĆud borromĂ©en (R, S, I)
Ă lire comme : "Le rĂ©el du nouage est donnĂ© par le nouage (la "fonction" nĆud bo) des trois consistances R, S, I ", c'est-Ă -dire une procĂ©dure permettant d'atteindre au bout d'une infinitĂ© d'Ă©tapes un rĂ©el qui dĂ©pendrait de S et I. Sâil en est ainsi, l'introduction des quatriĂšmes ronds (sinthome ou de la nomination) pourrait se substituer Ă la procĂ©dure infinie destinĂ©e Ă rencontrer le rĂ©el en passant par une procĂ©dure finie.
DĂšs lors le nĆud borromĂ©en Ă 3 ne serait pas premier, mais lâĂ©limination logiquement secondaire du quatriĂšme rond aprĂšs quâune butĂ©e ait Ă©tĂ© obtenue.
d. Ă ce propos, jâajoute que Lacan nous a habituĂ©s Ă ce type dâĂ©critures par exemple :
- le calcul de petit a, comme limite aux cogitations du sujet sur son ĂȘtre :
En partant du « je pense donc je suis » (cf. LâIdentification , leçon du 10-01-1962) :
En me demandant ce que je suis, ce qui arrive Ă certains qui viennent en analyse, je pense...
Je pense donc je suis, mais malheureusement ce « donc je suis » nâest quâune pensĂ©e, Ă rĂ©itĂ©rer... je pense... un « je pense je suis », quâest-ce que je pense ? un « je pense je suis » ; quâest-ce quâil signifie etc.
Je suis â Je pense
-------------------------
Je suis â Je pense
-------------------------
Je suis â Je pense etc.
Fig. 7
Lacan associe cela Ă un calcul, il sâautorise Ă considĂ©rer cela comme des barres de division.
Et en donnant la valeur 1 au je pense â il y a une limite Ă cette suite â on trouve le nombre dâor. Ce quâil a assimilĂ© Ă lâobjet petit a, enfin assimilĂ© je ne sais pas si câest le bon mot, en tout cas il a donnĂ© cette indication de lâobjet petit a comme incommensurable Ă lâUn. Il y a une limite, mais une limite qui ne sâobtient quâĂ lâinfini du dĂ©veloppement de la suite [de la fig. 7], ce pourquoi les analyses sont longues.
- Ou encore la dĂ©finition du signifiant comme « ce qui reprĂ©sente un sujet pour un autre signifiant ». Elle apparaĂźt comme rĂ©cursive. Elle le serait si elle sâĂ©nonçait : un signifiant reprĂ©sente un sujet pour un signifiant, si lâautre signifiant donc Ă©tait de mĂȘme ordre que le premier signifiant. Mais Lacan a Ă©tĂ© amenĂ© Ă bien distinguer le premier signifiant et lâAutre. LâAutre se dĂ©finit simplement que dâĂȘtre autre par rapport au premier, et quâen aucun cas on ne peut dire : « un signifiant est ce qui reprĂ©sente un sujet pour un autre qui reprĂ©sente un sujet pour un autre qui reprĂ©sente un sujet pour un autre qui etc. ». Ăa nâest pas possible, parce que cet autre signifiant est radicalement Autre et ne reprĂ©sente pas le sujet. Ă la limite, au premier temps il lâest, ce qui arrĂȘterait lâopĂ©ration si elle rĂ©ussissait. Dans les 4 concepts câest le VorstellungsreprĂ€sentanz. Dans âŠou pire, câest le lieu qui se vide pour inscrire la relation de lâUn Ă lâAutre.
- Ces remarques ne doivent pas faire oublier le caractĂšre spĂ©cifique du nĆud borromĂ©en : il nâest pas nâimporte quel nouage mais un nouage qui se disperse si lâun quelconque des ronds est rompu. Cette condition est pour lâordinaire mĂ©connue du sujet qui habite le sens â cas gĂ©nĂ©ral mais pas tout le temps â soit le champ balisĂ© entre les ronds S et I, sans sâapercevoir que ces dimensions â S et I â seraient totalement indĂ©pendantes lâune de lâautre si elles nâĂ©taient coincĂ©es par une troisiĂšme supposĂ©e, ce que nous appelons le rĂ©el.
Dans la leçon 3, Lacan nous dit que la libertĂ© ne se conçoit pas sans la folie et que dans les bons cas, si un rond cĂšde, vous devez devenir fou. Si, dans ce cas, vous ne devenez pas fou, câest que vous ĂȘtes nĂ©vrosĂ©s. Câest-Ă -dire quâil y a un nouage diffĂ©rent.
Perla D. : DâoĂč un nĆud olympique.
BV: Oui, mais tu sais quâil va le laisser tomber dans les sĂ©minaires suivants. Mais allons progressivement, soyons propĂ©deutiques et pour lâinstant disons que la nĂ©vrose, câest le nĆud olympique. Enfin, ce nâest pas parce quâil a dit autre chose aprĂšs que câest caduc, câest simplement une autre voie pour essayer dâattraper la nĂ©vrose, donc un surnouage. Le nĂ©vrosĂ© serait un surnouĂ©.
Si, dans la cure, on ne peut faire surgir Ă volontĂ© ce rĂ©el divisĂ© entre rond et nĆud, du moins lâinterprĂ©tation, si elle tombe juste, peut faire entrevoir dans lâentre-deux mots lâobjet a qui, lui, Ă la diffĂ©rence du sens, prĂ©sente de façon irrĂ©futable son bord rĂ©el.
Fin de lâĂ©crit de Bernard Vandermersch, auquel jâai ajoutĂ© en bleu ce qui a Ă©tĂ© dit pendant la confĂ©rence.
Transcription de la discussion : Monique de Lagontrie
Un surnouage. Le névrosé serait un surnoué.
Thierry Florentin : Mais c'est fondamental, parce que si à la fin de l'analyse, au moment de la chute de l'objet a, [il y a] effectivement un dénouage et un re-nouage, eh bien c'est un pari que tu fais sur la névrose. C'est-à -dire que, soit effectivement le patient est psychotique et là tu as pris de grands risques parce que le re-nouage ne se fait pas exactement comme tu l'as dit, soit le patient effectivement est névrosé, et là tu peux miser sur le renouage.
Bernard Vandermersch : Oui, je te ferai remarquer qu'en gĂ©nĂ©ral â je suis tout Ă fait dâaccord avec ta remarque â lorsque le patient Ă©tait psychotique, il a trĂšs vite signifiĂ© que ça se dĂ©nouait, ou que ça se mettait en trĂšfle, en tout cas avec la paranoĂŻa, j'ai des exemples..., c'est trĂšs rapide... Allonger un prĂ©-paranoĂŻaque sur un divan, ça le fait dĂ©lirer.
Thierry Florentin : Tu as raison. Mais je n'avais jamais entendu avant que tu ne le dises comme ça cette histoire du nĆud olympique parce qu'effectivement ça semble tout Ă fait isolĂ©, extrait du contexte...
Bernard Vandermersch : je crois que le quatriĂšme rond pourrait rendre compte un peu de la mĂȘme façon, oui... Non, ça donne une autre dit-mansion, mais Ă ce moment-lĂ , si je te suis, le nĂ©vrosĂ©, si on levait le sinthome, serait dans la situation de voir sa nodalitĂ© disparaĂźtre puisque les trois autres deviendraient libres aussi. Mais on n'a pas vu d'exemple de nĂ©vrosĂ© qui ait lĂąchĂ© un sinthome Ă la fin de la cure !
Perla Dupuis : Non, il lâaime trop !
Bernard Vandermersch : Je ne sais pas sâil l'aime trop. C'est un fait, je ne sais pas pourquoi, on parle lĂ de la clinique, de l'expĂ©rience, on voit bien des gens qui changent, grĂące Ă Dieu ! Enfin grĂące au ciel ! GrĂące au quatriĂšme rond (rires) mais..., dire que quelqu'un Ă la fin de l'analyse n'a plus son sinthome, bon !
Thierry Florentin : Mais ça rend compte des manifestations cliniques qui peuvent apparaßtre à la fin de l'analyse [oui], question de la liberté qui ne va pas sans la folie.
Bernard Vandermersch : C'est sĂ»r quâil y a un moment, pour ceux qui vont jusque-lĂ ... il y a un moment de... Si dans la cure en tout cas, et je termine lĂ -dessus, on ne peut pas faire surgir Ă volontĂ© un rĂ©el qui apparaĂźt dĂ©jĂ lui-mĂȘme comme divisĂ© entre un rond et le nouage, c'est-Ă -dire un rĂ©el qui est dĂ©jĂ "bi-lieu", quand mĂȘme, une interprĂ©tation, si elle tombe juste, peut faire entrevoir dans l'entre deux mots, l'objet petit a, qui lui, Ă la diffĂ©rence du sens, prĂ©sente de façon irrĂ©futable son bord rĂ©el. Je veux dire par lĂ que c'est l'objet a en tant quâil rĂ©sulte du coincement des trois registres, est pris dans... - alors lĂ je vais prendre le nĆud comme dĂ©limitant des champs par des cordes, ce qui n'est pas vraiment Ă©lucidĂ© - ⊠l'objet petit a est Ă l'intĂ©rieur du RĂ©el, tandis que le sens se situe Ă l'extĂ©rieur du champ du rĂ©el. On peut parfaitement mĂ©connaĂźtre ce coincement. Et au niveau de l'objet petit a, d'ailleurs c'est le moment de l'affect, de l'angoisse dans la cure, lĂ on sait qu'il y a quelque chose qui se prĂ©sente par son bord rĂ©el. VoilĂ .
Perla Dupuis : Merci beaucoup Bernard. Câest court !
Bernard Vandermersch : C'est court ? C'est trop court ? Alors je peux rallonger un petit peu.
Il y a une remarque de Valentin Nusinovici, que j'ai volĂ©e sur Internet, â enfin je ne l'ai pas vraiment volĂ©e, j'Ă©tais parmi les destinataires, mais j'ai oubliĂ© de lui demander si j'avais le droit d'en parler â mais comme on est entre nous, il n'y a pas de droits d'auteur.
C'est une remarque aux collÚgues antillais, qui pensaient que eux n'étaient pas dans le dextrogyre ou le lévogyre, ou l'inverse... Alors Valentin fait remarquer que si on prend le sens I, R, S - S, I, R - R, S, I, et non pas R, I, S etc., c'est qu'en fait il n'est pas possible de symboliser le Réel, contrairement à ce qu'on dit tous les jours, puisque le Réel par définition, c'est ce qui résiste à la symbolisation. Il y a d'ailleurs à ce niveau-là un déplacement dans la notion du réel chez Lacan. Le Réel ce n'est pas ce qui est à symboliser, c'est ce qui résiste à la symbolisation. Tout au moins c'est le versant qu'il va privilégier, c'est ce qui se démontre à la limite comme impossible. Il va nous dire : prenez modÚle en mathématiques ! Voilà un petit point, par exemple. Est-ce que ?
Perla Dupuis : Alors merci Bernard Vandermersch. Pierre-Yves ?
Pierre-Yves Gaudard : J'ai une question par rapport à ce que tu as dit tout à l'heure. Tu dis : si le rond quatriÚme se défait, les trois autres se retrouvent libres.
Bernard Vandermersch : Oui ! Dans le nĆud borromĂ©en Ă quatre. Sinon il n'est pas borromĂ©en. C'est la dĂ©finition mĂȘme du nĆud borromĂ©en. Est borromĂ©en, un nĆud qui est fait, Ă 70 ou Ă "n" dimensions, telles que si vous en coupez une, les n - 1 autres sont libres. Sinon, vous avez bien le droit de nommer borromĂ©en ce que vous voulez mais... il y a dĂ©jĂ assez de confusion dans les choses pour que [lâon sâefforce de respecter la terminologie reconnue]... Alors aprĂšs, on peut gĂ©nĂ©raliser cette propriĂ©tĂ©. Une chaĂźne borromĂ©enne gĂ©nĂ©ralisĂ©e, c'est un chaĂźne telle que si on coupe un nombre dĂ©fini (2, 3, n) de nĆuds, tous les autres sont libres. Les autres ne deviennent libres que si on en a coupĂ© 2, 3, n... Ăa fait encore partie de la propriĂ©tĂ© borromĂ©enne, d'une façon gĂ©nĂ©ralisĂ©e. Mais Lacan ne se prĂ©occupe pas de ça. Sauf, tout Ă fait Ă la fin de son enseignement â et alors lĂ il est noyĂ© dans les nĆuds âil y a trĂšs peu de textes, c'est vraiment les derniers sĂ©minaires.
Olivier : J'Ă©tais un peu surpris que vous disiez qu'un nĆud borromĂ©en ne dĂ©finirait que quatre points, parce qu'ils ne sont quand mĂȘme pas tous les quatre de la mĂȘme nature ?
Bernard Vandermersch : Si, ils sont tous les quatre de la mĂȘme nature au sens oĂč ils sont tous les quatre des coincements. Vous pouvez coincer ces trois nĆuds comme ça, ici. Par exemple, celui-ci, vous l'allongez, vous pouvez tirer sur le symbolique, presque Ă l'infini, et en mĂȘme temps vous abaissez I et R, et vous provoquez un coincement de cette zone-lĂ .
Olivier : oui, mais si c'est les 3 dimensions qui tirent à la fois, ça définit 1 point !
B. V. : Mais il y a 4 points. C'est-Ă -dire que les points ne sont pas sur les dimensions. J'ai insistĂ© lĂ -dessus. Le point est hors toute dimension. Il n'est pas dans l'espace lacanien â le point lacanien. C'est un point qui n'est pas dans son espace. Si l'espace est dĂ©fini par les ronds, les points sont en dehors des ronds. Voyez, dans les coordonnĂ©es cartĂ©siennes, un point peut toujours ĂȘtre situĂ© sur une abscisse ou une ordonnĂ©e... (B. V. dessine au tableau et renonce.) Bref ! L'important c'est que : un point dans la gĂ©omĂ©trie, est dans l'espace. Il n'y a pas besoin de finasser, il est dans l'espace, il est repĂ©rable par des coordonnĂ©es. Il est Ă 30 cm au-dessus du sol, Ă 1 m du tableau et Ă 3 m de la porte..., il suffit de deux ou trois coordonnĂ©es pour localiser un point de l'espace.
LĂ , ces points sont hors de l'espace. Les 3 dits-mansions, dit Lacan, c'est R. S et I. Peut-ĂȘtre que vous allez me dire que je joue un peu sur les mots parce que ce point-lĂ , le "a" par exemple, bien au contraire, il est dans les trois dimensions, puisqu'il est dans le rond du R, dans le rond du I, dans le rond du S. Ă quoi je rĂ©ponds : il n'est pas dans le rond, il est dans le champ circonscrit par le rond, le rond S par exemple, quand le "S" est inscrit dans le plan du tableau.
Perla Dupuis : C'est ça, parce que je vois que tu as fait ça (il s'agit dâun objet en papier apportĂ© par Bernard Vandermersch) dans l'espace, donc il y a une raison.
Bernard Vandermersch : Ăa, c'est ce que dessine Marc Darmon dans son livre : « Essais sur la topologie lacanienne ». Melman lui a demandĂ© un jour : le petit a lĂ , est-ce qu'il y a quelque chose de commun avec le petit a qui se dĂ©coupe du cross cap ? Ă savoir que c'est un disque. Eh bien, si vous construisez une surface qui s'appuie sur les bords. On prend chacune des consistances comme si c'Ă©tait le bord d'une surface. Vous avez donc : R, I, S. Cette surface (lâobjet prĂ©sentĂ©), c'est la surface qui s'appuie sur les ronds, comme si les ronds Ă©taient une coupure. Eh bien, cette surface, câest un disque, un disque un peu compliquĂ©. En fait c'est un disque fait de trois disques reliĂ©s par des ponts tordus, par des lames tordues, et vous voyez que les bords de ce disque forment un nĆud borromĂ©en.
M de Lagontrie : Je ne vois pas du tout.
B. V. : Vous ne le voyez pas ! (B. V. montre sur le dessin du nĆud borromĂ©en sur son objet comparĂ© au nĆud du tableau) vous avez le rouge lĂ qui vient comme ça, le bleu qui vient comme ça et il respecte les dessus dessous, grĂące Ă la torsion des lamelles entre chaque plan. Au total, vous avez un plan petit a, un plan des jouissances et un plan R, S et I, mais tout est en continuitĂ©, c'est une seule surface, et c'est une surface Ă deux faces : si vous coloriez de proche en proche en arrĂȘtant quand vous rencontrez un bord, vous ne colorerez pas toute cette surface. Vous ne pourrez colorier que la moitiĂ©. Sur ces bords il reste la possibilitĂ© d'accrocher une autre surface. Cette surface complĂ©mentaire va fermer la premiĂšre pour faire une surface fermĂ©e, sans bord cette fois. La complĂ©mentaire peut ĂȘtre soit la symĂ©trique et Ă ce moment-lĂ le nĆud borromĂ©en c'est ce qui coupe une surface fermĂ©e faite de 3 sphĂšres l'une sur l'autre, celle du milieu Ă©tant reliĂ©e aux deux autres par trois ponts.
Mais la complĂ©mentaire peut ĂȘtre une surface möbienne. Dans ce cas, on retrouve la mĂȘme structure que le cross cap (lui aussi lâassociation dâun disque et dâune bande de Möbius). Il doit donc y avoir quelque chose dans notre espace qui contraint cela. MĂȘme quand on prend les choses d'une façon complĂštement diffĂ©rente Ă partir des nĆuds, qui semblent vraiment ne plus rien avoir affaire avec le cross cap, eh bien on retrouve nĂ©anmoins des propriĂ©tĂ©s, en tout cas la propriĂ©tĂ© qu'on peut fabriquer une surface fermĂ©e qui est dĂ©coupĂ©e par le nĆud borromĂ©en. Ce n'est pas du tout la seule surface que l'on puisse faire, on peut faire des tas de surfaces dĂ©coupĂ©es par le nĆud borromĂ©en.
Thierry Florentin : Deux choses. D'abord Ă partir de la rĂ©flexion d'Olivier. Le nĆud, quand on en fait la mise Ă plat ou quand on l'Ă©crit Ă partir de la tresse, c'est d'abord 6 â ou multiples de 6 â qui vient plutĂŽt que 4. Alors c'est vrai que quand tu introduis 4 comme ça, on a un peu de mal.
Bernard Vandermersch : Qui en voit 6 ?
Perla : Non, mais c'est Lacan.
Thierry Florentin : Dans la tresse, tu en vois 6, si tu mets Ă plat le nĆud borromĂ©en, tu vois 6 points de croisement...
Bernard Vandermersch : Non, il n'y en a que quatre, mais ce n'est pas des points de croisement, c'est des points de coincement. Attention ! Le point lacanien, ce n'est pas un point de croisement, c'est un point de coincement. VoilĂ , ça me permet de dire qu'il en faut trois pour que ça coince. Ăa ne coince pas lĂ (retour au tableau), lĂ , ça coince... [Perla D. : si on tire dessus Ă©videmment] si on tire dessus bien sĂ»r. Et ça veut dire que vous ĂȘtes coincĂ© entre [plusieurs choix de coincements] : le sens, la jouissance de l'Autre, la jouissance phallique ou la position d'ĂȘtre Ă©jectĂ© comme objet petit a. Quand vous ĂȘtes lĂ , vous passez par la fenĂȘtre ! Ou alors on joue de cela, mais on peut se faire comme ça... [P. D.: Ă©jecter]
Thierry Florentin : Et la deuxiĂšme chose, c'est... je reviens sur le nĆud olympique, car c'est vrai que Lacan ne l'a pas tellement dĂ©veloppĂ© finalement aprĂšs en avoir parlĂ©. Moi j'appelle ça le nĆud de l'increvable, plus que le nĆud du nĂ©vrosĂ©, Lacan ne dit pas le nĆud de l'increvable, il dit ça c'Ă©taient des increvables ! Qu'est-ce qu'on pourrait en dire de plus ? Parce que en fait c'est un nĆud que tu peux obtenir Ă partir d'une bande de Moebius Ă double torsion [B. V. : Lequel ?] le nĆud olympique : quand tu fais deux coupures latĂ©rales, tu obtiens un nouage olympique.
Perla Dupuis : Tu es sûr de ça ? au tiers, aux deux tiers ?
Bernard Vandermersch : Quand tu fais une coupure, dans une bande de Moebius Ă 3 demi-torsions, tu as un enchaĂźnement de deux ronds de toute façon. [Perla D. : ben ça dĂ©pend, la coupure, oĂč tu la mets] C'est pareil quâil y ait une ou trois demi-torsions, on va le faire tout de suite.
Papier, ciseaux, scotch....
... Peu importe, lâidĂ©e câest quoi ? Il y a une chose qui me fait difficultĂ© pour le nĆud olympique, câest que dĂ©jĂ le nĆud Ă 3, avec sa supposition de nouage, pour moi câest ce qui est important, câest que le nĆud borromĂ©en est un nouage quâon ne peut dĂ©montrer, il ne peut ĂȘtre que supposĂ© puisque aucun rond nâest pris dans lâautre, aucun. Câest donc un nouage qui nâest que supposĂ©. On se rend compte que câest nouĂ© seulement quand il y en a un qui pĂšte ! Alors, si dĂ©jĂ avec le nĆud Ă 3, Lacan pense que le gars qui ne fonctionnerait qu'avec ça n'aurait pas moyen de distinguer ce qui est le RĂ©el, ce qui est le Symbolique, et ce qui est l'Imaginaire, puisqu'ils sont strictement tous les trois Ă©quivalents et qu'il faut donc soit une nomination â ça c'est la fin de R.S.I. â , soit un Sinthome, â câest dans le sĂ©minaire suivant â, ça montre bien qu'il y a pour Lacan une difficultĂ© lĂ ! Et donc si dĂ©jĂ pour le noeud Ă 3, sans surnouage, avec un nouage basique, minimum, il y aurait dĂ©jĂ paranoĂŻa, je vois mal comment un surnouage pourrait ĂȘtre la reprĂ©sentation du nĂ©vrosĂ©. Ă mon avis il y a lĂ deux positions incompatibles. Maintenant, c'est quand mĂȘme assez amusant, enfin quand tu rappelles ce que Lacan dit, que si vous tenez encore quand il y en a un qui pĂšte, c'est que vous ĂȘtes nĂ©vrosĂ© ou que vous n'ĂȘtes pas fou. Si ça tient, vous ĂȘtes nĂ©vrosĂ©, je crois que ça annonce que par la suite il y aura un quatriĂšme rond, enfin quelque chose...
Pierre-Yves Gaudard : Est-ce que tu dirais, pour le nouage Ă 3, que c'est toujours un nĆud de trĂšfle ?
Bernard Vandermersch : Je n'en sais rien, c'est lui qui dit ça, mais moi je m'autorise dĂ©jĂ Ă faire des remarques, peu de gens le font dans l'ensemble. La plupart du temps on dit : Lacan a dit, c'est le sinthome, c'est Joyce, vous avez vu la psychose, c'est Joyce, vous avez vu le quatriĂšme rond, c'est Joyce (rires). D'accord. Non, c'est vrai, c'est Joyce. Mais le problĂšme, c'est que, Ă lâinverse, si vous avez la position du non-dupe, alors vous pouvez critiquer tous les passages. Et du coup, le sĂ©minaire, vous l'avez complĂštement Ă©miettĂ©, il n'en reste plus rien, mais vous avez perdu votre temps en mĂȘme temps, parce qu'il y avait des choses Ă apprendre dedans ! Alors entre la position du dupe-dupe et du non-dupe, il y a peut-ĂȘtre une position du dupe Ă©clairĂ©, je ne sais pas si on peut dire ça (rires) !
(La fabrication de la bande à trois demi-torsions avance. Il faut couper sur le bord et pas au milieu !)
Nicole Mercier : La question est naïve : est-ce qu'il y a nécessairement un quatriÚme rond ?
Perla Dupuis : Bien, Ă condition de s'en servir, on peut s'en passer.
Bernard Vandermersch : Attends, attends ! Quelle est la question ? Est-ce qu'il y a nécessairement....
â ... un quatriĂšme rond ?
â c'est une question de fond, parce que pour moi le nĆud borromĂ©en, il y a 3 pĂšres : rĂ©el, imaginaire, symbolique. Est-ce que nĂ©cessairement pour une structure, qui fonctionne comme un bon nĂ©vrosĂ©, il y a nĂ©cessairement un quatriĂšme rond ?
âTu parles du Nom-du-PĂšre ou pas ?
â Bien justement je ne sais pas.
Bernard Vandermersch : Tu demandes la rĂ©ponse de Lacan, de qui ? En ce qui me concerne, j'aurais tendance Ă penser comme Lacan que... Qu'est-ce que j'essaie d'expliquer ? C'est que l'introduction du RĂ©el dans la structure se fait forcĂ©ment en deux points diffĂ©rents, avec deux significations diffĂ©rentes et â mon exposĂ© c'est ça â qu'est-ce que ça vient faire, ce fait qu'on mette le RĂ©el Ă deux places dans le nĆud ? Le RĂ©el normalement c'est l'impossible. Normalement il nây a pas d'Ă©quivoque. Le RĂ©el, c'est l'identique Ă soi. Mais, de l'introduire dans le nĆud, bizarrement, ça l'introduit Ă deux places diffĂ©rentes. Dans la fonction que mâa soufflĂ©e Jean Brini :
R = FnĆud borromĂ©en (R, S, I,)
R se trouve Ă deux endroits diffĂ©rents avec, non pas deux significations diffĂ©rentes, parce que c'est bien le mĂȘme RĂ©el, mais R Ă©tant fonction de lui-mĂȘme, ça introduit cette suite infinie, c'est-Ă -dire que le RĂ©el, vous ne l'attrapez pas. [P. D. : c'est le rĂ©el du noeud] le rĂ©el du noeud..., non mais, le noeud borromĂ©en serait une façon de dire ce qu'est le RĂ©el, c'est un peu ce que dit Lacan : je produis le nĆud borromĂ©en pour vous dire ce qu'est le RĂ©el. Le RĂ©el c'est le nouage du RĂ©el, du Symbolique et de l'Imaginaire. Ă partir de lĂ , vous avez une fonction rĂ©cursive en quelque sorte en mathĂ©matiques, c'est-Ă -dire dont la solution est Ă l'infini. C'est bien une limite, il y a une limite thĂ©orique, comme la recherche de l'objet petit a par... : je suis, je pense... je suis, je pense..., il y a une limite Ă l'infini. Aussi loin que vous alliez, vous tombez sur cette limite-lĂ . NĂ©anmoins, il y a une autre façon de coincer les choses, c'est de nommer les consistances ou de faire un sinthome : c'est-Ă -dire d'attraper un 4Ăšme qui aux dĂ©pens du Symbolique vient... Enfin bon ! Ce que je dis, c'est quoi ? Pourquoi Lacan n'en reste-il pas Ă 3 puisque ça a l'air d'aller si bien ? C'est qu'il doit y avoir quelque chose dans l'Ćuf qui ne colle pas...
Nicolas Dissez : Ce que tu dis lĂ sur la fonction rĂ©cursive, que le coincement du nĆud c'est une propriĂ©tĂ© rĂ©elle du noeud [B. V. : oui], donc le coincement des trois registres â du rĂ©el, du symbolique et de l'imaginaire â, c'est lui-mĂȘme du registre du RĂ©el. J'ai Ă©tĂ© surpris que tu partes de ce point-lĂ . Ăa amĂšnerait plutĂŽt Ă dire que le point dĂ©fini par l'espace lacanien â le point issu du coincement â il est du registre du RĂ©el !
[Bernard Vandermersch a fini son dĂ©coupage et vient faire constater quâil nây a pas de nĆud olympique :
â objection : c'est-Ă -dire que si tu en ... ??... les deux autres tombent (rires) il y en a trois
â y en a trois
â il y en a que deux
â inaudible il y en a forcĂ©ment que deux... ça nâa rien Ă voir avec le nĆud olympique.]
Nicolas Dissez : J'ai l'impression qu'il y a deux logiques antinomiques. Quand tu dis que le point lacanien, en tant qu'il rĂ©sulte du coincement des trois registres, Ă©chappe Ă chacun des trois registres, ça paraĂźt antinomique avec ce que tu disais Ă©galement, que le coincement des trois registres, le fait que les trois registres soient coincĂ©s, c'est une propriĂ©tĂ© rĂ©elle du nĆud. Autrement dit, moi, le point lacanien, en tant qu'il rĂ©sulte du coincement et pas du croisement, ce point-lĂ aussi il est du registre du RĂ©el. [B. V. : Oui, le point de coincement ?] Oui, il appartient au registre du RĂ©el, mĂȘme si lĂ il a l'air d'y Ă©chapper, dans la reprĂ©sentation, mais c'est une propriĂ©tĂ© rĂ©elle du nĆud qu'il est coincĂ©.
Bernard Vandermersch : C'est une propriĂ©tĂ© rĂ©elle du nĆud qu'il y est coincĂ©, mais une propriĂ©tĂ© rĂ©elle n'a pas forcĂ©ment des effets rĂ©els, l'objet petit a n'est pas seulement rĂ©el.
Nicolas Dissez : C'est comme ça que le dĂ©finit Lacan quand mĂȘme. Le petit a est du registre du RĂ©el.
Bernard Vandermersch : Oui, mais il dit aussi ailleurs qu'il est aussi totalement imaginaire ou que c'est le fait de ce qui choit du Symbolique. Il choit du Symbolique, mais il choit aussi du Réel.
Nicolas Dissez : Il choit sur ce mode-là de la récurrence, enfin..., à chaque fois qu'on l'attrape il échappe. Enfin, qu'on croit l'attraper !
Bernard Vandermersch : Je crois que ce que tu me dis qui est dâimportance, c'est que si j'exprime les choses sous la forme R = fonction de RSI, il y a lĂ quelque chose qui est Ă distance, qui ne convient pas avec ce que j'aurais dit, que le point de coincement n'est pas, est hors de la consistance. Sauf qu'Ă la limite, Ă la limite..., je veux dire : quelle est la limite de la gĂ©omĂ©trie lacanienne ? C'est que les trois fusionnent. C'est-Ă -dire que dans le point de coincement, la butĂ©e c'est qu'il coince, mais la butĂ©e c'est la limite, et la limite c'est le RĂ©el. C'est-Ă -dire qu'Ă ce niveau-lĂ ils se rejoindraient, c'est-Ă -dire que ce point serait Ă la fois RĂ©el, Symbolique et Imaginaire. Il participerait des trois consistances. Ce qui m'ennuie c'est que ... Mais vas-y !
Nicolas Dissez : J'entends mieux ce que tu dis Ă ce moment-lĂ . C'est-Ă -dire c'est logiquement Ă partir de cette butĂ©e-lĂ quâil est amenĂ© Ă introduire un nĆud Ă quatre. C'est son cheminement.
Bernard Vandermersch : Moi, je pense quâintroduire le RĂ©el dans une prĂ©sentation du RĂ©el comme le nĆud Ă trois a un effet de forçage qui se traduit par des effets tels quâil sera amenĂ© par la suite Ă introduire un quatriĂšme, bon, incidemment.
Lacan nous dit dans Kant avec Sade par exemple, quâ « une structure quadripartite est depuis l'inconscient toujours exigible pour dĂ©finir une fonction du sujet - c'est-Ă -dire qu'il faut toujours 4 points â ce Ă quoi satisfont nos schĂ©mas didactiques », dit-il en Ă©voquant le schĂ©ma L, etc.
Pourquoi ? Dans le sĂ©minaire I, il dit : « Ce nâest sans doute pas pour rien quâelles sont trois [ces dimensions], il doit y avoir lĂ une loi minimale que la gĂ©omĂ©trie ne fait ici quâincarner ». Quatre c'est le nombre maximum de points que l'on peut mettre Ă©quidistants dans notre espace Ă trois dimensions. Au-delĂ de quatre, il y a forcĂ©ment des points qui ne sont plus Ă©quidistants l'un de l'autre. Le tĂ©traĂšdre est la figure qui relie quatre points Ă©quidistants. Les 6 sommets dâun cube ne sont plus des points Ă©quidistants puisque les points en diagonale sont Ă la distance â2/2 par rapport Ă ceux qui sont aux extrĂ©mitĂ©s dâune arĂȘte de longueur = 1. Il y a donc lĂ aussi une contrainte liĂ©e Ă l'espace. C'est pourquoi l'espace lacanien n'est quand mĂȘme pas indĂ©pendant de l'espace dans lequel il est plongĂ©. Ăa c'est aussi une chose que je voulais vous dire.
D'ailleurs, dans le cross-cap Lacan joue beaucoup de cet effet dâimmersion du plan projectif dans l'espace Ă trois dimensions, parce que le cross cap, il nâest cross cap que parce qu'il est immergĂ© dans l'espace ; si vous le prenez intrinsĂšquement, en tant que surface, il ne se croise pas. C'est simplement quand vous voulez le mettre dans notre espace Ă trois dimensions. Si vous le mettiez dans un espace Ă quatre dimensions, il ne se croise plus. En ce qui concerne les nĆuds borromĂ©ens, si vous disposez d'une dimension supplĂ©mentaire, il n'y a plus de chaĂźne, il n'y a plus que trois ronds sĂ©parĂ©s, c'est tout. Autrement dit un nĆud c'est toujours un espace dans un autre espace. Ăa a peut-ĂȘtre Ă voir avec des choses qui peuvent vous faire penser. Le cabinet de l'analyste est lui aussi un espace dans un autre espace.
Olivier : Ă partir de quel moment, le statut de l'Ă©criture par rapport Ă cette rĂ©flexion et la maniĂšre dont Lacan avance en collant Ă cette structure du nĆud, d'aprĂšs ce que j'entends de Sylvie, l'Ă©criture est seconde par rapport Ă ce qui le tend, Ă ce qui le tiraille. Il me semble que ça peut peut-ĂȘtre aussi expliquer que, Ă partir du moment oĂč on Ă©crit, on se trouve comme ça Ă Ă©crire une espĂšce de suite infinie, convergente, alors que lui, j'ai l'impression qu'il essaye quand mĂȘme de faire entendre un peu Ă la limite de son dire, ce qui prĂ©cĂšde l'Ă©criture.
Bernard Vandermersch : L'écriture n'est pas premiÚre, dit-il. L'écriture est l'effet de la parole. C'est la mise en acte de la parole qui dépose de l'écriture.
Maintenant ce sur quoi j'ai insistĂ©, peut-ĂȘtre pas assez, c'est le fait que Lacan joue de deux immersions diffĂ©rentes. L'une, dans le plan, avec des effets d'Ă©criture, le nĆud borromĂ©en est une Ă©criture, mais il s'en sert aussi dans l'espace Ă trois dimensions, mais beaucoup moins. NĂ©anmoins, ne serait-ce que dans sa remarque de la leçon III, il suffit de faire ça (B. V. retourne un nĆud borromĂ©en avec trois cordes), dans quelques sĂ©minaires ultĂ©rieurs aussi, il va [se servir de lâimmersion dans R3...
Ă mon avis, il y a une sorte de bi-localitĂ© aussi puisqu'il se sert du nĆud dans l'espace comme Ă©criture, dans l'espace Ă deux dimensions, et aussi du nĆud dans l'espace Ă trois dimensions. Ăa n'a pas les mĂȘmes effets. Alors l'Ă©criture, et je crois que c'est surtout lĂ -dessus, par exemple dans La TroisiĂšme, ce qu'il appelle La TroisiĂšme, c'est essentiellement un travail sur les champs dĂ©limitĂ©s par les ronds. C'est vraiment dans l'Ă©criture des ronds, dans une immersion sur le plan, ce qui est marquĂ© lĂ .
Mais je ne suis pas sûr d'avoir bien saisi l'enjeu de votre question, notamment à propos du temps.
Parce que Lacan, ici, le temps, il le propose comme une discontinuité liée aux instants de tiraillements. C'est-à -dire qu'on n'est pas toujours tiraillé, mais de temps en temps ça coince, on bute sur un sens, ou bien on bute dans la jouissance. Mais voilà ! Que le temps soit discontinu c'est quelque chose qui tracasse beaucoup, non seulement les analystes mais aussi les physiciens. Puisqu'en dessous d'une certaine quantité de temps, le temps n'a plus de sens. Et il y a des gens qui proposent que le temps par exemple soit une modification topologique de l'espace.
Nicolas Dissez : Juste une question sur cette convention Ă©trange, mais qui est au cĆur du nĆud, qui est le dessus dessous, qui est entre... entre les deux, enfin la deuxiĂšme et la troisiĂšme dimension, parce que c'est vrai que Lacan nous incite Ă travailler sur les reprĂ©sentations du nĆud, mais aussi sur les ronds de ficelle, c'est-Ă -dire Ă circuler entre les deux possibilitĂ©s, alors ce qu'il y a entre les deux : c'est le dessus dessous. Tu appelles ça une convention. C'est juste, mais ça ne dit pas dans quel registre elle est cette convention du dessus dessous. C'est ma question, et peut-ĂȘtre juste pour l'introduire, quand on est pris dans des articulations, des registres : quand on fait comme tu l'as fait au tableau le pĂ©rimĂštre d'un cube et qu'on le fait sans dessus dessous, quâon trace et quâon les fait se croiser, on a une possibilitĂ© â visuelle â c'est de visualiser dans l'espace deux types de...
Bernard Vandermersch :... Oui, de temps en temps c'est le cube devant, de temps en temps celui que derriĂšre
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Nicolas Dissez : oui, des fois on n'y arrive pas. On voit bien qu'il faut une certaine souplesse de fonctionnement pour faire passer devant et derriÚre ; par contre avec le dessus dessous, c'est pure convention, on a plus cette souplesse-là , ça coince. Donc on voit que la convention a des effets réels sur notre perception du reste de l'affaire... Inaudible
Bernard Vandermersch : Ce que je veux dire, Ă propos de la convention, c'est que la convention est nĂ©cessitĂ©e par le fait qu'on Ă©crit directement sur le plan du tableau, mais on peut aussi prendre une surface plus sophistiquĂ©e et Ă ce moment-lĂ il n'y a plus de convention. Cet objet [celui prĂ©sentĂ© plus haut] reste une surface. Ăa, ce n'est pas dans 3D, c'est dans 2D. On peut Ă©crire le nĆud borromĂ©en sur un cross cap. On peut l'Ă©crire sur une figure de Boy. On peut l'Ă©crire sur un disque. Il suffit de faire quelques petits ponts, mais ça reste des surfaces. NĂ©anmoins dans le plan, il faut cette convention pour voir si la corde passe devant ou derriĂšre. Je ne sais pas me dĂ©brouiller de cette affaire. Faut-il le considĂ©rer cette convention comme une reprĂ©sentation de ce qui se passe dans l'espace, ou bien a-t-on directement affaire Ă un nĆud immergĂ© dans un espace Ă deux dimensions. Est-ce que Lacan l'envisage aussi comme ça, comme une pure Ă©criture, ou maintient-il toujours le nĆud dans lâespace 3D ? Nous dit-il : « Attention ! Ce n'est jamais que la reprĂ©sentation sur une feuille de papier d'un nĆud dans l'espace », ou bien : Ce dessin sur la feuille de papier est dĂ©jĂ un rĂ©el Ă prendre comme tel.
Pierre-Yves Gaudard : J'ai une question par rapport Ă ce que tu as Ă©voquĂ© comme Ă©tant la bi-localisation du RĂ©el : est-ce qu'il y a vraiment bi-localisation, si on considĂšre que le RĂ©el est contemporain du Symbolique, c'est-Ă -dire que sans le signifiant, de toute façon il n'y a pas de RĂ©el. Il faut bien l'Ă©criture, il faut bien qu'il y ait le RĂ©el, l'Imaginaire, le Symbolique, pour que de toute façon on puisse en dire quelque chose. Et donc il faut bien quâil y ait le nouage Ă trois, c'est le seul lieu oĂč il puisse ĂȘtre, sinon ça supposerait qu'il y ait un RĂ©el qui soit susceptible d'exister indĂ©pendamment du nouage.
Bernard Vandermersch : Oui, mais dans le nouage, il est Ă deux endroits diffĂ©rents. Et mĂȘme Ă la limite trois... Il est Ă la fois une dimension, il est ce qui dans chaque dimension est sa propriĂ©tĂ© d'ek-sister aux autres et il est aussi le nouage. C'est-Ă -dire qu'il y a trois Ă©tages et ça, je ne l'invente pas, c'est Lacan qui le dit. Je suis tout Ă fait ta remarque : on n'a pas Ă penser un RĂ©el sans le Symbolique et l'Imaginaire. Je veux dire qu'Ă la limite les animaux ne savent pas ce que c'est que le rĂ©el. Ils ne sont pas coincĂ©s par ça.
Au dĂ©part, [il me semble que] Lacan pensait que le rĂ©el serait d'avant le langage en quelque sorte, et que le langage viendrait symboliser le rĂ©el. Ce n'est pas forcĂ©ment Ă Ă©liminer comme idĂ©e, mais quand mĂȘme, de plus en plus vers la fin, il tire le rĂ©el comme ce qui se dĂ©montre comme impossible, et du mĂȘme coup suppose la symbolisation et l'imaginarisation. Il dit aussi que le rĂ©el, on en attrape que des bouts. Et rien ne prouve que le rĂ©el soit unifiĂ© sous une instance â c'est d'ailleurs un peu ce que tu soulevais dans ton dernier travail â est-ce que le rĂ©el se prĂ©sente toujours sous le patronage d'un Dieu unique, dâune instance unique ? Alors que peut-ĂȘtre il peut ĂȘtre fractionné ? Enfin, mĂȘme dans les cultures oĂč il y a des dieux un peu partout, il y a quand mĂȘme en gĂ©nĂ©ral un Dieu irreprĂ©sentable, qui est un peu au-dessus des autres, qu'on ne voit pas, on n'en parle pas trop mais il est quand mĂȘme lĂ . Simplement, il ne bouffe pas tout quoi, il ne bouffe pas tous les autres. On peut dire que YahvĂ©, il a fait le vide autour de lui! Au dĂ©part il Ă©tait avec tous les autres. Simplement ce qui Ă©tait demandĂ© c'est : ici, tu n'adores que YahvĂ©. Les autres : sur les cĂŽtĂ©s... Et aprĂšs, comme l'affaire a eu un peu de succĂšs, on a dĂ©cidĂ© d'Ă©liminer tous les autres.
Pierre-Yves Gaudard : En Ăgypte, ça c'est pas fait simplement !
Bernard Vandermersch : En Ăgypte, ils ont essayĂ© et il s'est fait rattraper le pauvre ! Et les prĂȘtres d'Amon se sont vengĂ©s. J'ai vu que mĂȘme dans le vaudou africain, il y a un Dieu supĂ©rieur, il y a tous les dieux mais il y a aussi un Dieu supĂ©rieur.
Thierry Florentin : Encore une question sur le point de tiraillement ! (rires) Est-ce qu'on peut le tirer du cĂŽtĂ© de la rĂ©pĂ©tition et du retour du refoulĂ© ? C'est-Ă -dire, quand Lacan dit : le temps c'est une succession de points de tiraillement, est-ce qu'on peut l'associer avec cette histoire du viator dans la premiĂšre leçon, et quâeffectivement il y a des questions qui reviennent comme ça dans une vie pleine, de nĂ©vrosĂ©, rĂ©guliĂšrement, Ă 10 ans ou Ă 20 ans d'intervalle, est-ce que le point de tiraillement, enfin comment tu le vois toi ?
Bernard Vandermersch : Lacan, lĂ n'en dit pas plus, mais je suis d'accord avec toi lĂ -dessus, c'est-Ă -dire que câest la rĂ©pĂ©tition qui fait que par le retour de la chaĂźne signifiante sur les lieux de notre jouissance, on est toujours amenĂ© Ă rencontrer le mĂȘme "Kccrreu!!!" phĂ©nomĂšne initiateur et que ça tiraille Ă ce moment-lĂ . Mais alors avec le nĆud il y a peut-ĂȘtre autre chose, câest quâon ne serait pas obligĂ© de rĂ©pĂ©ter le traumatisme, on pourrait se balader un peu plus dans la structure. On peut ĂȘtre tiraillĂ© de diffĂ©rents cĂŽtĂ©s : je ne sais plus Ă quel saint me vouer ! (Rires)
Thierry Florentin : C'Ă©tait ce dont parle Jean Brini dans son article de la Revue lacanienne, quand il illustre le passage du nĆud lĂ©vogyre au dextrogyre. C'est-Ă -dire, apparemment le point de tiraillement reste le mĂȘme, mais effectivement il a un voisinage qui est diffĂ©rent.
Bernard Vandermersch : Oui. Alors, je vais vous poser une question idiote : est-ce que vous y croyez aux nĆuds ?
Perla Dupuis : Ben, ils sont lĂ , on ne peut pas ne pas y croire ! Bernard ! .... Inaudible.... innocents : est-ce que vous croyez aux nĆuds ?
Bernard Vandermersch : Ce n'est pas innocent. Dans la science les choses se dĂ©montrent jusquâĂ ce quâon dĂ©montre que ce quâon avait travaillĂ© jusque-lĂ est insuffisant..., â on avait travaillĂ© avec la gravitation de Newton, ça marche trĂšs bien, mais enfin ça ne marche pas assez bien pour rĂ©gler un GPS, pour lequel il faut faire intervenir la thĂ©orie de la relativitĂ©. Ăa dĂ©montre, non pas la justesse de la thĂ©orie de la relativitĂ©, ça dĂ©montre que la thĂ©orie de Newton Ă©tait insuffisante, qu'elle n'Ă©tait qu'un cas particulier, celui quand les objets ne sont pas dans un rapport d'Ă©loignement ou de rapprochement trop rapide.
Alors, est-ce qu'on y croit ? Non, ce n'est pas la question des noms du pĂšre, c'est la question du sĂ©minaire, les non-dupes errent... En italien, on a traduit i troppo furbi si perdono... Les trop malins se perdent. Pour traduire Les non-dupes errent, c'est pas mal ! Mais ça rate le fait qu'en français, ĂȘtre dupe, et ĂȘtre dupe de, ce n'est pas tout Ă fait pareil. Furbi, les malins... On pense un peu aux sophistes, ceux qui arrivent Ă vous retourner la crĂȘpe !
Mais du mĂȘme coup, cette traduction perd la notion de croyance, parce que le dupe, pour ĂȘtre dupe il faut quâil y croit ; et le malin, c'est celui qui a rĂ©ussi Ă faire croire au dupe quelque chose. Moi j'essaie de vous faire croire quelque chose, je n'ai pas eu l'impression que vous Ă©tiez tellement dupes, mais enfin le problĂšme avec Lacan, c'est ça quâil se pose comme question, je vous l'ai dit tout Ă l'heure, il me semble. Cette histoire de nĆud, vous arrivez chez votre belle-soeur ou votre beau-frĂšre, qui n'est pas analyste : « Ăa tu vois c'est le rĂ©el, l'imaginaire, le symbolique. » Le mec : Pshiiiii ! (Rires) « Tu adores le Dieu nĆud maintenant ? » (redoublement du rire)
Perla Dupuis : Mais Lacan, à un moment donné, il ne faisait que ça !
Bernard Vandermersch : Quel est le degrĂ© ? Quelle est la juste duperie ? De quoi faut-il ĂȘtre dupe ? Il y a des rĂ©ponses : on dit dupe de la structure. Mais la structure, ça veut dire quoi ? La structure par dĂ©finition, je ne l'ai pas devant les yeux. Sinon ça serait de la fascination. Si je suis fascinĂ© par le nĆud, je peux dire : « le nĆud c'est la structure, c'est la prĂ©sence rĂ©elle ». Mais non ! Quand mĂȘme ! C'est la structure en tant qu'elle est imaginarisĂ©e par mes dĂ©fauts parce que j'ai besoin de
représentations.
Je pense qu'ĂȘtre dupe de la structure, ça veut dire : ĂȘtre dupe qu'il y a de la structure. Ce pourquoi, quand vous avez quelqu'un en analyse, vous pouvez lui dire : « Dis les bĂȘtises qui te passent par la tĂȘte », parce que vous faites foi que derriĂšre ses associations libres, il y a une structure. Si vous n'en ĂȘtes pas sĂ»r, par exemple vous suspectez une psychose sans moi, il est Ă©vident que vous nâallez pas lui dire ça. Ou on va dire que la structure est faite de telle façon que chez cette personne-lĂ elle ne va pas tenir. J'essaie de comprendre de quoi il faut ĂȘtre dupe, et comment faire un usage de la topologie qui ne soit pas un usage fĂ©tichiste. Du genre :  vous n'y comprenez rien, moi je vous amĂšne ça, et comme vous vous en foutez, vous adorez ça, et vous repartez en disant « tiens, quelque part il y a quelqu'un qui sait », et puis voilĂ !
Applaudissements
Perla Dupuis : Bernard, tu vas faire ton Spinoza, le Spinoza de la psychanalyse !