Mathinées lacaniennes
Traumatisme psychique, traumatisme réel, quels enjeux ?, exposé de Choula Emerich
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                                                       Traumatisme psychique, traumatisme réel : quels enjeux ?
Choula Emerich
                                                    Juin 2018
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En guise d'ouverture de ces journĂ©es, il m'a semblĂ© opportun de repartir trĂšs succinctement de l'Ćuvre de Freud avant de reprendre les avancĂ©es de Lacan et de Melman, pour finir, si possible, par une vignette clinique.
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DÚs 1886, Freud est convaincu par l'écoute de ses patients, que c'est un traumatisme qui constitue l'étiologie de leur névrose.
Le traumatisme cause, dit-il, « une recrudescence dâexcitation dans le SystĂšme Nerveux auquel celui-ci nâest pas capable de sâopposer de façon adĂ©quate par une rĂ©action motrice ».
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Sa premiĂšre thĂ©orisation du traumatisme, lâamĂšne Ă dĂ©duire que ce traumatisme serait causĂ© par une expĂ©rience sexuelle infantile, exercĂ©e par un adulte, le pĂšre, scĂšne qui tomberait sous le coup dâune amnĂ©sie.
Câest ce traumatisme refoulĂ© qui organiserait la structure de la nĂ©vrose et son traitement consisterait Ă faire que le patient se remĂ©more la scĂšne traumatique inaugurale pour pouvoir lever ses symptĂŽmes.
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Mais c'est dans son auto-analyse quâil dĂ©couvrit l'importance de la sexualitĂ© infantile et son rapport Ă lâamnĂ©sie qui recouvre toute cette pĂ©riode. Câest ce qui transforma sa comprĂ©hension du traumatisme.
Ce fut lâinauguration d'un tour de force de Freud : au bout de 10 ans de pratique, il abandonna dĂ©finitivement sa Neurotica, la rĂ©alitĂ© neurologique, au bĂ©nĂ©fice dâune autre rĂ©alitĂ©, efficiente pour la comprĂ©hension du traumatisme et de la nĂ©vrose, la rĂ©alitĂ© psychique.
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Il comprit que lâĂ©volution infantile sâĂ©tayait par la mise en place de fantasmes Ă©laborĂ©s par lâenfant durant ses diffĂ©rentes rĂ©actions aux pulsions qui lâassiĂ©geaient par le biais des objets partiels et de la jouissance quâils initiaient.
La sĂ©duction rĂ©elle, le traumatisme psychique et la nĂ©vrose se rĂ©vĂšlent donc ĂȘtre organisĂ©s par les mĂȘmes fantasmes conscients ou inconscients qui alimentent la vie psychique.
Quant aux traumatismes, ils se dĂ©ploient dans un temps second, dans un aprĂšs-coup, lorsque Ă lâadolescence, la pulsion gĂ©nitale organise une autre comprĂ©hension de ce en quoi avait consistĂ© leur sexualitĂ© infantile refoulĂ©e.
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Lacan spĂ©cifiera ce temps de lâaprĂšs coup, en reprenant que si Freud se faisait du trauma, Ă cette pĂ©riode, une notion ambiguĂ«, il nâavait, par contre, jamais cĂ©dĂ© sur le fait de la datation du trauma, puisque pour Freud câĂ©tait Ă cette sĂ©duction ou Ă cette scĂšne inaugurale quâil fallait remonter dans lâanalyse, pour, par la levĂ©e du refoulement, reconstituer lâhistoire du patient, analyser le traumatisme et lever le symptĂŽme.
Câest donc le souvenir, incomprĂ©hensible lors de son advenue, dâune premiĂšre expĂ©rience de jouissance, refoulĂ©e mais toujours lĂ , transformĂ©e en traumatisme dans lâaprĂšs-coup.
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Cette nouvelle conception imposait une autre lecture du traumatisme, ne relevant pas forcĂ©ment dâune sĂ©duction subie rĂ©ellement : la scĂšne de sĂ©duction dans le rĂ©el fit droit aux Ă©lĂ©ments psychiques de lâorganisation fantasmatique, devenus causes intĂ©rieures du traumatisme psychique.
Le traumatisme infantile devenait une rĂ©action Ă la jouissance et aux fantasmes sexuels Inconscients et refoulĂ©s du sujet, et surtout, le traumatisme et la nĂ©vrose ne relĂšvent plus, pour Freud, dâune effraction dans le RĂ©el.Â
Il arrĂȘta alors, dĂ©finitivement de pratiquer lâhypnose et la suggestion.
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Il articulera ce concept de traumatisme, en soutenant « quâil y a un noyau primitif, originel du trauma qui constitue les conditions du refoulement ».
Le choc du traumatisme, explique-t-il, provoquera son refoulement, et de ce fait, inaugurera lâInconscient, cet autre lieu, ce champ nouveau, qui devient ainsi totalement hĂ©tĂ©rogĂšne Ă tout ce qui pouvait le confondre avec le « pas encore conscient » de lâĂ©poque.
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Freud, soutiendra alors que câest un traumatisme qui fonde la nĂ©cessitĂ© structurale dâun refoulement initial constitutif de lâInconscient, ce que Lacan reprendra trĂšs exactement, pour soutenir que, «  ce premier refoulement inaugural nâest rien de moins que le refoulement originaire, refoulement du Nom du PĂšre », qui instaure la dialectique du parlĂȘtre.
C'est la premiÚre élaboration du Traumatisme psychique par Freud entre 1900 et 1905.
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J'en tire une conclusion :
Nous sommes en mesure de constater que ce que Freud appelle initialement, « traumatisme psychique », c'est l'Ă©vĂšnement qui advient dans ce moment fĂ©cond oĂč un enfant rassemble tous les Ă©mois sexuels infantiles, tous les objets partiels, en un fantasme, et oĂč dĂ©jĂ s'articule la position d'un sujet dĂ©sirant bien qu'il n'ait pas les moyens de satisfaire le but de son dĂ©sir.
Temps oĂč l'enfant s'introduit locutoirement dans le langage, temps oĂč sa jouissance n'est plus seulement autoĂ©rotique, puisqu'il est dĂ©jĂ vers l'autre, le semblable, qu'il prend pour objet de son dĂ©sir, la mĂšre.
C'est donc cette impossibilité d'une réalisation autre que sur le mode Imaginaire qui est vécue par le sujet comme traumatisme.
Loin d'ĂȘtre un traumatisme, ce temps me semble plutĂŽt un moment, oĂč le jeune sujet, pour qui l'Imaginaire est encore prĂ©valent, commence Ă prendre un appui Symbolique, une consistance.
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Le deuxiĂšme virage thĂ©orique fondamental de Freud pour le dĂ©cryptage du traumatisme, se fit entre 1915 et 1920, et sâinaugure par un Ă©crit : «  ConsidĂ©rations sur la guerre et sur la mort » oĂč Freud soutient que nous nâavons pas voulu reconnaĂźtre lâincidence de la mort, car, dans lâInconscient, chacun de nous est persuadĂ© de son immortalitĂ©.
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Pourtant, dans « lâEsquisse », Freud avait dĂ©montrĂ© que lâInconscient est le siĂšge dâune mĂ©moire indestructible, structurante, quâil est aussi le lieu dâun refoulement inaccessible dont il dit que nous ne savons rien sinon quâil est antĂ©rieur Ă la fonction particuliĂšre des processus psychiques de la conscience.Â
Il en dĂ©duit que lâInconscient et ses mĂ©canismes psychiques prĂ©valent sur ceux de la conscience et sur ses effets de mĂ©morisation ou de reconnaissance.
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Lacan parle de cette « premiÚre mémoire » pour la différentier de la remémoration dans son commentaire sur la lettre volée.
Marc Darmon a donnĂ© de « lâEsquisse » une lecture topologique dans son article « Une chaĂźne signifiante Ă©lĂ©mentaire, la suite des alpha beta gamma delta », oĂč il nous dĂ©montre que lâopposition de deux phonĂšmes, suffit, pour inscrire la suite logique qui fondera le sujet de lâInconscient.
Pour Freud, notre psychisme serait donc organisĂ©, dĂšs le dĂ©part, par lâInconscient, contrairement Ă ce qu'il avait jusque-lĂ admis, et que seule la rĂ©alitĂ© psychique est la rĂ©alitĂ© dĂ©terminante pour un sujet.
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Dans le mĂȘme temps, son dĂ©chiffrage des mĂ©canismes langagiers inconscients lui permettent de soutenir que ces mĂ©canismes symboliques rĂ©gissent, Ă lâinsu du sujet, sa vie psychique, tant affective que volontaire.
Sây adjoignent ses nouveaux documents cliniques sur les nĂ©vroses traumatiques, rassemblĂ©s durant la premiĂšre guerre mondiale,
Ces trois nouvelles modalitĂ©s dâexploration de la clinique seront les trois pĂŽles de rĂ©flexion et les temps forts de sa recherche qui va dĂ©boucher sur une rĂ©-articulation des enjeux de lâĂ©conomie psychique et de la notion de traumatisme.
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Il en dĂ©gage la suprĂ©matie de lâautomatisme de la rĂ©pĂ©tition, quâil isole dans la pulsion de mort, dont il reconnait la puissance et lâantĂ©rioritĂ©, sur celles des principes de plaisir et de rĂ©alitĂ© qui gouvernaient jusque-lĂ sa premiĂšre topique. Câest ce concept qui deviendra le pivot du remaniement quâil met en place en 1920, avec LâAu-delĂ du principe de plaisir.
Câest dans ce temps que Freud confirme la distinction radicale entre deux traumatismes :
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- Celui qui instaure pour un sujet, le refoulement et un lieu Autre.
Ce traumatisme se rĂ©fĂšre au sexuel et relĂšve de la thĂ©orie de la sĂ©duction, die VerfĂŒhrung, sĂ©duction conditionnant lâorganisation de la nĂ©vrose du sujet.
Câest ce traumatisme qui se met en place par le biais dâun fantasme,
Nous pourrions dire que ce traumatisme est une formation de lâInconscient.
Et câest ce traumatisme que Charles Melman a nommĂ© « pseudo traumatisme », dans la leçon inaugurale qu'il fit Ă notre groupe de travail sur ce sujet.
Il existerait donc une diffĂ©rence entre le pseudo-traumatisme, formation de lâInconscient et
- Un deuxiĂšme traumatisme qui lui, relĂšverait du rĂ©el de lâeffraction, et de la compulsion de rĂ©pĂ©tition.
Freud expliquera la sidération du sujet pris dans la répétition de ce traumatisme réel, par un excÚs de Jouissance, jouissance par débordement que le Moi ne peut maitriser car ce traumatisme réel échappe à toute possibilité de représentation, de mise en mots.
Nous dirions avec Lacan que le sujet est alors confrontĂ© par une jouissance ineffable Ă un RĂ©el brut, sans aucune mĂ©diation et sur lequel le sujet nâa aucune prise.
Câest pour Charles Melman, le traumatisme.
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Cette distinction primordiale, entre le pseudo-traumatisme structural et le traumatisme réel, évÚnementiel, Freud les a distingués théoriquement mais sans que cela ait eu pour lui, une incidence sur la direction de ses cures.
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Par ce changement de topique, qui consiste en une prise en compte de la puissance de la pulsion de mort, Freud tente dâexpliquer pourquoi, dans les nĂ©vroses de guerre, le soldat est habitĂ© par le rĂ©el dâune compulsion de rĂ©pĂ©tition qui fait de lui, je nâose pas dire un sujet dans la mesure oĂč il est coupĂ© de sa subjectivitĂ© dans ce temps, mais un homme qui, Ă©veillĂ©, rĂ©pĂšte en boucle et Ă lâidentique les Ă©pisodes morbides quâil a vĂ©cus, et qui les revit sur le mĂȘme mode, dans des cauchemars quand il a rĂ©ussi Ă sâendormir. Compulsion de rĂ©pĂ©tition dâoĂč toute subjectivitĂ© est exclue et ce dans une finalitĂ© qui sâavoue : la recherche de la mort.
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Cela nous donne Ă entendre que, dans le traumatisme rĂ©el, le patient est condamnĂ© Ă rĂ©pĂ©ter Ă lâidentique ; sa vie devient un arrĂȘt sur image, et la compulsion de rĂ©pĂ©tition toute puissante conduit le sujet Ă une impuissance Ă dire, Ă une sidĂ©ration, Ă un Ă©quivalent de mort du sujet, dira Lacan.
Freud insiste encore, en 1932, pour distinguer le traumatisme psychique de lâeffraction rĂ©elle, pour soutenir, que « le facteur traumatique ne peut ĂȘtre liquidĂ© selon la norme du Principe de Plaisir. Par le Principe de Plaisir, nous nâavons pas Ă©tĂ© assurĂ©s contre les dommages objectifs mais seulement contre un dommage de notre vie psychique ».Â
Rajoutons que dans ce mĂȘme Ă©crit de 1932, Freud rĂ©interroge le concept dâHilflogiskeit, quâil avait mis en place en 1920, pour en faire le paradigme de cette mĂȘme angoisse par dĂ©bordement, chez lâadulte, angoisse qui serait Ă lâĆuvre dans le traumatisme-effraction rĂ©elle et les nĂ©vroses narcissiques, soutient-il.
Loin donc dâĂȘtre organisĂ©e par la prĂ©valence du Principe de Plaisir qui inaugura sa conceptualisation du traumatisme, la pulsion la plus archaĂŻque pousserait donc lâhumain Ă retourner Ă lâinanimĂ© et toute vie Ă rechercher la mort.Â
ConfrontĂ© Ă un traumatisme rĂ©el quâil ne peut symboliser, un sujet sâabandonnerait Ă la pulsion de mort. Pour lutter contre cette tentative de forcer au retour Ă lâinanimĂ©, seules les « pulsions sexuelles, les pulsions de vie » affirme Freud, ont ce pouvoir.
Une question s'est imposée à moi : qu'en est-il de la jouissance du Sujet dans le traumatisme réel ?
Nous le voyons centrĂ© sur lui-mĂȘme, hors altĂ©ritĂ©, rien ni personne ne suscite son intĂ©rĂȘt.
Il est enfermé dans une jouissance qui prend son corps pour objet. Si la sexualité est devenue pour lui inexistante nous pouvons repérer que c'est dans la jouissance Autre qu'il s'est réfugié.
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Quelle pratique avons-nous Ă inventer car, cliniciens, nous entendons combien ces concepts freudiens, sans cesse remaniĂ©s, ont transformĂ© la conception du traumatisme et la direction de la cure, la sortant de la pratique de la stricte rĂ©pĂ©tition Ă lâinfini, pour mettre chaque analyste au travail dâavoir Ă rĂ©interroger comment rendre possible, pour chaque patient, une autre lecture, de ce qui insiste, de ce qui se rĂ©pĂšte.
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Si nous essayons de dĂ©finir en quoi la conception lacanienne diffĂšre de celle de Freud sur le traumatisme. Je crois que nous pouvons soutenir que pour Lacan, le traumatisme nâest pas accidentel, câest un fait de structure.
 et puisque nous avons Ă©tudiĂ© les  Ăcrits Techniques, jâai relevĂ© pour nous une lecture que Lacan nous donne du traumatisme : « un Ă©lĂ©ment traumatique est fondĂ© sur une image qui nâa jamais Ă©tĂ© intĂ©grĂ©e. Câest lĂ que se produisent les points, les trous, les points de fracture dans lâunification, la synthĂšse de lâhistoire du sujet, ce en quoi tout entier il peut se regrouper dans les diffĂ©rentes dĂ©terminations symboliques qui font de lui un sujet ayant une histoire ».
Cette lecture du traumatisme insiste sur lâincidence dâun Ă©lĂ©ment Imaginaire, qui devient, faute dâavoir pu ĂȘtre intĂ©grĂ© dans lâhistoire du sujet, et qui, du fait de cette extra-territorialitĂ©, devient un Ă©lĂ©ment RĂ©el qui nâa pu ĂȘtre SymbolisĂ©, dâoĂč son insistance dans la rĂ©pĂ©tition.
Lacan nous explique lĂ la mise en place mĂȘme du mĂ©canisme de lâau-delĂ du principe de plaisir sur lequel Freud butait thĂ©oriquement : la prise en compte du RĂ©el, le ressort de l'emprise de la rĂ©pĂ©tition dans le traumatisme rĂ©el.
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Lacan, va reprendre lâavancĂ©e et la butĂ©e freudienne, pour les rĂ©interroger :
Le sujet, dit-il, est exposĂ© dĂšs sa naissance Ă lâirruption du sexuel qui le dĂ©borde : il est soumis frontalement au dĂ©sir de lâautre rĂ©el, Ă quoi il ne comprend rien.
De plus, il est confrontĂ© au dĂ©sir que cet autre rĂ©el entretient avec un grand Autre et avec le Phallus, ce qui est pour lui, une autre Ă©nigme, avec de surcroĂźt, une irruption de jouissance qui le dĂ©borde quâil ne peut ni concevoir ni mettre en mots.
C'est l'écriture qu'il nous en donne dans le graphe du désir et de son interprétation.
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Lâenfant, dĂšs sa naissance, se trouve plongĂ© dans un bain symbolique oĂč le signifiant va le dĂ©terminer Ă son insu Ă une place et une fonction quâil ne peut quâaccepter ou rĂ©cuser au pĂ©ril de son existence mĂȘme.
Pour le petit dâhomme, le traumatisme creuse la place de son entrĂ©e dans le monde rĂ©el, dans un dispositif de langage, oĂč le sexuel organise son rapport au monde, et oĂč sa jouissance lui impose une place quâil aura Ă construire.
Le traumatisme dira-t-il est une fiction, une fixation de jouissance.
Mais la topologie va nous imposer une autre écriture.
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C'est avec les trois registres RSI, qui sâordonnent dans lâĂ©criture dâun nĆud, que nous pouvons trouver un appui solide pour nous repĂ©rer dans ce qui fait pour un sujet son rapport au monde, et donc au traumatisme.
Avec lâĂ©criture du nĆud borromĂ©en, et les trois consistances R.S.I. qui organisent la structure des champs de la parole et du langage, Lacan rĂ©organise celle de la subjectivitĂ© selon un modĂšle thĂ©orique diffĂ©rent de celui proposĂ© par Freud, qui la noue entre pulsion de vie et pulsion de mort.
Comment cela change-t-il notre clinique ?
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Pour Lacan, le traumatisme quâil soit psychique ou effraction dans le rĂ©el, câest le trou-matisme, joli nĂ©ologisme quâil crĂ©a dans les Non-dupes errent. Le trauma, câest un trou dans le Symbolique.
Câest de la rencontre du RĂ©el du sexuel impossible Ă Symboliser, avec une Jouissance ineffable, asymbolisable, que sâorganise, pour un sujet, un fantasme autour dâun noyau insaisissable, lâobjet a, cause de son dĂ©sir.
Le fantasme est donc la trace de ce trou quâopĂšre le RĂ©el dans le Symbolique et le traumatisme confronte le sujet, Ă une absence de signification, structurale, Ă un impossible Ă dire.
Lacan soulignera encore dans les Non-dupes, « lĂ oĂč y'a pas rapport sexuel, y'a troumatisme ».
Le traumatisme, pour Lacan, câest la façon dont chaque parlĂȘtre sâordonne dans un fantasme autour dâun noyau : lâobjet a, cause dâun dĂ©sir qui le dĂ©place, pour une jouissance qui le dĂ©passe, et Ă laquelle il ne comprend rien, et ce, dans une Ă©criture Ă inventer : nĆud de trĂšfle, nĆud Ă 3 oĂč le R ferait nouage, ou nĆud Ă 4, oĂč le sinthome viendrait rĂ©parer un lapsus de nĆud et nouer borromĂ©ennement les 3 consistances R.S.I. qui ne feraient pas nĆud sans cela.
Charles Melman dans cette mĂȘme confĂ©rence inaugurale, nous a aussi proposĂ© l'Ă©criture d'un noeud Ă 3, R.S.I., oĂč le retournement du tore du RĂ©el emprisonnerait ceux de lâImaginaire et du Symbolique, Ă la maniĂšre dâune trique.
Cet impossible Ă dire, en quoi consiste le traumatisme RĂ©el, Ch. Melman suggĂšre de le lever en amenant le patient Ă reconstruire dans la cure, son monde imaginaire de la petite enfance, pour quâil puisse accĂ©der, Ă nouveau, Ă un RĂ©el humanisĂ©.
Comme nous le propose Charles Melman il nous faudrait tenter une ouverture, en repartant de la petite enfance, de ce temps oĂč l'enfant est confrontĂ© au dĂ©sir du Nebenmensch, cet autre secourable, de ce temps qui est aussi pour lui celui de l'articulation de son fantasme sexuel infantile, celui qui ouvre Ă une sexualitĂ© oĂč l'autre tient une place. Avec comme consĂ©quence de rĂ©introduire le patient Ă une autre modalitĂ© de Jouissance que celle Ă laquelle il est condamnĂ© dans le Traumatisme RĂ©el.
Le but de la cure consisterait, grùce à cette altérité reconquise, de ré-ouvrir les champs des lois de la parole et du langage, conditions nécessaires pour que le Sujet puisse à nouveau dans son quotidien vivre une relation à l'autre qui ne soit pas paranoïaque.
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Alors, avec ces propositions qui pour moi, remanient la clinique, traiter le trou-matisme dans une cure, ne serait-ce pas, centrer notre écoute, dans une certaine visée ?
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Si nous partons du nĆud Ă 3 R.S.I. proposĂ© par Ch. Melman, oĂč le RĂ©el emprisonne lâI et le S, dont J. Brini a Ă©crit le retournement, Ă©criture que je reprends Ă mon compte puisqu'elle m'a permis d'entendre autrement une de mes patientes, nous devrions, dans une cure, pour sortir le patient d'un traumatisme rĂ©el, arriver Ă opĂ©rer un retournement inverse au premier : lâImaginaire et le Symbolique auraient Ă repasser par le trou dans le tore du RĂ©el qui les avait emprisonnĂ©s, manĆuvre qui libĂ©rerait chaque consistance torique, pour les rendre Ă nouveau autonomes bien que nouĂ©es Ă trois.
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Mais, en attendant lâappui assurĂ© dâune Ă©criture du nĆud avant et aprĂšs le traumatisme rĂ©el,
je nous propose de tenter de mesurer, par notre Ă©coute, et par les scansions que cette Ă©coute peut nous permettre, de mesurer lâimpact que le RĂ©el, le Symbolique et lâImaginaire introduisent dans lâexistence quotidienne de ce parlĂȘtre singulier, parole nouĂ©e par la singularitĂ© dâun fantasme, ou pas, et qui grĂące aux scansions de lâanalyste, pourrait permettre au patient de pouvoir les repĂ©rer Ă son tour, ces diffĂ©rents champs de la parole et du langage, pour quâil puisse, lui aussi, sâen servir autrement, et pour quâun dire puisse sây ordonner, Ă nouveau, pour lui.
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Je peux vous lâillustrer dâune vignette clinique oĂč jâai tentĂ© avec une de mes patientes de mettre cela en pratique en travaillant quand lâoccasion sâen prĂ©sentait, par des coupures sur ses Ă©noncĂ©s oĂč une consistance Ă©tait par elle isolĂ©e, en les nommant parfois, par ex. « quel Imaginaire ! » ou, « ça insiste, hein ? « ...
Elle était venue en analyse avec un symptÎme qui la mettait en grande difficulté dans sa vie courante mais surtout dans sa profession.
Elle Ă©tait enseignante en terminale de lycĂ©e et elle ne pouvait regarder lâautre quâau niveau du sexe.
Jâai commencĂ© aprĂšs un certain nombre de ses « câest curieux » et un long temps dâanalyse par arrĂȘter ses sĂ©ances lĂ -dessus, sans lui laisser finir sa phrase, jusquâĂ ce quâelle lâentende, et puis plus tard, elle a repĂ©rĂ© que ces « câest curieux » la sortait de la plainte.
Puis elle a entendu le regard, et son incidence sur son symptĂŽme, sur le choix de son mĂ©tier, sur sa jouissance, jusquâĂ ce que, dans une sĂ©ance, du RĂ©el Ă son effroi, dans un dĂ©bordement, sâest parlĂ©, un retour du refoulĂ© qui sâest donnĂ© Ă lire, la laissant atterrĂ©e : sa mĂšre violĂ©e sous ses yeux par un commando victorieux rentrant dans sa ville natale, elle-mĂȘme ĂągĂ©e de moins de 3 ans, cachĂ©e sous un escalier de la chambre oĂč cela se passait, son petit frĂšre Ă ses cĂŽtĂ©s, petit frĂšre dĂ©cĂ©dĂ© rapidement aprĂšs cette scĂšne, Ă cause d'une Ă©pidĂ©mie,
sa mĂšre avec qui jamais rien nâavait pu sâen dire, ni lĂ -dessus ni sur sa fĂ©minitĂ©, pas plus que sur le dĂ©cĂšs de son frĂšre, ou sur ce quâelle nommait jusque-là « son accident » survenu Ă 3 ans, peu de temps aprĂšs l' Ă©vĂ©nement qui l'avait terrorisĂ©e, accident restĂ© jusque-lĂ incomprĂ©hensible pour elle.âšAlors quâelle se promenait avec sa mĂšre, elle sâest, dit-elle, « arrachĂ©e de la main de sa mĂšre » pour se prĂ©cipiter sous les chenilles du char qui dĂ©filait en vainqueur dans la ville.
Elle avait échappé à la mort de justesse,
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Son symptĂŽme Ă©tait tombĂ© depuis longtemps, mais le « câest curieux » insiste et se rĂ©pĂšte dans les embarras de son existence.
Jâen fais la lecture dâun RĂ©el encore trop prĂ©gnant mais qui sâest en partie au moins, mis en mots, par Ă -coups, Ă force de dire et de silences et de reconstructions.
Mais, ça se parle, et cela se Symbolise, petit Ă petit, et la laisse en paix souvent mais en travail analytique, toujours, nĂ©cessairement, comme si ce RĂ©el  " troumatique " Ă©tait abyssal mais ne lâempĂȘchait plus de mener sa vie plutĂŽt pas trop mal, elle est devenue enseignante dans une de nos toutes grandes Ă©coles parisiennes et, Ă©crivain, depuis quelques annĂ©es.
Serait-ce une tentative par le Symbolique, de tenter de maĂźtriser un tant soit peu ce RĂ©el par la lettre avec, toutefois pour elle un inconvĂ©nient majeur. Il semble quâelle ait toujours nĂ©cessitĂ© Ă ce que lâAutre que je reprĂ©sente et Ă qui elle s'adresse soit RĂ©el sinon, elle se dĂ©prime rapidement, ce qui la maintient encore en analyse.
Est-ce dĂ» au fait que ce traumatisme ait Ă©tĂ© si prĂ©coce et quâil nâest jamais Ă©tĂ© ni nommĂ© ni reconnu par sa mĂšre, sa mĂšre qui n'a pas eu d'autre recours, d'autre invention, que de faire un autre enfant trĂšs vite aprĂšs la guerre ?
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Ou, serait-ce dĂ» au fait que câest par lâanalyse quâelle a pu sortir de ce traumatisme et de ce deuil impossible Ă Symboliser, le lieu de lâanalyse ayant permis de rendre plus consistant ce Heim autrefois vacillant dont, adolescente et jeune femme, le lieu de l'analyse lui ayant permis de rendre plus consistant ce Heim autrefois vacillant, dont, adolescente elle avait souffert et l'avait contrainte Ă changer de pays, de langue, de culture, et qui insistait dans ses « c'est curieux » moteur de la cure qui lui permettait, par sa rĂ©pĂ©tition, de rĂ©interroger son dire.
« C'est quand votre savoir vous apparaßt suffisant que vous pouvez vous détacher normalement de votre analyse » nous dit Lacan dans sa leçon d'ouverture du Séminaire Encore. Alors ?
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Je nous propose une Ă©criture du nĆud oĂč le RĂ©el aurait emprisonnĂ© l'I et le S, et ce serait le temps de la cure qui lui aurait permis de retravailler ce quâelle a vĂ©cu enfant sur le mode Imaginaire, sans que le Symbolique lui permette de sâen dĂ©gager avant sa cure.
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Pour advenir aujourdâhui Ă un nĆud oĂč le champ des trois types de jouissances sont dĂ©ployĂ©es et oĂč l'accĂšs Ă la structure de son fantasme lui est aujourd'hui plus accessible, ce qui pourrait tĂ©moigner du fait quâelle soit, au moins en partie, sortie de lâemprise de la cruditĂ© du tout RĂ©el .
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