Mathinées lacaniennes

Sens et nomination, exposé d'Hubert Ricard


Sens et nomination
Hubert Ricard
J’avais prévu une intervention en deux parties, mais j’en resterai ce soir à la première : je parlerai du sens. Je justifie néanmoins l’association des deux notions.
On peut dans le Séminaire RSI distinguer deux étapes assez nettement marquées, la première centrée sur le sens, la seconde sur la nomination ; mais on ne peut exclure un certain recoupement. Cf RSI 11/03 p102 :  « le propre du sens, c’est qu’on y nomme quelque chose. Et ceci fait surgir la dit-mansion justement de cette chose vague qu’on appelle les choses, qui ne prennent leur assise que du Réel ». Et donner nom à chacun des 3 ronds, dit Lacan plus loin, c’est bien leur donner un sens.
La difficulté, c’est qu’on est pour le sens dans la référence à une métaphore créatrice – coupée du référent – il est vrai qu’elle est“corrigée“ par l’articulation de l’interprétation fournie par Lacan dans ses derniers Séminaires qui, elle, ramène au réel, - tandis que la nomination évoquerait un temps plus originaire, celui du name et du naming, que Lacan oppose souvent avec l’anglais au noun (le substantif), le name, qu’il soit verbal aussi bien que substantif, impliquant un rapport direct à la chose, au réel, tout à l’opposé de la métaphore. Réel qu’on peut sans doute par rapport au sens situer dans le nœud mis à plat - mais comme exclusion ou expulsion du sens.
Ce soir, j’en resterai donc à  la première étape, celle du sens.
Lacan se sépare radicalement de la conception philosophique du sens, d’abord parce que son objet est différent puisqu’il concerne avant tout les formations de l’inconscient, mais il se situe aussi dans une perspective générale. En fait sa question, depuis le Séminaire des Problèmes Cruciaux, n’est pas “qu’est-ce qui fait sens ?“, “qu’est-ce qui différencie sens et non sens ?“, ce qui seraient plutôt les questions de Wittgenstein, mais “comment émerge le sens ?“, ce qui suppose une articulation du sens et du non sens comme on le voit dans les Problèmes cruciaux, et qui s’exprime dans la théorie de la métaphore. Même si dans RSI Lacan insiste sur d’autres aspects notamment l’articulation Symbolique – Imaginaire, il y a sans doute un élargissement du champ du sens que Martine a analysé, mais peut-être pas un changement de conception.
Pour entendre l’originalité de Lacan on peut se référer à la conception logiciste qui constitue une sorte d’aboutissement de la réflexion philosophique classique – Leibniz en est le grand précurseur - , d’autant plus que dans ce séminaire des Pb cruciaux Lacan se réfère à Frege, bien peu connu à l’époque de la plupart des philosophes français.
Dans cette perspective la notion de sens est construite de façon rigoureuse pour échapper à toute équivoque ou à tout ce qui perturberait la totalité ordonnée de la proposition significative. Je me réfère à Russell (Signification et Vérité ch12 Trad fr p184-185) « Chaque phrase composée selon les règles de la syntaxe, à l’aide de mots ayant une signification, est pourvue de sens. »
La philosophie logique fait de la question du sens un préalable à l’examen de la question de la vérité. Et l’entreprise de Frege est exemplaire sur ce point.
Elle isole le sens à la fois
1 de la Bedeutung, (je traduis par dénotation même si, nous allons le voir, Lacan utilise le terme signification)
2 mais aussi de la représentation que le sujet se fait du sens qu’il est en train de penser.
1 Si on appelle nom propre au sens philosophique tout signe ou groupe de signes désignant un objet déterminé, Frege nous dit que « le sens d’un nom propre est donné à quiconque connaît suffisamment la langue ou l’ensemble des désignations dont il fait partie. » Ce qui n’est pas le cas pour la dénotation, le mode de donation de l’objet, son caractère réel. L’énoncé « le corps céleste le plus éloigné de la terre » a manifestement un sens, mais il n’a pas de dénotation : si on suppose par exemple un espace infini, on ne peut montrer aucun objet qui lui corresponde.
Et on peut établir une même distinction pour une proposition, un groupement de signes pourvu de sens, pour laquelle on parlera de pensée. Là encore le sens de la pensée se distingue de la dénotation. C’est l’exemple célèbre de l’ « étoile du matin » et de l’ « étoile du soir illuminées par le soleil », deux propositions-pensées qui n’ont pas le même sens, de sorte que celui qui ignorerait qu’elles ont même dénotation et qu’il s’agit d’un même objet – la planète Vénus – pourrait penser à tort que l’une est vraie et que l’autre est fausse. De même l’énoncé « Ulysse fut déposé sur le sol d’Ithaque dans un profond sommeil » est parfait au pont de vue du sens qui est explicite et clair, mais il ne correspond à rien de réel, il n’a pas  de dénotation , ne peut être vrai ou faux, puisqu’Ulysse, personnage de la mythologie, n’a pas de dénotation, n’ayant jamais existé.
Cette première distinction entre sens et dénotation qui semble relever de la philosophie logique, n’en est pas moins présente aux yeux de Lacan comme nous allons le voir quand il oppose sens et Bedeutung dans les Problèmes cruciaux.
La seconde distinction de Frege entre sens ou pensée d’une part, et représentation d’autre part, est essentielle au point de vue logique, même si elle intéresse moins directement la psychanalyse. Il s’agit de poser le caractère objectif des énoncés logiques en laissant de côté le sujet de la pensée qui se les représente « La représentation associée à un signe doit, dit Frege, être distinguée de la dénotation et du sens de ce signe » de sorte qu’ « il n’y a pas d’obstacle à ce que plusieurs individus saisissent le même sens ; mais ils ne peuvent avoir la même représentation. » On voit que cette élimination du sujet éloigne évidemment la logique du discours de la psychanalyse – la logique procède à une forclusion du sujet, et pour la vérité, il ne reste plus, comme vous le savez, que les deux lettres V et F ; mais il y a aussi dans ce texte de Frege, je le signale, une référence à l’idée de transmission intégrale du contenu de pensée, qui fait partie de l’idéal logico-mathématique auquel se réfère sans cesse Lacan : là bien sûr, il n’y a pas à s’en inquiéter, puisqu’il suffit d’écrire un énoncé logico- mathématique pur qu’il soit immédiatement compréhensible aux divers sujets qui se les représentent, même s’ils n’ont pas de langue parlée en commun.
C’est au contraire en prenant en compte l’inclusion du sujet dans le sens que Lacan élabore la théorie de l’émergence du sens dans le texte bien connu des Pb cruciaux, avec l’analyse de la phrase « colourless green ideas sleep furiously » (Des idées vertes sans couleur dorment furieusement) et ce non sans une référence logique implicite. Chomsky pensait avoir donné là un exemple typique d’énoncé dépourvu de signification. Ce que conteste Lacan  « Assurément la signification s’éteint tout à fait là où il n’y a pas grammaire. Mais là où il y a grammaire…, construction grammaticale ressentie, assumée par le sujet, le sujet interrogé, qui là est appelé en juge, au lieu, à la place de l’Autre… en référence,…peut-on dire qu’il n’y a pas de signification ? » Mais Lacan  ajoute : « est-ce bien de signification qu’il s’agit ? ». Un éclaircissement est nécessaire, qui va donner lieu à la distinction entre signification et sens.
La signification, terme par lequel il traduit la Bedeutung de Frege, implique en effet un rapport au contexte, au référent, à l’objet de la Bedeutung. Pensez à l’expression “signification du phallus“.
Le signifié est ainsi à distinguer du sens ; il relève de la signification et de ce rapport au référent. Je suis Lacan pas à pas : « Qu’est-ce alors que le signifié ? Le signifié n’est point à concevoir seulement dans le rapport au sujet. Le rapport du signifiant au sujet, en tant qu’il intéresse la fonction de la signification, passe par un référent. Le référent, ça veut dire le réel…» Or « En parlant de contexte, en parlant de dialogue, je laisse disparaître, s’évanouir, vaciller ce dont il s’agit, la fonction du sens. »
Comment comprendre cette opposition du signifié et du sens ?
D’un côté, nous venons de le voir, c’est « par l’intermédiaire du rapport du signifiant au référent que nous voyons surgir le signifié. Il n’y a pas d’instance valable de la signification, qui ne fasse circuit, détour, par quelque référent… »
Mais il y a aussi  « … cet autre effet du signifiant en quoi le signifiant ne fait que représenter le sujet. Et le sujet, tout à l’heure, je vous l’ai incarné dans ce que je vous ai appelé le sens, où il s’évanouit comme sujet. »
D’où la distinction entre les deux fonctions de la barre, « La barre, donc, n’est pas … la simple existence, en quelque sorte tombée du ciel, de l’obstacle, ici entifié, elle est d’abord point d’interrogation sur le circuit de retour » c’est-à-dire circuit, retour, par quelque référent – Mais elle n’est pas simplement cela,  « au niveau de la barre se produit l’effet de sens… »,  un effet de sens qui est, comme l’indique Lacan à la fois représentation et évanouissement du sujet et qui est coupé du référent et du Réel. C’est justement ce qui nous est présenté dans RSI avec le nœud mis à plat par l’extériorité du sens par rapport au rond du Réel. Sauf qu’ensuite l’interprétation telle qu’elle va nous être présentée ensuite dans RSI nous amène, avec l’effet de l’équivoque à repasser du côté du Réel.
Impossible en tout cas de ne pas voir là l’influence de l’opposition de Frege entre Sinn et Bedeutung.
Mais l’aspect le plus original du texte des Problèmes cruciaux est la référence au non sens, dont Lacan remarque qu’elle sépare radicalement le psychanalyste du logicien.
Pour revenir brièvement au pas-de-sens, disons que l’émergence du sens, produite par le franchissement de la barre dans le « pas-de-sens », quand un signifiant d’une chaîne, tombé dans les dessous, se voit substituer un signifiant qui fait pavé dans la mare du sens (peut-être vaudrait-il mieux parler ici de signifié ) – « ça n’a pas de sens », dit-on, de parler d’ idées vertes sans couleur qui dorment furieusement, de nuit éternelle, de gerbe avare ou haineuse, et pourtant l’effet de sens poétique propre à la métaphore n’est guère contestable dans les exemples d’Andromaque ou de Booz endormi : le pas n’est pas seulement négation mais aussi franchissement de la barre. Comme Lacan le dit à la fin du séminaire des Problèmes cruciaux (Journée du 16 Juin) « Le Sinn est foncièrement marqué de la fissure de l’Unsinn, et c’est là qu’il surgit dans sa plus grande pureté… ».
J’évoque ici brièvement Wittgenstein. Celui-ci montre que la délimitation entre sens et non sens, tout en étant beaucoup moins déterminée qu’on ne le croit, constitue le cadre essentiel de la tâche  philosophique : la philosophie (de Wittgenstein) manifeste le non sens d’une expression que l’on utilise comme si elle avait du sens, elle détruit les châteaux de sable de la métaphysique, elle consiste « … dans la découverte d’un quelconque simple non-sens, et dans les bosses que l’entendement s’est faites en se cognant dans les limites du langage. » (RP119). Mais une fois que le non sens est manifesté sa tâche de clarification qui, à cet égard en fait bien un discours du Maître, est achevée : la philosophie doit maintenir une frontière infranchissable entre sens et non sens.
C’est pourquoi Lacan a pu, dans sa théorie de la métaphore créatrice de sens, dégager une articulation du sens et du non sens qui ne pouvait ainsi qu’échapper au discours philosophique, d’autant plus qu’il pouvait s’appuyer sur un matériau spécifique découvert par Freud, celui des formations de l’inconscient.
Il y a donc dans ce pas de sens émergence d’un sens nouveau. Sans doute on peut lui opposer le sens ou la signification déjà présents, mais Lacan suggère que c’est le même procédé qui les a déjà fait surgir dans le passé. Cf  les métaphores usées : le temps coule ne mérite plus pour nous d’explicitation alors que Cicéron éprouvait encore le besoin d’ajouter “comme un fleuve“).
Lacan n’est pas le premier à donner ainsi à la métaphore une portée générale. On peut aussi évoquer un texte étonnant de Nietzsche, l’Introduction théorétique sur la vérité et le mensonge (in Le Livre du Philosophe), où Nietzsche construit le sens à partir d’une multitude de métaphores, (il va même jusqu’à construire ainsi le concept). Mais Nietzsche ne disposait pas du merveilleux instrument linguistique que possède Lacan, la référence au signifiant et au signifié et l’articulation de la substitution signifiante, et on en reste à un programme général de philosophe.
J’ai donc terminé ce que j’avais à dire sur ce texte de base des Problèmes Cruciaux, présent dans ma mémoire,  dont je ne pouvais pas me dissocier pour lire RSI.
J’ajoute que je ne crois pas qu’il faille exagérer les ruptures dans la théorisation de Lacan. Il y a peu de penseurs qui ont été en recherche comme lui, - quelques philosophes peut-être, je pense à Platon ou à Fichte -, mais s’il ne cesse de proposer de nouvelles articulations, il ne faut pas considérer celles-ci un démenti pour les précédentes : elle les prolongent, et elles les confirment le plus souvent.
Le sens dans RSI
Je passe maintenant au sens dans RSI : on a incontestablement si on considère le nœud mis à plat, extériorité du sens et du réel (du moins tant qu’on n’aborde pas la question de l’interprétation). Il y a à la fois ex-sistence du Réel par rapport au sens, lequel se définit comme articulation du Symbolique et de l’Imaginaire : « le réel, c’est ce qui ex-siste au sens, assure Lacan, en tant que je le définis par l’effet de lalangue » (l’ex-sistence du Symbolique si l’on veut) « sur l’idée, soit sur l’Imaginaire supposé par Platon à l’animal parlêtre »
On retrouve ici le thème de la constitution du sens excluant la référence que nous venons de repérer dans les Problèmes Cruciaux. Et on peut trouver des définitions du Réel – toujours dans la première moitié du Séminaire – qui vont dans cette direction ; par exemple « le Réel, c’est l’expulsé du sens, c’est l’impossible comme tel. C’est l’aversion du sens… » et dans la Journée du 18 Mars : « Seul ce sens en tant qu’évanouissant donne sens au terme au Réel. » Autrement dit ce qui donne sens au terme Réel, c’est l’évanouissement du sens.
Quant à l’articulation du Symbolique et de l’Imaginaire elle est beaucoup évoquée vers le milieu de RSI. En quoi consiste ce coincement des deux registres ? « On est habitué dit Lacan à ce que l’effet de sens se véhicule par des mots » - c’est l’aspect symbolique du sens – « et ne soit pas sans réflexion, sans ondulation imaginaire » : on est tout à fait ici dans le registre de la métaphore poétique, particulièrement hugolienne, le « pâtre promontoire au chapeau de nuées », les « moutons sinistres de la mer », la « faucille d’or dans le champ des étoiles ». Et à partir de cet énoncé on peut saisir en quoi l’effet de sens se situe au joint de l’Imaginaire et du Symbolique.
Petite remarque sur ce point : j’ai lu dans ma jeunesse beaucoup de textes de Bachelard sur la poétique de l’imaginaire : sa thèse, c’est qu’il y a une dynamique propre à l’Imaginaire ; mais comment l’entendre si on ne fait pas référence à l’élément symbolique fourni par le langage ? Dans la mesure où Lacan nous fournit la référence à la substitution signifiante , il éclaircit beaucoup ces moments de  dynamisme de l’Imaginaire qui autrement resteraient flous dans une mise en place théorique.
L’imaginaire n’a pas d’ailleurs seulement cette fonction d’ondulation ; on voit aussi que quelque chose se boucle avec le sens et met fin à ce qui serait un pur jeu de  l’articulation symbolique. Quand il oppose l’équivoque et le sens à propos de l’interprétation analytique, Lacan déclare que « le sens, c’est ce par quoi répond quelque chose, qui est autre que le Symbolique, et ce quelque chose, il n’y a pas moyen de le supporter autrement que de l’Imaginaire. » On peut penser à un comblement de ce qu’ouvre l’articulation symbolique, à la mise en place d’une consistance stable. Et c’est la référence à l’Imaginaire qui, me semble-t-il, permet seule de comprendre qu’il y ait « parenté de la bonne forme avec le sens ». L’ordre du sens se configure, si l’on peut dire, naturellement de ce que cette forme du cercle désigne.
Peut-être est ce là qu’il faut situer l’effet de fascination propre à ce qu’on appelle généralement la beauté…
Mais l’objet de Lacan n’est pas seulement une théorie générale du sens, comme je viens de l’évoquer, c’est bien sûr sa pratique de l’analyse qui est en cause, et, dans ce séminaire, plus précisément, l’interprétation.  Quand on dit que Lacan ne parle que de sa pratique, c’est vrai au sens où il trouve toutes les réponses aux questions théoriques qu’il se pose dans sa pratique ; il va même jusqu’à dire qu’il a les réponses avant les questions. Mais il fait bien une théorie de sa pratique, avec les règles de la théorie, il travaille sur des articulations théoriques préalables, et il ne fait nullement une récollection empirique.
En outre il y a peu d’exemples dans ses Séminaires de références directes à la pratique, mais justement il y a en a une dans RSI qui est particulièrement manifeste -  Martine l’a très bien pointée - : il déclare que le Séminaire est fait pour répondre à la question du réel de l’effet de sens qu’induit l’interprétation analytique.
Or l’élément peut-être le plus décisif de ce qu’apporte la psychanalyse me paraît se situer du côté de la question de l’interprétation, en tant qu’elle peut s’inscrire dans l’articulation subjective et y avoir un effet.
Qu’est ce donc que le réel de l’effet de sens ? Là j’ai essayé de me repérer un peu.
En tout cas l’interprétation analytique n’est pas une herméneutique qui prétendrait découvrir sous des sens de surface un sens caché plus profond, un autre sens. Ceci est plutôt l’affaire des théologiens contemporains du christianisme et du judaïsme qui sont intarissables sur ce sujet : ils savent fort bien repérer ce qui fait Réel dans les limites du discours commun pour y projeter un sujet divin déterminable à l’infini dans d’innombrables effets de sens …
La psychanalyse, elle aussi, opère dans le sens mais elle tend à le réduire. Elle implique ainsi une bascule dans l’ordre de l’effet de sens.
Je paraphrase Lacan : l’effet de sens exigible du Discours analytique n’est ni imaginaire, ni symbolique, il faut qu’il soit réel. Et  un objet essentiel du Séminaire RSI est de serrer de près ce que peut être le Réel de l’effet de sens autrement dit l’effet de l’interprétation
C’est la considération de l’équivoque qui permet de concrétiser la référence à la position du sens et du réel dans le nœud mis à plat. « C’est de l’équivoque, fondamentale à ce quelque chose dont il s’agit sous le terme du Symbolique, que toujours vous opérez. » Et cette articulation purement symbolique n’est pas le sens – il dit même dans la Troisième que le Symbolique s’y resserre comporte l’abolition du sens. Et il dira dans le Sinthome que c’est uniquement par l’équivoque que l’interprétation opère. Il faut qu’il y ait quelque chose dans le signifiant qui résonne. » 
En quoi consiste cette résonance ? Peut-être peut-on entendre ce qu’il dit de la jaculation en rapport avec ce qu’il dit du sème dans Les Non dupes errent (11 Juin) qu’ « il est éveillé à l’ex-sistence quand il est dit comme tel » Jaculation ? Isolation par rapport au sens .
Quel est plus précisément l’effet de l’équivoque que pointe l’analyste ?
Je cite encore les Non dupes errent  (11 Juin): « En l’entendant tout de travers… nous lui permettons (à l’analysant) de s’apercevoir d’où ses pensées, sa sémiotique à lui, d’où elle émerge : elle émerge de rien d’autre que de l’ex-sistence de lalangue. Lalangue ex-siste, ex-siste ailleurs que dans ce qu’il croit être son monde. »
Cette ex-sistence de la langue, dans le fait que le terme équivoque se détache, l’analysant le perçoit comme quelque chose de radicalement neuf, jamais ouï auparavant, on pourrait dire transcendant non pas bien sûr à son monde, mais à ce qu’il croit être son monde, transcendant au moins en tant qu’il n’avait jamais rien entendu de tel alors qu’il s’agit pourtant d’un signifiant tout à fait banal ;  ailleurs dont il sera bien obligé de reconnaître dans l’après-coup qu’il l’anime bien plus que tout ce qu’il peut repérer comme sens dans sa représentation de la réalité.

Lalangue, mise ainsi  en perspective, c’est l’ex-sistence du symbolique. L’effet de sens est réel, non parce qu’il apparaîtrait dans le champ du réel, mais parce qu’il constitue l’émergence d’un ailleurs quasiment perçu comme tel. Je termine par une citation de Lacan qui synthétise ce point : «  L’effet de sens ex-siste et c’est en ce sens qu’il est réel. »

 

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